Le 20 mai 2003, Christies vendait un daguerréotype de Joseph-Philibert
Girault de Prangey pour la somme de 1,2 million de francs. Prise en
1842, cette image du temple de Zeus Olympien sur lAcropole, à
Athènes, tient toujours le record du monde pour une photographie
du XIXe siècle. En quelques heures, lartiste français
passait du statut de curiosité à celui de célébrité
de la photographie.
Pour le plus grand bonheur du Musée gruérien, à
Bulle, qui, en mai 2002, a redécouvert dans ses archives le volet
helvétique de l'uvre de Girault de Prangey (voir La Gruyère
du 6 juillet 2002). Des images qui figurent parmi les plus anciennes
de Suisse et qui constituent une collection unique dans l'histoire de
la photographie européenne. Et, pour la première fois,
cinq de ces daguerréotypes sont dévoilés au public,
dès aujourd'hui, à la Fondation suisse pour la photographie
(Fotostiftung), à Winterthour.
Dépoussiérage
En bonne place dans le musée bullois au côté des
fonds photographiques Morel et Glasson, la collection Girault de Prangey
devait, dans un premier temps, passer entre les mains de spécialistes
pour assurer sa conservation. «Les daguerréotypes étaient
en bon état, si lon considère que les plaques navaient
jamais été protégées auparavant»,
explique Christophe Brandt, directeur de l'Institut suisse pour la conservation
de la photographie, à Neuchâtel, en charge des travaux.
Après une complexe opération de dépoussiérage,
les plaques ont été enchâssées dans leur
nouveau boîtage. «Nous avons aussi dû corriger des
problèmes de voilage et imaginer un système de montage
sous verre.» Le choix sest porté sur un passe-partout
noir, avec les bords arrondis, et un fin liseré blanc. «Une
esthétique sobre et résolument moderne», selon Christophe
Brandt.
Même s'ils présentent de légères griffures
et des traces doxydation, les daguerréotypes sont aujourdhui
stabilisés. «En outre, nous avons réalisé
des reproductions des plaques afin de pouvoir les étudier sans
les manipuler», conclut le spécialiste neuchâtelois.
Cette phase de conservation, estimée à 40000 francs, a
été prise en charge par Memoriav, lAssociation pour
la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle suisse.
Identifier
les images
Cette première étape aujourd'hui achevée, il conviendra
dorénavant de passer à létude du fonds. «En
prévision de la grande exposition que nous allons organiser en
décembre 2008 à Bulle, nous devons entreprendre un important
travail didentification des images», prévoit Isabelle
Raboud-Schüle, conservatrice du Musée gruérien. «On
devra faire une recherche particulière pour chaque plaque, faire
jouer nos réseaux et tenter de dessiner litinéraire
de Girault de Prangey en Suisse.»
Ce projet scientifique, qui doit encore trouver un financement, tentera
de donner des réponses à plusieurs questions essentielles:
de quelle année datent ces plaques? Cette série est-elle
le reflet dun seul ou de plusieurs voyages en Suisse? Quelles
étaient les intentions de ce peintre qui utilisait la photographie
comme carnet de croquis?
Dans son enquête, le Musée gruérien pourra sans
doute compter sur la collaboration de la Fotostiftung et de la Bibliothèque
nationale de France (BNF), qui possède 179 épreuves de
lartiste. Dailleurs, Sylvie Aubenas, conservatrice chargée
de la photographie du XIXe siècle auprès de la BNF, sest
empressée de venir à Bulle pour voir les daguerréotypes.
Collaboratrice scientifique à la Fondation suisse pour la photographie,
Sylvie Henguely a collecté des informations inédites sur
les plaques exposées à Winterthour. «Un spécialiste
a reconnu le bateau qui navigue sur le lac de Thoune, près dInterlaken
(voir photographie en page 1 du journal). Selon lui, la photo na
pu être prise quentre les années 1847 et 1849. Et
un collaborateur de Ballenberg a identifié précisément
larchitecture typique des chalets de Meiringen, avant lincendie
du village.»
De
Vevey à Bâle
Avec des images déjà identifiées de la Spalentor,
à Bâle, ou du château de lAile, à Vevey,
on peut estimer que Girault de Prangey a voyagé sur les grands
circuits touristiques de lépoque, sur les traces de Lord
Byron. Mais il reste encore beaucoup de points dinterrogation
à lever avant de résoudre lénigme Girault
de Prangey.
Grande surprise lors de notre visite à Winterthour: à
côté des cinq plaques prêtées par le Musée
gruérien se trouvait un sixième daguerréotype signé
Girault de Prangey et daté de 1841. Acquise par le collectionneur
zurichois Bruno Bischofberger, cette image est la sur jumelle
dune photographie vendue par Christies en 2003. Et sans
doute lune des plus anciennes photographies de lexposition.
Winterthour, Fotostiftung, du 2 décembre 2006 au 18 février
2007. www.fotostiftung.ch
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