BOXE Delphine Veillard

La boxe rien que pour elle

Il y a cinq ans, Delphine Veillard franchissait pour la première fois la porte de la salle du BC Châtel-Saint-Denis. Devenue la compagne de Bertrand Bossel, la boxeuse de 27 ans enfile les gants pour elle, et pas pour son champion. Samedi à Palézieux, elle disputera son troisième combat amateur.


Peu importe l’inquiétude de sa maman, Delphine Veillard a attrapé le virus du noble art

 

«Ma maman? Me voir boxer ne lui a pas trop plu. Déjà qu’elle en devient malade quand Bertrand doit combattre!» Peu importe l’inquiétude maternelle, Delphine Veillard a attrapé le virus du noble art. Toute seule, sans l’aide de Bertrand Bossel, le fer de lance du BC Châtel-Saint-Denis devenu son «sparring-partner» dans la vie. Et la boxeuse de 27 ans de pousser dans les cordes les éventuelles mauvaises langues. «Je pratique la boxe pour moi, pas pour Bertrand.»
Pas sportive pour un sou, l’habitante de La Tour-de-Peilz, désormais installée dans le chef-lieu veveysan, a humé la transpiration de la salle châteloise pour la première fois il y a cinq ans. Par envie de se plonger dans un sport qui l’attirait depuis belle lurette. «Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais cette idée en tête. Peut-être pour sortir quelque chose et me défouler.» Et pour tirer un trait sur le passé, quand elle se sentait un peu forte. «J’en souffrais un peu. Un jour, je me suis dit qu’il fallait que je me prenne en charge.» Un brin de course à pied d’abord, la boxe ensuite l’aideront à pouvoir défier sans complexe son pèse-personne.

Scotchée au lit
Vouloir se prouver que l’on est capable de supporter des charges physiques, c’est bien, mais ça fait mal. «Je ne suis pas près d’oublier mon premier entraînement. Le lendemain, je ne pouvais pas me lever du lit, tellement j’avais mal aux abdos.» Aujourd’hui, cette anecdote fait sourire la jeune femme, elle qui se dépense sans sourciller, quatre fois par semaine. «J’aime les entraînements de boxe, toujours très intenses, et son côté technique. Beaucoup de gens pensent à tort que ce sport se résume à taper. Mais il y a une très large palette technique à apprendre et un énorme travail mental à effectuer, comme le fait d’accepter de recevoir des coups.» Et tant pis pour ceux qui pensent que femme ne rime pas avec boxe.
Fin 2003, Delphine Veillard pensait être suffisamment prête pour son premier combat amateur, lors des championnats de Suisse à Berne. Elle a rapidement dû déchanter. Comptée une première fois, la débutante sera renvoyée dans son coin avant le terme du premier round. «Un combat à oublier, c’était la catastrophe! Commencer par des championnats de Suisse contre une adversaire qui comptait déjà six combats, ce n’était pas l’idéal. Dans la tête, je n’étais pas suffisamment préparée. Peut-être ai-je sous-estimé la chose. Je n’étais pas assez craintive et je me suis laissé surprendre.»

Un combat en douce
Après ce couac, Delphine Veillard s’est décidée à changer de catégorie. «Combattre en – 54 kg, ce n’était pas assez pour moi. J’étais souvent fatiguée et j’avais tout le temps froid.» Et c’est en poids plume (– 57 kg) que la Châteloise s’est présentée sur le ring face à une Bâloise, il y a un mois à Sissach, lors d’un combat amateur organisé en marge des championnats nationaux jeunesse. «Comme mon premier combat avait été catastrophique, je n’avais rien dit à mes parents et à ma sœur.»
Sous les yeux des membres de son club et les cris de Bertrand Bossel, elle a quitté le ring battue aux points certes, mais désormais plus sûre de ses poings. «Mon entraîneur François Gilliand dit que je suis un peu trop technique, que je réfléchis trop, nuance-t-elle. Je dois me montrer plus agressive, être moins statique avec le haut du corps et améliorer mon jeu de jambes.»

Le couple en attente
Samedi à Palézieux-Village, lors du traditionnel meeting mis sur pied par le BC Châtel-Saint-Denis (voir ci-contre), Delphine Veillard aura l’occasion de mettre ces conseils en pratique contre une boxeuse de Dijon. A une petite nuance près par rapport à l’escapade bâloise: les yeux de la salle polyvalente seront rivés sur elle – sauf ceux de sa maman, qui restera à la maison. «Il y aura du monde et la pression sera plus importante. Mais il faut essayer de ne pas trop y penser», se rassure la Châteloise. Qui, cette fois, devra se passer de l’aide de Bertrand Bossel. «Quand l’un de nous ne boxe pas, l’autre peut le soutenir. Samedi, on sera les deux à attendre, la boule au ventre.»
Deux combats victorieux, et ni l’un ni l’autre n’auront besoin de mettre des gants pour les «retrouvailles» de fin de soirée.

 

Le grand pas de Laura

Une autre boxeuse châteloise sera en lice samedi à Palézieux-Village. A bientôt 17 ans, Laura Savoy effectuera ses débuts officiels sur un ring, un an et demi après avoir tapé pour la première fois dans un sac. «J’ai commencé ce sport un peu par hasard, relève-t-elle. Une amie m’avait poussée à essayer la boxe éducative. Ça ne m’a pas plu, car ce n’était pas assez exigeant.» La boxe, la «vraie», rassasiera les ardeurs de la jeune fille.
Quand on lui parle de son combat de samedi, face à une adversaire en provenance de l’Hexagone, Laura Savoy ne laisse transpirer aucune peur. «Je m’étonne moi-même, mais je me sens plutôt bien. Reste que le niveau de la boxe française est en général assez élevé. On verra bien…» Tout juste la cadette du BC Châtel-Saint-Denis éprouve-t-elle une légère appréhension à l’heure de combattre devant les siens. «Ce premier combat représente un grand pas, expose l’habitante de Palézieux. J’aurais préféré vivre cette expérience ailleurs que chez moi.»
La salle polyvalente sera acquise à la cause de deux autres boxeurs châtelois: l’amateur Stéphane Porchet et, bien sûr, Bertrand Bossel, qui disputera son huitième combat professionnel.

Alain Sansonnens
13 avril 2006

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