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Daguerréotypes du Musée gruérien

L'énigme Girault de Prangey

En mai 2002, le Musée gruérien retrouvait dans ses archives 61 daguerréotypes de Girault de Prangey. Dès aujourd'hui, cinq de ces plaques sont dévoilées pour la première fois au public, à la Fotostiftung de Winterthour, avant la grande exposition prévue à Bulle en décembre 2008.


Un daguerréotype de Girault de Prangey, prêté par le Musée gruérien pour l’exposition de Winterthour

 

Le 20 mai 2003, Christie’s vendait un daguerréotype de Joseph-Philibert Girault de Prangey pour la somme de 1,2 million de francs. Prise en 1842, cette image du temple de Zeus Olympien sur l’Acropole, à Athènes, tient toujours le record du monde pour une photographie du XIXe siècle. En quelques heures, l’artiste français passait du statut de curiosité à celui de célébrité de la photographie.
Pour le plus grand bonheur du Musée gruérien, à Bulle, qui, en mai 2002, a redécouvert dans ses archives le volet helvétique de l'œuvre de Girault de Prangey (voir La Gruyère du 6 juillet 2002). Des images qui figurent parmi les plus anciennes de Suisse et qui constituent une collection unique dans l'histoire de la photographie européenne. Et, pour la première fois, cinq de ces daguerréotypes sont dévoilés au public, dès aujourd'hui, à la Fondation suisse pour la photographie (Fotostiftung), à Winterthour.

Dépoussiérage
En bonne place dans le musée bullois au côté des fonds photographiques Morel et Glasson, la collection Girault de Prangey devait, dans un premier temps, passer entre les mains de spécialistes pour assurer sa conservation. «Les daguerréotypes étaient en bon état, si l’on considère que les plaques n’avaient jamais été protégées auparavant», explique Christophe Brandt, directeur de l'Institut suisse pour la conservation de la photographie, à Neuchâtel, en charge des travaux.
Après une complexe opération de dépoussiérage, les plaques ont été enchâssées dans leur nouveau boîtage. «Nous avons aussi dû corriger des problèmes de voilage et imaginer un système de montage sous verre.» Le choix s’est porté sur un passe-partout noir, avec les bords arrondis, et un fin liseré blanc. «Une esthétique sobre et résolument moderne», selon Christophe Brandt.
Même s'ils présentent de légères griffures et des traces d’oxydation, les daguerréotypes sont aujourd’hui stabilisés. «En outre, nous avons réalisé des reproductions des plaques afin de pouvoir les étudier sans les manipuler», conclut le spécialiste neuchâtelois. Cette phase de conservation, estimée à 40000 francs, a été prise en charge par Memoriav, l’Association pour la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle suisse.

Identifier les images
Cette première étape aujourd'hui achevée, il conviendra dorénavant de passer à l’étude du fonds. «En prévision de la grande exposition que nous allons organiser en décembre 2008 à Bulle, nous devons entreprendre un important travail d’identification des images», prévoit Isabelle Raboud-Schüle, conservatrice du Musée gruérien. «On devra faire une recherche particulière pour chaque plaque, faire jouer nos réseaux et tenter de dessiner l’itinéraire de Girault de Prangey en Suisse.»
Ce projet scientifique, qui doit encore trouver un financement, tentera de donner des réponses à plusieurs questions essentielles: de quelle année datent ces plaques? Cette série est-elle le reflet d’un seul ou de plusieurs voyages en Suisse? Quelles étaient les intentions de ce peintre qui utilisait la photographie comme carnet de croquis?
Dans son enquête, le Musée gruérien pourra sans doute compter sur la collaboration de la Fotostiftung et de la Bibliothèque nationale de France (BNF), qui possède 179 épreuves de l’artiste. D’ailleurs, Sylvie Aubenas, conservatrice chargée de la photographie du XIXe siècle auprès de la BNF, s’est empressée de venir à Bulle pour voir les daguerréotypes.
Collaboratrice scientifique à la Fondation suisse pour la photographie, Sylvie Henguely a collecté des informations inédites sur les plaques exposées à Winterthour. «Un spécialiste a reconnu le bateau qui navigue sur le lac de Thoune, près d’Interlaken (voir photographie en page 1 du journal). Selon lui, la photo n’a pu être prise qu’entre les années 1847 et 1849. Et un collaborateur de Ballenberg a identifié précisément l’architecture typique des chalets de Meiringen, avant l’incendie du village.»

De Vevey à Bâle
Avec des images déjà identifiées de la Spalentor, à Bâle, ou du château de l’Aile, à Vevey, on peut estimer que Girault de Prangey a voyagé sur les grands circuits touristiques de l’époque, sur les traces de Lord Byron. Mais il reste encore beaucoup de points d’interrogation à lever avant de résoudre l’énigme Girault de Prangey.
Grande surprise lors de notre visite à Winterthour: à côté des cinq plaques prêtées par le Musée gruérien se trouvait un sixième daguerréotype signé Girault de Prangey et daté de 1841. Acquise par le collectionneur zurichois Bruno Bischofberger, cette image est la sœur jumelle d’une photographie vendue par Christie’s en 2003. Et sans doute l’une des plus anciennes photographies de l’exposition.


Winterthour, Fotostiftung, du 2 décembre 2006 au 18 février 2007. www.fotostiftung.ch

Christophe Dutoit
2 décembre 2006

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