Quand
on réalise lampleur de luvre de restauration
accomplie depuis la fondation de lAssociation des amis de la Fille-Dieu,
en 1987, on est impressionné. Et pas seulement à cause
de limportance des fonds engagés: 8,6 mio jusquà
présent, dont 6 mio pour léglise (cette étape
avait nécessité cinq ans de travaux, auxquels lassociation
contribua à hauteur de 4 mio).
Lentreprise frappe aussi par lélan de solidarité
de lAssociation des amis de la Fille-Dieu, qui la porte depuis
le commencement. A quelques jours de lassemblée générale
(ce samedi 30 avril), le comité, la mère abbesse
Sur Marie-Claire Pauchard et larchitecte Tomas Mikulas
ont tenu à faire le point autant quà rameuter les
troupes.
«Avec léglise, une très grande étape
sest achevée, suivie de travaux moins spectaculaires. Mais
il reste encore beaucoup à faire. LAssociation des amis
de la Fille-Dieu a plus que jamais son rôle à jouer»,
dit Michel Schmoutz, ancien syndic de Romont et président de
la commission de construction.
«Labbaye est un lieu de vie et de prière depuis plus
de 700 ans. Lélan de générosité a
été merveilleux jusquà présent. Il
importe dentretenir la flamme. Et pour cela, il faut avoir des
projets.» Et de projets, lassociation ne manque pas, chaque
nouvelle restitution de pierres du passé mettant en évidence
lobsolescence des parties de labbaye qui nont pas
encore pu être restaurées
«On navigue entre
vision globale et étapes de travaux, selon les urgences et les
fonds disponibles, en fonction aussi des priorités de la vie
monacale», résume Tomas Mikulas.
Car il reste une grosse étape, qui nest pas encore chiffrée
ni planifiée, mais qui nécessitera un investissement presque
aussi important que pour léglise. Il sagit de lhôtellerie,
une volumineuse bâtisse qui, transformée en 1695, conserve
encore de précieux éléments gothiques témoignant
des origines médiévales du monastère, «sans
parler de tout ce quon na pas encore découvert. Cest
une perle enfouie quil va falloir remettre en valeur», commente
Tomas Mikulas, qui confie que la restauration de la Fille-Dieu est un
peu luvre de sa vie.
Un
havre de paix
En 1872, une hôtellerie à trois étages avait été
construite dans les deux tiers de la nef de léglise, des
locaux supprimés lors de restauration du sanctuaire. Le fermier
de la Fille-Dieu et sa famille ont longtemps occupé le bâtiment
avant la construction de leur nouvelle maison sur le domaine de labbaye.
Décapité, malmené, aménagé au gré
la chance au fil du temps, le bâtiment de lhôtellerie
nécessitera des soins intensifs pour retrouver sa cohérence
architecturale et esthétique, et surtout sa fonction daccueil.
Lassociation pourrait y trouver un espace pour ses assemblées
générales qui, faute de place ailleurs, ont lieu dans
léglise. Dans la foulée, la petite boutique de labbaye
serait mise en valeur.
Plus important: labbaye serait alors en mesure de répondre
à une demande de plus en plus forte de la part du monde extérieur,
justifie Mère Marie-Claire. Traditionnellement, lhôtellerie,
dans une abbaye, est un lieu-source, un espace de silence, de recueillement,
où les retraitants, quels quils soient familles
des religieuses en visite, pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques,
ou gens traversant une crise existentielle ou spirituelle pourraient
se reposer, le temps de prendre un recul salutaire.
En 1988, à une assemblée des Amis, lévêque
dalors, Mgr Mamie, était venu parler de la soif de retraite
de ceux quil appelait «les requérants dabsolu»
ou «les émigrés deux-mêmes». Des
gens à la recherche dun havre de paix, vivifié par
la foi et la sagesse des moniales, pour se reposer des vicissitudes
du monde et, «reboussolés», reprendre la route
Amis
à multiplier
On a pu penser que, léglise ayant retrouvé sa splendeur,
leffort pouvait être relâché. On voit quil
nen est rien
En 2004, lassociation, présidée
par le conseiller aux Etats Urs Schwaller, comptait 1156 cotisants,
plus les membres à vie. «Quand des amis décèdent,
les relais ne se font pas systématiquement avec leurs descendants.
Nous sommes aussi surpris de voir que bien des Romontois ignorent quils
peuvent devenir membres de lassociation, moyennant une modeste
cotisation», observe Michel Schmoutz, en espérant que lappel
sera entendu à laube dune nouvelle et grande étape
de travaux.
|
Des
cellules toutes neuves
|
Plusieurs
séries des travaux réalisés après
létape de léglise ont concerné
le quotidien des moniales, qui vivaient dans des conditions
spartiates. La rénovation de la cuisine de labbaye
nétait pas un luxe, pas plus que le réaménagement
des cellules. Cette phase de travaux est aujourdhui achevée.
Au second étage du cloître, cet espace na
plus rien de commun avec lantique dortoir où, jusque
vers 1970, cloisons basses et rideaux faisaient office de séparations.
Les réaménagements dil y a trente ans, sommaires,
avaient un peu amélioré les choses. Mais à
la suite des interventions pas très heureuses sur le
plancher sous la toiture, «la déformation de la
charpente, de lordre de cinq centimètres sur la
largeur du bâtiment, se constatait à lil
nu sur les dessins des relevés», constate larchitecte
Tomas Mikulas.
Au fil des années, on avait aussi «bricolé»
ça et là des équipements sanitaires de
fortune et lisolation phonique des cellules, médiocre,
nétait guère favorable au repos et à
la préservation de la sphère privée des
moniales. Cest dire la difficulté de la tâche
pour les ouvriers. Mais le défi a été relevé.
Les structures anciennes de 1726 ont été maintenues
et consolidées. Sans agrandir lespace, on a créé
une série de douze «chambrettes», modernes,
mais sobres et ergonomiques.
Autre étape, en cours de finitions: le scriptorium, au
premier étage du même bâtiment, sous les
cellules des religieuses. Cette salle détudes spirituelles
est, avec léglise et le chapitre, lun des
lieux majeurs de labbaye. Là aussi, il a fallu
corriger les interventions du passé, escamoter des descentes
de tuyaux, rajouter des caissons et des piliers, remettre en
valeur une circulation latérale et faire entrer la lumière
par des éléments de bibliothèque transparents.
Un espace de vie qui occupe dorénavant sa place dhonneur.
Restera encore à améliorer le réfectoire,
puis le préau
Et lhôtellerie, musique
davenir.
«Travailler dans des pierres imprégnées
dhistoire est une uvre exaltante. Il faut avoir
beaucoup de foi et de courage pour se lancer dans une telle
aventure», conclut Tomas Mikulas à ladresse
des moniales qui, dépositaires de ce patrimoine et chargées
de le transmettre aux générations futures, ont
dû sadapter à quinze ans de chantiers successifs
en un lieu où la louange de Dieu et la prière
sont ininterrompues depuis la fondation de labbaye, en
1268.
|
Une
I Editorial I Gruyère
I Fribourg I Sports
Droits
de reproduction et de diffusion réservés © La Gruyère
2003 Usage strictement personnel
|