CARNAVAL Broc

Un vrai goût de fin d’hiver

Quelque 10000 personnes ont assisté dimanche au cortège du Carnaval de Broc. Ils ont vu défiler, sous le soleil, une trentaine de chars et de guggens. Ambiance de fête, sans incident à déplorer.


Dix mille personnes et des tas de confetti sans «s»

 

L’affluence. Plus de 10000 personnes ont assisté au cortège de dimanche, soit un bon millier de plus que l’an dernier, qui était déjà un excellent millésime. «C’est une des éditions où il y a eu le plus d’affluence», souligne Alexandre Rochat, président du comité d’organisation. Il faut dire que soleil et douceur donnaient déjà presque un air de printemps. Le défilé Chasse-hiver de samedi a rempli sa mission.
L’ambiance. «Les gens étaient vraiment dans l’ambiance de carnaval. Ils étaient là pour faire la fête et il n’y a pas eu de problèmes», se réjouit Alexandre Rochat. Aucune bagarre à signaler. Seule une personne a dû être conduite à l’hôpital, après une chute. Quant aux patrouilles avec chien, elles ont joué leur rôle de dissuasion. Le bus pyjama et le système Fil rouge ont pour leur part été victimes de leur succès: «Tout le village ferme à 3 h et du coup, cela fait beaucoup de monde à ramener en même temps», indique Alexandre Rochat.
Le cortège. Plus de 30 groupes, chars et guggenmusiks (ils étaient une dizaine, de la région, de Suisse romande ou alémanique et de la Savoie) ont défilé. Les enfants des écoles de Broc, Maules et Enney ont ouvert la marche en déclinant le thème de la soupe – de poisson, à la grimace, aux légumes… Côté chars, on a revisité l’actualité à la mode carnaval: tunnel de Glion, multiplication des radars, tornades en Glâne ou encore fusion Bulle et La Tour. Où la tour se transforme en prison…
L’imagination. D’autres groupes ont choisi la fantaisie pure. C’est ainsi qu’on a vu défiler des lutteurs de sumo ou un caquelon à fondue. Certains (la «motocharrette» ou l’acrobatie de cirque) ont préféré utiliser leur
réalisation de la course des charrettes de Charmey. Cinéma et télévision restent en outre des valeurs sûres, que ce soit pour Indiana Jeun’s, Le manège enchanté ou L’âge de glace. Le sport aussi, avec la Ferrari de Schumi ou les Jeunes Olympiques.
Les slogans. Pour faire passer leur message, les groupes ne font pas toujours dans le raffiné. Ainsi, pour fustiger l’assurance maladie, un ensemble de Botterens n’a pas craint un: «Tu veux te faire sucer? Les assurances sont là.» D’autres ont choisi le recyclage, comme le Jet-ski de Morlon et son soixante-huitard «Il est interdit d’interdire.» La palme de l’orthographe, elle, revient à la société de jeunesse de Charmey pour son «Arrêtes ton cirque»…
Les confetti et Cie. Pas de carnaval sans eux… Il paraît que cette année les fameux spaghetti colorés étaient interdits de vente. Il a donc fallu ressortir la bonne vieille mousse à raser. Dans les cheveux, de préférence, c’est plus drôle… Quant aux confetti, ils commencent à lasser. Non pas parce qu’on en retrouve partout à la maison pendant quinze jours, mais parce que chaque année, ils provoquent le même débat: faut-il y mettre un «s»? Le Bordas a tranché: confetti est un pluriel italien et ne prend pas de «s». Et tant pis si nous restons le seul journal à ne pas faire la faute.

Carnaval des enfants, ce mardi sous le chapiteau, dès 13 h 30

 

Châtel-Saint-Denis

Le théâtre de la démesure


Le public. Environ 8000 spectateurs ont canalisé le cortège ce dimanche à Châtel-St-Denis. Et c’est une science: fins stratèges, les fidèles de la Grand-Rue se sont par exemple massé côté ensoleillé. Les fillettes ont sorti leur panoplie de princesse, les garçons leur pistolet de cow-boy, parures indémodables. Les adultes, eux, se sont faits plus discrets. Quoique… Tout l’art du déguisement se cache peut-être dans la subtilité. Ainsi, un jeune homme en mocassins, chaussettes tennis blanches, pantalon carotte trop court, fine cravate en cuir, blouson en jeans et la gourmette au poignet, d’expliquer: «Je voulais me déguiser en beauf, mais je m’aperçois que ça fait aussi conseiller communal.» Eh oui, il est connu que nos représentants politiques en prennent pour leur grade à carnaval.
La mégalomanie. Les sociétés participant au cortège ont rivalisé d’imagination dans la dénomination de leur chef-d’œuvre. Si le jugement du concours de chars avait été basé sur la longueur de leur nom, les Crazy Weasels l’auraient remporté avec La Ferme c’est des Brimés, + Cochon que Love Story, + Bestial que Ko-Lanta, + Débile que la StarAc. Autre démesure qui fait le fleuron des cortèges châtelois depuis quelques années:
la taille des constructions. Ingénieux, les pompiers de la ville ont dû revoir les plans du bateau d’Alinghi en lui conférant un mât rétractable, histoire de laisser la Grand-Rue et ses ornements intacts. A quand un cortège sur l’autoroute afin de laisser libre cours à l’inspiration créatrice des sociétés?
La mélomanie. Le cortège prend des allures de chenille lorsque les chars se rapprochent de trop près. On avance en accordéon et les morceaux de guggens se mêlent parfois aux tubes de l’année mixés par le DJ du char précédent. Puis l’animal articulé reprend sa course, ses membres se distancient et chaque mélodie redevient identifiable. La prestation musicale de l’école Arpège provoque alors ce que l’on redoute généralement lors des cortèges: des frissons. Les voix cristallines des deux chanteuses en herbe sont juste renversantes.
Les talents. Renversants également les démarrages brusques de certains chars. On souligne alors les qualités d’équilibristes des participants juchés sur les véhicules. Autre aptitude à développer lors du carnaval: l’endurance. Commencée le jeudi, la fête touche à sa fin trois jours et trois nuits plus tard. On ne s’étonne donc pas de croiser un musicien aux yeux mi-clos à la recherche de son instrument avant le départ du cortège.
Un peu de sérieux. Dernier talent à souligner et pas le moindre, celui du comité d’organisation qui a réussi à faire reconnaître le Carnaval de Châtel d’utilité publique par le canton. Ayant reçu un terrain en droit de superficie à la Verrerie, l’association de carnaval devait répondre aux exigences fiscales en cas de donation. Afin de ne pas grever un budget déjà chargé, l’association a trouvé la solution en obtenant cette reconnaissance officielle. Si le souci de base d’être exonéré d’impôts est résolu, un autre avantage se greffe à ce nouveau statut: «la reconnaissance du sérieux», souligne le président Thierry Grand. En effet, l’association est maintenant soumise à des contrôles, notamment financiers, qui attestent de l’honnêteté de l’activité.


Romont

Romont sens dessus dessous


Lait de girafe. C’est, entre autres, la potion qu’ont dû ingurgiter le prince et la princesse du Carnaval romontois, l’angélique Anne-Françoise Magnin et son diabolique et «prétendu prince charmant» Roger Brodard. Et il en aura fallu, des rasades, pour dominer le bon peuple de plusieurs têtes et pour être à la hauteur de la tâche: donner le mauvais exemple et cautionner tous les débordements. «Avec nous, Romont est devenue La Poularde à la puissance 69! On a mis un tel pètchi dans la ville qu’il y aura du travail de nettoyage pour tout le monde!»
Le monde à l’envers. C’était le thème de cette 23e édition, plutôt inspirant. Les 4000 à 5000 spectateurs massés tout au long du cortège ont ainsi aperçu des démons à visage d’ange, des rois Dagobert en culottes courtes, des bonshommes de neige à la plage. Sans parler du char des Carnapomp’s, une reconstitution du paysage laissé par les deux tornades qui ont sévi cette année au pied du Gibloux: seul le bar, judicieusement placé «dans l’œil du cyclone», était encore d’aplomb. A dire vrai, dans ce chamboulement total, le char de la société de gym paraissait terriblement normal: il représentait la poste, fermée.
Accessoires. Un sac de confetti, une veste chaude et une bonne paire de lunettes de soleil: il n’en fallait pas plus pour suivre confortablement le cortège romontois. Côté participants du cortège, par contre, il fallait surtout faire preuve d’endurance. Car Romont, ça monte. Le laquais de la guggen Au pas de la boille en a fait la dure expérience. Chargé de tirer le gigantesque coffre aux trésors de ses maîtres, le solide gaillard a fini par déclarer forfait à la hauteur de la gendarmerie. «J’en peux plus. Mais je sais que les copains ne m’oublieront pas: le coffre contient leurs bagages et le bar! J’espère juste que les gendarmes ne vont pas me faire souffler dans le ballon!»
Surcharge. L’inquiétude de ce laquais, de nombreux conducteurs l’ont peut-être partagée. Car les quatre bénévoles de Bec Bleu, le service de rapatriement du carnaval, n’ont pas pu répondre à toutes les demandes. «On doublera les effectifs l’année prochaine», annonce la présidente du comité d’organisation Nathalie Pache-Haussener, qui succède à Thomas Brugger et Cathy Gueniat (transformée cette année en Bonne Femme-Hiver). «Cette lacune mise à part, tout s’est très bien passé», se réjouit-elle. Quelques débuts de bagarre sont survenus, rapidement maîtrisés par le service de sécurité. Pas de quoi ternir ce week-end, jugé trop court pour certains. Les amateurs pourront d’ailleurs remettre leur masque dès ce soir, à 19 h 30, au Centre de tennis de Romont.

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