Dimanche de la Pentecôte,
fin daprès-midi. Le soleil du soir inonde les montagnes
et les forêts en pleine renaissance. Rarement dans lannée,
le vert dévoile autant de subtiles nuances. Dans cette lumière
vespérale, la palette est infinie, livrée à la
bonne volonté des nuages et du vent. La sève montante
accorde au paysage les talents dun impressionniste, assurant à
chaque arbre sa touche particulière.
Il est dans cette image la profondeur dune fugue de Bach, laissant
au spectateur un sentiment étrange où se mêlent
léternité et la fugacité. Et les parapentes
qui jouent avec le ciel ajoutent à cet état dapesanteur.
Ce temps suspendu, cest aussi lesprit de la Pentecôte,
sans majuscule cette fois.
Cette vie qui infuse, cet état de félicité auquel
Rousseau a consacré ses plus belles pages, imprègne les
lignes récemment repérées dans un ouvrage de Christian
Signol. «Jai toujours pensé que la beauté
du monde était destinée à nous faire oublier la
brièveté tragique de nos vies», écrit-il
dans Les vrais bonheurs (Albin Michel).
Ces vrais bonheurs, cet écrivain inconnu les rencontre dans tous
les signes que renvoie le monde sensible. La terre, leau, le retour
du printemps, le vent dans les feuilles, la musique de la pluie dans
les arbres, la magie de laube: cette façon dabsorber
toutes les nuances colorées du jardin terrestre traduit le souci
de préserver ce qui demeure de lenfance, et que le monde,
pour qui sait le percevoir, offre à éprouver depuis la
nuit des temps. Mais, avertit Signol: «Lhomme ne sera jamais
heureux que du souvenir du bonheur
»
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