En octobre dernier, l’un des fils d’Erwin Jutzet était
victime d’une agression «gratuite» en ville de Fribourg. En pleine campagne électorale, le candidat socialiste promettait alors: «Il faut plus de présence policière à pied les vendre
dis et samedis soir dans les quartiers sensibles.» Depuis, l’avocat singinois a été élu au Conseil d’Etat, à la Direction de la sécurité et de la justice…
Au début de sa législature, le directeur de la police avait soufflé à la presse qu’il passerait une nuit au poste. Ce fut le cas ce week-end, en compagnie de la patrouille Sarina 315 de la Police cantonale. Reportage.
Comme avec crockett
Samedi, 19 h 30, Centre
de gendarmerie de Granges-Paccot. En jeans et manteau d’hiver, Erwin Jutzet se présente au briefing de la prise du service. Ce soir, dix agents sont engagés pour la région
Centre, à savoir la ville de Fribourg, la Sarine et la Singine. Sous le calme apparent, on perçoit une attention de tous les instants chez les policiers.
Tandis que les diverses patrouilles se dispersent dans l’agglomération, on prend place à bord d’une Volkswagen banalisée. Première mission: retrouver une personne qui tenterait de se suicider.
Avec les agents Habi et Malko – on les appellera par leur surnom – on traverse la
tiédeur de la ville dans une ambiance de polar. Pour peu, on se croirait à l’arrière de la Daytona Spyder de Sonny Crockett et Rico Tubbs dans le feuilleton Miami vice. OK, leur veste bleue les rend un poil moins sexy! Mais quand même…
Il suffit d’une puissante accélération tout gyrophare dehors pour que la comparaison resurgisse. Rien de grave, un conducteur avait juste omis d’allumer ses phares… Il s’en sortira, après l'inéluctable contrôle d’alcoolémie, avec un bon sermon de la maréchaussée…
De retour aux Grand-Places, la patrouille Sarina 315 retrouve la 306 pour une opération «Celsius»: arpenter à pied le centre-ville pour montrer
la présence de la police.
Commence une tournée des «Grands Ducs» dans les rues piétonnes… Devant le XXe,
un attroupement inquiète les agents. A tort. Des roses à la main, une cinquantaine de personnes se recueillent près d’un banc où sont allumées des bougies. Il y a un an, la chute d’un échafaudage enlevait la vie d’une adolescente…
Arrivés à la gare – très calme – les policiers rencontrent deux patrouilles «Tabarro». Des agents de la région Sud, spécialement chargés, samedi, de présences lors de manifestations comme le carnaval ou les fêtes de jeunesse. Plus tard, eux seront encore actifs dans la région de Marly…
22 h. La patrouille retrouve sa base à Granges-Paccot pour la pause. L’heure pour le conseiller d’Etat de visiter le Centre d’engagement et d’alarme, qui reçoit notamment les appels du 117, et le quartier
cellulaire, avec ses locaux de garde à vue et d’audition.
22 h 43. Alarme! Quatre jeunes sont en train de casser des rétroviseurs à la Grand-Rue. Signalement: l’un d’eux porte une veste à capuchon… Toujours en contact radio avec les autres patrouilles, Sarina 315 se rend en Basse-Ville.
En bas de la Grand-Fontaine, l’agent Habi lance: «Ne vous
inquiétez-pas, monsieur le
directeur, avec les vitres teintées, pas de risque qu’on vous reconnaisse…» Eclat de rire général dans la voiture.
Un rôle de psychologue
On ne retrouvera pas ces «crapauds», ni plus tard ceux qui ont tourné des poubelles à Beauregard. On retrouvera par contre le «suspecté» de suicide, chez lui, surpris qu’on s’inquiète de son sort. «On a souvent un rôle de psychologue», sourit Malko.
Pas le temps de tergiverser, on annonce un problème dans une grande surface à Villars-sur-Glâne. On y va. Pleins gaz. Les portes du magasin sont ouvertes, on voit de la lumière et on perçoit une discussion: sans doute un cambriolage…
Les renforts arrivent. Au total douze agents, un chien, un conseiller d’Etat et un journaliste, tous deux lestés d’un lourd gilet pare-balles.
A la lueur des Mag-lite, on progresse entre les rayons. J’ai l’impression que mon cœur bat si fort que les autres l’entendent! Et si les voleurs nous tiraient dessus?
On arrive près de la lumière. Une télévision, qu’un concierge a oublié d’éteindre… Fausse alerte. «Non, je n’ai pas eu peur…» Je mens très mal. C’était comme quand on jouait aux gendarmes et aux voleurs!
A aucun moment les agents n’ont perdu leur calme. On redescend en ville. Minuit, il fait 9° C. Beaucoup de jeunes sont sur les trottoirs… On sent le printemps.
«J’ai voté pour vous!»
Au bout de Pérolles, les deux policiers mettent sur pied des contrôles systéma-
tiques. Tous se révéleront négatifs. Très observateur depuis le début des opérations, Erwin Jutzet se fait accoster par deux jeunes qui font la rioule. «Je vous reconnais. J’ai même voté pour vous. Ça me fait plaisir de vous voir en vrai.» Comme ça fait plaisir aux agents de partager leur travail avec leur patron.
On approche des 2 h du
matin. La fatigue se sent dans le regard du conseiller d’Etat. «Je suis très impressionné par votre travail. Je me souviendrai longtemps de cette nuit.»
Et le magistrat d’ajouter: «C’est mon premier grand chantier de la législature. D’abord la police de proximité: tout le monde est acquis au principe, mais pas au mode de financement. Puis, dès fin mars, je défendrai devant le Conseil d’Etat une augmentation des effectifs, afin de baisser le nombre d’heures supplémentaires. En outre, il faut ouvrir davantage d’écoles de police…»
La nuit est encore longue… Deux arrestations – pour une bagarre à coups de cric – une course-poursuite avec un scooter et une victime d’un passage à tabac près de la gare. Une nuit ordinaire, chargée, mais sans gros pépins. Bref, une nuit de pleine lune – d’éclipse qui plus est – qui ne tourne pas que la tête des loups-garous.
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