GRUYÈRE Expo Hainard à Riaz

Le maître de Jacques Rime

Peinture, gravure sur bois et sculpture. L’œuvre exceptionnelle de Robert Hainard est à découvrir jusqu’au 23 avril à Riaz. L’exposition est montée à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de l’éminent sculpteur naturaliste. Jacques Rime, son «fils spirituel», parle de celui qui a transformé sa vie.


Robert Hainard (à gauche) à l’affût en 1988 avec Jacques Rime: «A 82 ans, il voyait son premier lynx»
(N. Crespini)

 

A 55 ans, les yeux bleus du peintre animalier Jacques Rime s’allument quand il évoque la figure de Robert Hainard: «Je garde de lui l’image du maître et du génie, car il en était un. Lui et son épouse Germaine – qui était une des plus grandes peintres de Suisse – avaient une forte affection pour moi.» Le cours de la vie du Gruérien est modifié le jour où, à 17 ans, il découvre La chasse aux crayons, le livre de Hainard: «C’est à ce moment que j’ai compris qu’il allait dans la nature pour chercher ses idées. J’ai passé des journées à Raveires, en dessus de Charmey, à dessiner des chamois. C’était merveilleux!»
Prendre un sac de couchage et sa planchette à croquis: Robert Hainard est le premier à aller sur le terrain pour croquer les animaux. «Ces nuits au clair de lune, c’est lui qui les a inventées. Depuis, dans le monde entier, des milliers de naturalistes sont à l’affût avec crayons ou appareils photo pour observer les animaux dans leur habitat», explique le Gruérien, installé près de La Part-Dieu.
A 22 ans, Jacques Rime réalise son «grand rêve»: grâce à une émission de la Télévision Suisse romande, il fait la connaissance de Robert Hainard. «Quand je l’ai vu, j’étais tellement paumé que je n’ai rien pu lui dire. Il a fallu de nouveau filmer la surprise de la rencontre. Durant l’émission, je lui ai dit que certaines de ses œuvres me faisaient penser à des peintures rupestres des hommes des cavernes. Il m’a répondu que c’était le plus beau des compliments qu’on puisse lui faire.»
Après cette première rencontre, le Gruérien écrit à Robert Hainard, installé à Bernex (GE). Le naturaliste reçoit le jeune homme dans sa maison du chemin de Saule «qui sentait les produits de la gravure, le bois et la cire d’abeille». Il y avait des sculptures dans le jardin et des dessins partout dans la maison et l’atelier. Loup, bison, ours, castor, grand tétras, chouette, faucon, lièvre. «C’était extraordinaire! J’étais chez un vrai maître et prêt à tout entendre. J’avais dessiné un renard et il m’a dit qu’il ressemblait à un sac de pommes de terre. Quand il m’a expliqué pourquoi, c’était limpide! J’ai tout de suite compris et accepté ses critiques», dit le peintre animalier.

Saisissant bestiaire
Aujourd’hui, Jacques Rime reste pantois devant l’œuvre laissé par Hainard qui s’est éteint en décembre 1999, à l’âge de 93 ans. Après plusieurs milliers de nuits passées à l’affût, il a rassemblé un bestiaire unique en son genre: des milliers de dessins, un millier de gravures sur bois, des centaines de sculptures et d’aquarelles. Robert Hainard était aussi philosophe. II a analysé les rapports entre la civilisation occidentale et la nature, et a notamment posé avec des décennies d’avance le problème de l’expansion économique illimitée. «Son œuvre va occuper des vies de chercheurs à analyser ce qu’il a dit dans plein de domaines.»

Complicité de renards
«Chaque fois que je me rendais chez lui, je ne me sentais pas écrasé par sa création. J’avais, au contraire, envie de continuer. Ça me motivait et ça m’encourageait. C’était en fait pour moi comme un tremplin! Entre nous, il s’est passé une complicité de renards. Même un de ses croquis les plus abstraits, je le saisissais», raconte, avec une certaine émotion, Jacques Rime.
Le Gruérien a toujours vouvoyé son maître: «Tout le monde le tutoyait, sauf moi. Je ne pouvais pas. C’était une forme de respect. Même si nous avions une éducation dif-férente par notre origine et le poids de la religion, nous étions sur le même chemin. Quelques années avant sa mort, il m’a envoyé un de ses livres, avec une dédicace. Il avait écrit: “A mon fils spirituel”. Ça m’a beaucoup touché.»

Riaz, bâtiment scolaire, jusqu’au 23 avril, tous les jours de 14 h à 19 h. A découvrir des gravures sur bois, des bronzes et une vingtaine de livres de Robert Hainard

 

Christophe Schaller
13 avril 2006

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