Confidence en fin douvrage: «Pour moi, le secret, cest
que je suis né en Gruyère.» Marcel Imsand nen
fait pas un fromage
Cependant, parmi ces propos recueillis par
sa fille Marie-José Imsand Popescu, le père de Marcel
émouvant rebond des générations est
une figure centrale. Avec son père, Marcel avait noué
une
belle complicité. Il était ouvrier, pour ne pas dire tâcheron.
Goudronnant les routes lété, portant des sacs de
sable pour les chalets dalpage, réparant les digues de
la Sarine lhiver. Son fils est en cheville: «Je crois que
la communication qui sest établie entre mon père
et moi fut la première de mes alchimies, la plus totale.»
Ou encore: «Avec mon père, on partageait beaucoup de silence.»
Il sera dailleurs lun de ses premiers modèles photographiques.
Même sil aura de la peine à admettre que son fils
Marcel, mécanicien, jeune marié, décide un jour
de faire «le grand saut» pour se lancer dans la photo
Sa mère? Elle est bonne, travaille darrache-pied pour subvenir
aux besoins. Couturière, elle est à son ouvrage souvent
la nuit, «dans une certaine solitude». De sa mère,
Marcel hérite le sens du travail bien fait. Elle est artiste
aussi, relève-t-il, lorsquelle crée des robes de
mariée.
Ah! le mariage. Mécanicien à la Nova de Neuchâtel,
Marcel est «obligé» de se marier, comme on dit dans
le vulgaire. Sa femme est une merveille. Belle cétait
lune des plus belles filles de Neuchâtel
Mylène
a un caractère fort, mais conciliant. Ainsi, elle ne sourcille
pas lorsque Marcel lui annonce, alors que la Nova a fermé ses
portes, quil va tenter de vivre de la photo. «Il fallait
y croire pour accepter quavec trois petits enfants je quitte lusine
où jétais chef datelier.» Mylène
le seconde même pour les bains et le séchage des photos,
maniant la pomme de douche dans la baignoire familiale. Les premiers
tirages de Marcel Imsand sont des reportages de mariage. Avant quil
installe son atelier à Lausanne, rue de lAle.
Etre
femme aujourdhui
A propos de Mylène, il ne tarit pas déloges: «Tu
comprends, si tu travailles jusquà deux heures du matin
et que ta femme te demande ce que tu as fait, parce quelle pense
que tu as été aux filles alors que toi tu as bossé
comme un fou, cela ne peut pas aller. Dans les métiers dindépendant,
il ny a pas de miracle, on ne finit pas à six heures le
soir, on ne finit jamais.» Il étend son propos à
la femme en général. Pour Imsand, la femme a tous les
pouvoirs. Or, les femmes actuelles aspirent à toujours plus dindépendance.
Fort bien, mais «à la condition quelles restent totalement
elles-mêmes». Et la part essentielle est, à ses yeux,
celle de lamour quelles cachent. Pourquoi? La faute à
notre époque médiatisée à outrance. «Aujourdhui,
on attache une importance inouïe au corps. Les femmes doivent être
minces, maquillées, enfin tout, tout ce qui concerne le côté
visuel et pas ce qui se passe à lintérieur.»
Le photographe, qui aime se plonger dans les livres dart pour
se détendre, a constaté que tous les grands peintres prenaient
pour modèles des femmes bien en chair. Exemple frappant: il parle
de sa rencontre avec Cindy Crawford, quil a photographiée
deux fois. Sur la première image, elle est maquillée,
posant pour une publicité. Sur la seconde, elle est à
table avec des amis, détendue, sans fard. Il émane delle
une gentillesse et une humanité extraordinaires. Mais cette photo,
relève Imsand, est impubliable! «Personne ne la connaît
sous ce jour. La société de consommation le refuse. Si
on la montrait naturelle, elle ne serait plus quune femme comme
tout le monde et ne correspondrait plus aux exigences du marché.
La société vit donc pour le show.»
Lutopie
de la célébrité
Le show. Cest tout le contraire de la quête de Marcel Imsand.
Il dit la chance quil a connue de rencontrer des personnalités
importan-tes: Barbara la chanteuse, ou Jorge Donn, «le meillleur
danseur du monde», pour nen citer que deux. Mais ce nest
pas le clinquant, cest lâme quil cherchait en
eux. De plus, aux extrêmes, il a également noué
des relations suivies avec les frères jumeaux, qui vivaient dans
une ferme misérable de Vaulruz, avec Luigi le berger, avec Paul
et Clémence, quil est allé voir pendant douze ans.
Devenu célèbre à son tour, Imsand se moque de la
notoriété comme de son premier marcel
Lessentiel? Cest de laisser parler sa fragilité.
Car, par définition, un artiste est un être sensible, donc
fragile. Et cest alors que se produit cette fameuse alchimie,
tous les sens en éveil. Une photo, dit-il, cest lunion
de la force et de la lumière. «Lobservation mhabite
sans que jaie besoin de regarder. Jenregistre le monde.
Je ne fais pas de la photographie!».
Marcel
Imsand: Paul et Clémence et Confidences (Editions La Sarine)
Le photographe dédicacera ces ouvrages ce dimanche 10 décembre,
à Gruyères, Fleur de Lys (14 h à 18 h)
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Petit
miracle
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Paul et
Clémence aux Editions La Sarine, cest, à
quelques nuances près, la copie conforme du livre paru
en 1982 aux Editions 24 Heures. Photos dune incroyable
justesse, avec quelques sobres traits de plume du photographe
pour dire linstant capté. Dans la préface,
léditeur Jean-Bernard Repond rappelle les circonstances
qui ont conduit Marcel Imsand à nouer une relation de
douze ans avec ce couple platonique, hors du temps. Un matin
de grisaille, le photographe prend le train en quête dimage
à publier dans un quotidien. Il descend à Eclépens
et prend un chemin de traverse. Et là, il aperçoit
un vieil homme, voûté, portant un bidon et un géranium
Cinquante mètres de plus, cinquante mètres de
moins, et la rencontre naurait sans doute jamais eu lieu.
A quoi tient un petit miracle
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