La Triennale internationale
du papier, qui ouvre ses portes aujourdhui au Musée du
pays et val de Charmey, ne cesse détendre sa réputation.
Venus du monde entier, ils étaient cette année 276 artistes
à proposer 597 dossiers de candidature. Le jury de sélection
a retenu 60 uvres. Sy ajoutent, pour la première
fois, une dizaine de travaux présentés à lextérieur.
Cette innovation témoigne dune évolution du «Paper
Art», comme lexplique Patrick Rudaz, conservateur du musée:
«Beaucoup dartistes du papier travaillent aujourdhui
pour lextérieur. Avec le but que leurs uvres subissent
lévolution du temps.» Cest le cas pour ces
colonnes de la Suissesse Heidi Kailasvuori, qui seffeuillent et
se plient dans le vent. Le vent qui balance aussi délicatement
les fins roseaux de Masakatsu Yoshida, Japonaise installée en
Pologne. Ou qui porte les droits de lhomme, inscrits sur un avion
de papier géant, uvre du Vaudois DeLaPerouze.
Lauréate de cette catégorie extérieure, lItalienne
Federica Ricotti (qui a exposé lan dernier à Charmey)
a pour sa part choisi de jouer avec la lumière, lombre
et la transparence. Pour un Volo qui mêle puissance et légèreté.
Légèreté
et couleur
Dune qualité densemble remarquable, lexposition
à lintérieur (qui na pas de thème imposé,
contrairement aux deux précédentes) frappe par un ton
plus léger que celle de 2002. «Nous étions alors
peu après le 11 septembre», rappelle le conservateur. Témoins
de cette évolution: un humour discret, parfois décalé
et lutilisation de plus en plus répandue de la couleur.
Cest le cas pour le troisième prix, cette série
de personnages, presque tous sans tête, de Nada Stauber. «La
figure humaine fait partie des classiques», souligne Patrick Rudaz.
Un classique qui sallie parfois à des tendances nouvelles,
comme celle du papier mâché quutilise lIsraélien
Naama Aaronshon, auteur de deux imposantes figures, dont un Homme au
sac rouge qui ne manquera pas de surprendre.
Support de lécrit
Le premier prix aussi mise sur la couleur, avec une rigueur formelle
sans faille: les bandes bleues, à la fois aériennes et
aquatiques, de la Lucernoise Kathrin Biffi-Frey ont séduit le
jury. Leur choix «met en valeur une certaine tendance à
la poésie, la dérision et encourage lapparition
de la couleur». Deuxième prix, le Caprice de lune du Français
Pierre Riba invite pour sa part à la méditation et impressionne
par la force et le calme quil dégage. Ailleurs, les couleurs
se font même vivantes: Wolfgang Heuwinkel a plongé un cube
de feuilles de papier dans quatre couleurs, qui les ont imprégnées
peu à peu.
Même sans couleurs, dautres travaux imposent leur puissance
évocatrice. Cest le cas de Fremd, dIngrid Burger
(Allemagne). Quelques valises pour dire la douleur, la tristesse du
déracinement. Même charge symbolique pour Black Thora,
de lAméricain Robbin Ami Silverberg, où le papier
prend laspect glaçant du métal. Autre tradition
revisitée, celle des moulages, pour lAllemand Gunter Schone
et son très beau triptyque Intérieur.
Dautres artistes noublient pas que le papier reste le «support
par excellence de lécrit, de lesprit», comme
lécrit Patrick Rudaz dans le catalogue de lexposition.
Certains restent ainsi proches du livre ou de lécriture.
Ce qui donne les pages magnifiques et intrigantes de Precipitation de
lIslandais Sari Maarit Cedergren, laérien Story dIeva
Slekyte-Gasiuniene (Lituanie) ou encore Lin-Ecriture, de la Belge Angela
Melsen.
Le travail classique du papier, cest aussi le «pulp painting»
(peinture avec la pulpe du papier, sans dessin), qui nempêche
pas les développements contemporains. Argenide Ghini Servilha
(Brésil) présente une image comme pixellisée de
son grand-père, entre tradition et technologie daujourdhui.
Les collages restent également bien présents, tout comme
ses uvres proches du textile, rappelant que cest souvent
avec cette matière quont débuté les artistes
du papier. A signaler encore la présence de Hedi von Zelewsky,
qui présente détonnants objets aux allures ethno.
La Charmeysanne dadoption a déjà exposé en
ces murs lan dernier en compagnie de Federica Ricotti.
Foisonnant panorama
Avec ses formats de plus en plus importants, la Triennale du papier
offre une nouvelle fois un panorama foisonnant des possibilités
quoffre le papier. Selon Patrick Rudaz, «le jury a même
souligné quil sagit dune des meilleures éditions».
Aux visiteurs désormais de juger, eux qui vont décerner
un prix du public offert par La Gruyère.
Charmey, musée,
jusquau 4 septembre.
Du mardi au dimanche de 14 h à 18 h, le samedi de 14 h à
16 h. Vernissage ce samedi 11 juin, dès 16 h
Images
de la tragédie
Comme lan
dernier, la lauréate de lédition précédente
de la Triennale du papier de Charmey a été invitée
à exposer à lHôtel Cailler. Et cest
sans nul doute lun des temps forts de la manifestation. LAllemande
Hiltrud Schäfer, qui avait remporté le premier prix en 2002
avec ses Peaux suspendues, présente Images dhommes et de
femmes.
Cette installation a été conçue en lien avec les
commémorations de la libération des camps de concentration.
Mais elle va au-delà du souvenir de cette tragédie précise,
pour évoquer avec force le destin à la fois de lespèce
humaine et des individus pris dans un mouvement de lhistoire qui
les dépasse.
Sur les murs, la vie: des silhouettes qui paraissent animées,
qui dansent, qui courent, avec légèreté. Et qui
semblent oublier leur fragilité de papier. Sur le sol, dans des
caissettes, dautres silhouettes, allongées, fragmentées.
Images du destin qui a frappé, des innocents emportés
par le drame et lhistoire. Lévocation est saisissante,
le contraste émouvant entre linsouciance et linéluctable,
entre cette foule joyeuse, bigarrée et ces corps immobiles.
Lexposition de la Galerie de lHôtel Cailler est visible
tous les jours de 10 h à 22 h. A signaler encore quun film
de Bernard Muller sur la Triennale 2002 est diffusé à
lentrée de cette exposition.
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La
triennale en chiffres
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La
5e Triennale internationale du papier présente, à
lintérieur du Musée du pays et val de Charmey,
soixante uvres de 56 artistes.
Ces artistes (46 femmes et 10 hommes) proviennent de
20 pays, dont, pour la première fois, la Corée,
lIslande, la Slovaquie. Neuf dentre eux ont déjà
exposé à Charmey.
Le jury de sélection a choisi parmi 597 dossiers,
présentés par 276 artistes de 33 pays. Pour la
catégorie extérieure, 35 uvres ont été
proposées par 25 hommes et femmes de 14 pays.
Autour du musée, onze uvres de dix artistes,
venus de neuf pays, ont été sélectionnées.
Le Pays de Galles est représenté pour la première
fois.
La quatrième édition de la triennale, en
2002, avait attiré quelque 5000 visiteurs.
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