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GRUYÈRE
Endettement
La
vie à crédit se propage
Emprunts, leasings,
factures en souffrance
Encore tabou il ny a pas si longtemps,
la vie à crédit sest aujourdhui répandue.
A tel point quun ménage suisse sur dix est surendetté.
La jeunesse est particulièrement concernée: quatre endettés
sur cinq ont mis le doigt dans lengrenage avant 25 ans.

Entre
1999 et 2004, les Offices des poursuites du canton de Fribourg ont tous
connu une progression des procédures engagées. Le constat
est frappant en Gruyère, où les réquisitions de poursuite
ont augmenté de 46%homas Rosenfield et Catherine Muller, à
la tête de Sport mag: «Notre magazine sadresse à
tous ceux qui aiment le sport» (Infographie La
Gruyère)
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Helvètes
du troisième millénaire nentretiennent ainsi pas
face à largent le même rapport que ceux dhier.
Et ce qui était un tabou voilà trente ans la vie
à crédit se démocratise. Aujourdhui,
un ménage suisse sur dix serait surendetté estiment les
spécialistes en recouvrement. Un taux qui grimpe à un
sur quatre pour les jeunes couples. Quant au montant moyen des dettes,
il progresse lui aussi: de 35000 fr. il y a quelques années,
il culmine aujourdhui à plus de 50000 fr.
Les chiffres des différents offices des poursuites (OP) fribourgeois
(voir infographie) témoignent de cette évolution constatée
partout. En Gruyère, par exemple, le nombre de procédures
engagées a augmenté de 46% entre 1999 et 2004! Lan
dernier, 15645 poursuites ont été recensées dans
ce district de quelque 40000 âmes. «Si cela continue comme
ça, le versement dune mensualité à lOffice
des poursuites fera bientôt partie de tout budget», sinquiète
David Thiémard, substitut du préposé à lOP
de Bulle.
La nature des créances? Emprunts, leasings, factures de téléphonie
mobile et dachats par correspondance pour lessentiel. Et
si la vie à crédit se démocratise, elle ne concerne
plus les seuls petits salaires: «Toutes les classes sont touchées,
de louvrier au cadre en passant par lindépendant»,
témoigne David Thiémard, pointant les problèmes
de gestion rencontrés par sa «clientèle».
Une clientèle majoritairement composée dindividus
de moins de 30 ans, précise-t-il.
Dès lâge
de 13 ans
Lendettement des jeunes est dailleurs un sujet dinquiétude
grandissant. Car quatre personnes sur cinq aujourdhui endettées
ont mis le doigt dans lengrenage avant 25 ans. Une enquête
dIntrum Justicia, société de recouvrement et de
protection des crédits, a révélé quà
lâge de 20 ans, une personne sur sept est déjà
confrontée à des retards de paiements. «Un premier
écueil guette les jeunes entre lâge de 13 et 14 ans,
où tout commence par quelques dettes portant sur de petits montants»,
constatait létude.
Des sommes qui augmentent ensuite régulièrement jusquà
leur 18e anniversaire. «Mais cest à partir de 19
ans que cela devient dramatique. Rien détonnant à
cela: cest le moment où nombre de jeunes ont terminé
leur apprentissage, ont passé leur permis de conduire et soffrent
un premier appartement ou une première voiture le plus
souvent sans établir de véritable budget.»
Les filles plus
touchées
Les filles sont particulièrement frappées par le phénomène.
Selon lenquête précitée, elles représentent
63% des jeunes endettés. La faute, entre autres, au shopping,
qui reste selon une enquête de lUni de Zurich
le loisir le plus important pour 85% des adolescents. Et un quart dentre
eux dépenseraient davantage que leur budget ne les y autorise.
La Haute Ecole spécialisée de travail social de Berne
a par ailleurs révélé lan passé que
5% des Suisses dont deux fois plus de femmes que dhommes
présentent une dépendance aux achats compulsifs,
alors que 33% éprouvent des difficultés à résister
à la fièvre acheteuse. Et là encore, les jeunes
figurent en première ligne.
Sans cesse sollicité par les sirènes agressives de la
publicité, le chaland jeune et crédule en particulier
cède désormais volontiers aux sirènes du
crédit. Le credo de la société consumériste
se résume en une formule lapidaire: «Achetez aujourdhui,
payez demain!» Plus besoin despèces sonnantes et
trébuchantes pour satisfaire ses envies. Pourquoi, dès
lors, attendre ou hésiter? Voire calculer? «Cest
la nouvelle manière de consommer», constate Joëlle
Renevey, responsable du Service de gestion des dettes et de désendettement
de Caritas-Fribourg, qui a ouvert 213 nouveaux dossiers lan passé
(voir ci-dessous). Et cest ainsi que beaucoup se laissent happer
par la spirale de lendettement
dont on ne sextirpe
quau prix de privations.
Une perspective qui ne réjouit guère: «Généralement,
les gens ne veulent pas se priver de ce quils ont connu. Ils ne
veulent pas prendre un appartement ou une voiture plus modeste, pas
plus quils ne veulent se séparer de leur natel ou envisager
de sortir moins, déplore David Thiémard. Aujourdhui,
il est devenu normal de tout avoir!» Même des dettes.
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Apprendre
à gérer en jouant
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Lendettement
des jeunes est une source dinquiétude grandissante
dans les pays industrialisés. La Suisse où
quatre personnes endettées sur cinq ont mis le doigt
dans lengrenage avant 25 ans ne fait pas exception.
Doù le jeu éducatif en ligne Budgetgame,
qui propose aux élèves âgés de 14
à 16 ans de gérer, six semaines durant, le budget
dun groupe de musique bien réel: les Vaudois de
Core22. La prochaine édition de ce concours se déroulera
du 9 mai au 17 juin. Davantage dinformations à
ladresse www.budgetgame.ch.
Un autre site internet truffé dinformations
et de conseils se révélera utile à
tous ceux qui souhaitent faire le point sur létat
de leurs finances et de leur endettement: www.dettes.ch.
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Divorces,
leasings, natels
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José
Gremaud occupe le poste de tuteur général à
Bulle depuis une vingtaine dannées. Au début
de sa carrière, il traitait une centaine de cas dendettement.
Il en est aujourdhui à 500. Une progression très
importante quil convient de pondérer par lévolution
démographique du chef-lieu, qui est passé de 7500
à plus de 12000 habitants. Le chiffre nen reste
pas moins révélateur de ce fait: «Contracter
des dettes est entré dans les murs», commente
le tuteur.
Les causes de lendettement sont variables selon José
Gremaud: «Beaucoup de gens rencontrent des difficultés
après un divorce. Ils ne
se rendent pas compte que ce nest financièrement
plus pareil quavant, quil y a désormais deux
loyers à payer, deux factures délectricité,
une pension
Il y a aussi le jeune qui achète sa
voiture et pas nimporte quelle voiture!
à crédit avant davoir touché son
premier salaire. Les factures de natel peuvent également
peser très lourd: jen ai vu certaines de plus de
2000 francs par mois!»
Sur les 450 demandes daide parvenues au Service social
de la Gruyère en 2004, une trentaine étaient liées
à des questions de dettes ou darriérés.
«Ces demandes émanaient en majorité de familles»,
précise le directeur André Sallin. Mais le Service
social na pas grand pouvoir: «Nous ne pouvons pas
prendre en charge les dettes, mais nous pouvons essayer de trouver
des solutions, par exemple pour des retards dans le paiement
de loyers ou de primes dassurance maladie. Encore faut-il
que les montants ne soient pas trop importants. A 15000 ou 20000
francs, nous ne pouvons plus rien.» Sinon inviter les
débiteurs à sadresser à Caritas.
Appuyé par les autorités cantonales, le Service
de gestion des dettes et de désendettement de Caritas-Fribourg
aide en effet gratuitement les personnes désireuses de
sen sortir. Et comment sortir la tête de leau?
«La meilleure solution reste le paiement, soit total soit
partiel, des créances», explique Joëlle Renevey,
responsable de ce service qui a traité 213 nouveaux dossiers
en 2004. «Cest pourquoi nous essayons dobtenir
des arrangements à lamiable pour des remises de
dettes et un règlement pour solde de tout compte»,
poursuit-elle. Ainsi, certains de ses interlocuteurs
«mais de loin pas tous» parviennent-ils,
au terme dun plan dassainissement rigoureux, à
régler lentier de leur dette. «Mais cela
suppose une situation professionnelle et personnelle stable»,
précise Joëlle Renevey.
Une constante: les personnes en proie aux affres de lendettement
rechigneront à payer leurs impôts. «Le remboursement
dun leasing ou dun petit crédit passera toujours
avant», témoigne André Sallin. La situation
reste cependant sous contrôle: «Sur 140000 contribuables,
nous avons toujours des demandes darrangement. Mais nous
navons pas constaté daggravation de la situation»,
témoigne Raphaël Chollet, administrateur du Service
cantonal des contributions. Les affaires, même, saméliorent:
de quelque six millions de francs en 2003, le total des impôts
irrécouvrables devrait ainsi légèrement
reculer en 2004.
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