FRIBOURG Etude sur les religions

Pour dépasser la curiosité

Aller au-delà des exigences académiques pour donner un sens supplémentaire à ses études. C’est le pari réussi par trois étudiantes de l’Uni de Fribourg qui ont, quatre ans durant, dressé l’inventaire des communautés religieuses du Grand-Fribourg.

L’un des trois lieux de prière utilisés à Fribourg par les musulmans pratiquants, ici en période de ramadan (arch - V. Murith / La Liberté)

 

Petra Bleisch Bouzar est une jeune femme qui ne chôme pas. En plus d’éduquer deux enfants et de préparer ses examens finals de licence, cette jeune Saint-Galloise met la dernière main à une recherche sur les diverses religions représentées dans l’agglomération fribourgeoise. La publication Religions à Fribourg, à paraître ce printemps aux Editions Academic Press Fribourg, sera la somme des quatre ans d’enquête menée avec l’Appenzelloise Katja Walser et la Valaisanne Jeanne Rey.
Passionnées par la découverte des croyances implantées en Suisse, les trois étudiantes en science des religions ont l’habitude de se rendre périodiquement aux quatre coins du pays pour visiter les lieux de culte des différentes communautés. «Un beau jour, explique Petra Bleisch Bouzar, il a fallu se rendre à l’évidence: nous avions réussi à nous faire une idée assez précise des principaux courants religieux du pays, mais sans avoir la moindre idée de leur importance en terre fribourgeoise.» Les trois jeunes femmes se mettent alors au travail et ne tardent pas à découvrir qu’en plus d’une synagogue à deux pas de leurs salles de cours il y a trois mosquées à Fribourg.
«Lorsque nous en avons parlé à nos camarades de l’Uni, se souvient Petra, ça a été l’étonnement général! C’est sans doute l’une des raisons qui ont poussé notre professeur à nous demander de préparer une petite exposition sur les religions dans le cadre du festival Science et Cité en 2001.» La démarche suivie par les trois jeunes femmes a consisté à réunir une septantaine d’adresses glanées ici ou là. Puis elles ont élaboré et adressé un questionnaire à toutes les communautés recensées.

Au contact des croyants
Après le succès remporté par leur exposition, les trois chercheuses décident de poursuivre leur enquête. Leur objectif: parvenir à dresser un panorama exhaustif des innombrables confessions présentes sur les bords de la Sarine. Soutenues par la Chaire de science des religions et par l’Association générale des étudiants de l’Uni de Fribourg (AGEF), elles passent une bonne partie de leur temps libre à écumer les dizaines de lieux de culte fribourgeois afin de rencontrer un maximum de représentants des diverses croyances.
«Les contacts ont été généra-lement très enrichissants, se souvient Petra. Nous avons côtoyé des croyants qui semblaient en phase avec des pensées allant bien au-delà des préoccupations du quotidien. Certains dégageaient d’ailleurs une incontestable aura. De fait, pour la plupart des communautés, ces rencontres étaient l’occasion de faire partager une certaine vision du monde. Quant aux adhérents des mouvements plus méconnus, nous leur avons fourni l’occasion de se présenter au grand public tout en leur permettant de dissiper quelques malentendus les concernant. En définitive, ils étaient à la fois surpris et contents de voir que de futures théologiennes s’intéressaient à eux.»

Enseignements concrets
Le questionnaire élaboré par les trois étudiantes, adressé à l’ensemble des communautés de croyants du Grand-Fribourg, se voulait très complet. Outre les détails administratifs de base – nom et coordonnées des responsables, emplacement des lieux de culte, horaires de prière – les chercheuses se sont aussi intéressées à l’historique, aux fondements spirituels, au financement et aux activités socio-éducatives des différentes Eglises.
La somme de renseignements ainsi récoltés a permis de dégager quelques tendances significatives, notamment à propos des vagues d’arrivée des communautés. Comme on s’en doute, l’Eglise catholique et ses congrégations n’ont laissé que des miettes aux protestants et aux juifs durant toute la première moitié du siècle passé. Mais, dès les années 1970, les églises évangéliques, hare-krishna et les scientologues – ces derniers étant depuis repartis – s’installent sur les bords de la Sarine.
Dans les années 1990, c’est au tour des musulmans de prendre pied. Des Turcs louent un local exigu, à la rue de l’Industrie, qui devient la première mosquée de la ville. Quelques années plus tard, une partie des fidèles fait sécession et s’installe à la rue de la Fonderie, tout près de Fri-Son. Aujourd’hui, les Arabes et les Albanais du Kosovo ont chacun leur propre lieu de culte. Une dissémination des disciples de Mahomet qui s’explique aisément: «Lorsque l’on est originaire du Bengladesh ou d’Algérie, suivre un prêche en turc n’a pas grand sens, estime Petra Bleisch. C’est pourquoi, malgré une foi partagée, les affinités linguistiques et culturelles sont déterminantes lorsqu’il s’agit de se choisir un lieu de prière.»

Préjugés au rebut
Pour autant, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les musulmans pratiquants ne sont que quelques centaines à Fribourg: «Comme chez les catholiques ou les protestants, la grande majorité ne pratique que peu ou prou, estime Petra Bleisch. Cela dit, des effectifs aussi réduits sont le résultat du recensement opéré par les associations: les femmes et les enfants ne sont pas comptabilisés!»
Autre enseignement capital fourni par cette étude, les différences abyssales d’effectifs et d’organisation entre les diverses religions. «Si les paroisses catholiques et protestantes s’appuient sur des structures assez lourdes et complexes, résume la jeune chercheuse, nous avons aussi rencontré des cercles de méditation composés de quelques personnes qui se retrouvent occasionnellement dans un appartement. C’est d’ailleurs souvent le cas des bouddhistes dont les communautés ne sont actives que depuis les années 2000.»
On l’aura compris, cet état des lieux constitue une mine d’informations pour qui désire se rendre compte de la diversité des croyances dans l’ex-bastion du catholicisme. Toutefois, le souhait formulé par les auteures va plus loin: «Nous aimerions que notre livre contribue à faire tomber les préjugés et à intéresser les Fribourgeois aux croyances différentes de leurs concitoyens.»

L’islam s’expose à Fribourg

«Islam et musulmans à Fribourg.» C’est le titre de l’expo-sition à voir du 16 février au 20 mars chez Pizza Arts, rue de Morat 8, à Fribourg. Ce travail en français et en allemand, conçu pour lutter contre les préjugés, est l’œuvre de l’association TaBeRe (Talaqui, Begegnung, Rencontre) avec divers partenaires. Présentée hier à la presse par TaBeRe, cette expo veut apporter «des éléments de réponses simples et clairs aux questions que se posent une majorité de citoyens, tout en respectant le droit à la différence».

 

Nicolas Geinoz
1er février 2005

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