Emmené
par le ministre radical des Finances Hans-Rudolf Merz, le Conseil fédéral
prône la privatisation de Swisscom, une perspective que lentreprise
elle-même appelle de ses vux par souci dindépendance.
La vente de lensemble des actions en mains fédérales
(62,45% du capital), un pactole évalué à plus de
16 milliards de francs, a il est vrai de quoi faire saliver. Daucuns
y voient déjà la perspective de combler une partie, certes
assez modeste, de la dette du pays.
Mais le projet, destiné à abroger la règle actuelle
obligeant la Confédération à contrôler au
moins 51% du géant bleu, a subi lundi un premier revers avec
le refus dentrée en matière signifié par
la Commission des télécommunications du Conseil national.
Par 13 voix contre 11. La Chambre du peuple tranchera dans le vif en
principe le 10 mai, puis le Conseil des Etats se prononcera en juin.
A noter quun second refus du projet au National signifierait la
mort de la privatisation. A linverse, en cas de feu vert des deux
Chambres, la gauche brandit déjà la menace dun référendum
populaire
Le désengagement de la Confédération est en effet
résolument combattu par les socialistes, les Verts et le PDC.
Les partisans de la vente de lopérateur téléphonique
se recrutent donc chez les radicaux et les démocrates du centre.
Une ligne de partage à laquelle les parlementaires fédéraux
fribourgeois néchappent pas.
Selon notre pointage, des neuf élus représentant le canton
sous la Coupole, deux seulement soutiennent la cession intégrale
de la part fédérale dans lex-régie. Il sagit
des Bullois Jean-Paul Glasson, du PLR, et Jean-François Rime,
de lUDC. Pour leur donner ici la réplique, deux opposants:
le socialiste gruérien Christian Levrat, par ailleurs président
du Syndicat de la communication, ainsi que le sénateur singinois
Urs Schwaller, chef du groupe parlementaire PDC.
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Jean-Paul
Glasson, CN, PLR, Bulle
POUR: «Je suis favorable à la privatisation
complète de Swisscom.»
Pourquoi: «Il ny aurait pas de mise en péril
dun bon fonctionnement des télécommunications
en Suisse, car la loi peut obliger les opérateurs à
assurer le service universel. Pour moi, largument financier
nest pas déterminant. Cest plutôt un souci
de clarté. La situation est en effet presque impossible,
la Confédération (pour simplifier) étant à
la fois propriétaire, cliente et régulatrice des activités.
Cest dailleurs le cas de toutes les SA majoritairement
en main de la Confédération. Il sagit aussi
de laisser à Swisscom la liberté de suivre sa propre
politique dentreprise. On a vu les problèmes de compétences
en novembre dernier sur la question des acquisitions à létranger.»
Pronostic: «Ça sera sans doute serré
au plénum du National. Même si je ne signerai pas un
éventuel référendum de la gauche, je pense
quil faudrait que le débat se fasse dans la population
et pas seulement chez les politiciens.»
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Christian
Levrat, CN, PS, Vuadens
CONTRE: «Je suis opposé à la cession
de la participation majoritaire de la Confédération
dans Swisscom.»
Pourquoi: «Le risque principal de la privatisation
est la vente à létranger de lentreprise
et quelle devienne lobjet de spéculations boursières,
affaiblissant ainsi le service public. A ceux qui misent sur la
loi pour garantir le service universel, je dis quelle a toujours
une guerre de retard. La seule
garantie, ce sont les investissements faits par Swisscom, soit 1,5
milliard par an, qui sont menacés en cas de privatisation.
Et puis M. Merz ne sait pas compter. Swisscom rapporte 1,4 milliard
par an à la Confédération. Le ministre des
Finances veut économiser au mieux 450 mio dintérêts
passifs. Le rendement serait trois fois inférieur.»
Pronostic: «Si le PDC vote dans le sens de ses déclarations,
on devrait lemporter au National. En tout état de cause,
jai demandé à mon syndicat (n.d.l.r.: de la
communication, dont M. Levrat est président) de préparer
la campagne référendaire.»
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Jean-François
Rime, CN, UDC, Bulle
POUR: «Je suis clairement favorable à la cession
des actions que la Confédération détient dans
la société Swisscom.»
Pourquoi: «Jestime pour ma part que les risques
entrepreneuriaux sont bien trop grands pour la Confédération.
Cette dernière nest pas à même dassumer
la gestion de tels risques, à mon avis. Jajoute que
le service universel est garanti par la Loi
fédérale sur les télécommunications,
ce qui annihile un des arguments des opposants. De plus, le marché
des télécommunications est en continuelle évolution,
une tendance qui va sans doute encore augmenter ces prochaines années,
avec pour corollaire des bénéfices qui vont diminuer
à lavenir.»
Pronostic: «Ce sera bien sûr difficile dimposer
notre point de vue à la majorité des parlementaires.
Il faudra voir si on réussit à convaincre quelques
élus du Parti démocrate-chrétien. Nous aurons
dailleurs un gros travail de conviction à faire dans
lopinion, si un référendum est lancé
à ce sujet.»
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Urs
Schwaller, CdE, PDC, Tavel
CONTRE: «Je suis opposé à la privatisation
complète.»
Pourquoi: «Le PDC veut maintenir une majorité
de 51%, comme exigé par la loi, aux mains des collectivités
publiques. Il ny a aucun motif valable pour que notre pays
se sépare des infrastructures stratégiques (télécommunications,
électricité, routes, voies ferrées
).
Cest dans lintérêt du pays den rester
propriétaire et de garantir le service universel. Linscription
de ce principe dans la loi nest pas suffisante. De plus, le
Conseil fédéral navigue à vue dans ce dossier
mal préparé et mal communiqué. Comme Swisscom
a eu une excellente rentabilité ces dernières années,
il ny a aucune raison de nous séparer de cette entreprise
performante. Mais je suis daccord de discuter dune privatisation
de ses activités annexes (engagement à létranger,
par exemple).»
Pronostic: «Le PDC, qui va sopposer au projet,
souhaite quon renvoie sa copie au Conseil fédéral
avec une non-entrée en matière. Sinon, nous lancerons
un référendum et je suis persuadé que la majorité
du pays nous suivra.»
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