COMMENTAIRE Culture

Le prix de la provoc

Le Conseil des Etats a entendu parler de culture. Il a aussitôt sorti son revolver. Et pan! Voici le budget 2005 amputé d’un million de francs au chapitre des subventions prévues pour l’organisation culturelle. C’est ce qui s’appelle avoir la gâchette facile. Même si les sénateurs ont décidé cette coupure à 24 contre 13, on imagine mal le National emboîter le pas. Il a en tout cas le temps de la réflexion, et il serait bien inspiré d’en profiter pour rétablir le bon ordre des choses.
On peut comprendre les sénateurs. Après La Suisse n’existe pas en guise de présence suisse à Séville, après une Expo.01 si délabrée qu’il a fallu repousser l’aventure à 2002, toujours sur le dos des contribuables, il y a la goutte d’eau qui fait déborder le vase: l’exposition Swiss-swiss-democracy, de Thomas Hirschhorn, au Centre culturel suisse de Paris. Il est normal que cette exposition irrite et provoque. Comme tant d’autres, elle est conçue à cette fin.
Va pour un mouvement d’humeur, d’autant que le traitement de Christoph Blocher, qui est présenté se faisant uriner dessus, est des plus douteux. Mais, même s’il le fait dans le cadre du budget, le Conseil des Etats manie la coupe financière comme Anastasie les ciseaux de la censure. La démarche a trois tristes conséquences. Premièrement, même si l’intention est louable, le moyen choisi n’honore pas la démocratie. Deuxièmement, Thomas Hirschhorn étant payé, toute diminution de ressource se fera injustement sur le dos d’autres artistes. Cette mesure de représailles a enfin pour troisième désavantage de faire de Thomas Hirschhorn un martyr aux yeux d’un certain public.
Dans notre société, la culture pèse d’un poids largement sous-évalué. Hilary Clinton l’avait rappelé à Davos, elle constitue le principal produit d’exportation des Etats-Unis, bien avant les voitures ou les technologies de pointe. Il n’est besoin de songer qu’aux exportations de films et de musiques pour s’en convaincre. Or il en va de la culture comme des autres produits, plus on laisse faire le marché, mieux elle se développe. Sauf à prétendre que la culture n’est pas une valeur et qu’elle n’a pas besoin d’espace de liberté, les politiciens devraient éviter de l’entraver, fût-ce via le budget.

Raymond Gremaud
9 décembre 2004

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