GRUYÈRE Fête du blé et du pain

Musiciens bullois à Echallens

Le Corps de musique de la ville de Bulle sera la formation officielle de la Fête du blé et du pain qui aura lieu à Echallens en août 2008. Pierre Huwiler écrit la musique du spectacle, alors que Blaise Héritier, le chef de l’harmonie du chef-lieu, est le directeur artistique de cette création qui réunira plus de 1300 chanteurs, danseurs et figurants.


Pierre Huwiler travaille notamment avec Blaise Héritier, car le chef du Corps de musique de la ville de Bulle est ouvert à tous les genres de musique

 

Avant que plus de 40000 spectateurs goûtent le Grain de folie, féerie musicale durant l’été 2008, l’heure est au labeur pour les cinq chevilles ouvrières de ce Festspiel. Aux côtés des Fribourgeois Pierre Huwiler (musique) et Bernard Ducarroz (texte), il y a trois autres de leurs compères: Benoît Roche, à la mise en scène, Georges Chorafas qui fait l’orchestration et Blaise Héritier, le directeur artistique. Le point avec Pierre Huwiler, le compositeur de l’oratorio, quinze mois avant la création du spectacle.

– Votre façon d’écrire ce jeu musical est originale. Pourriez-vous expliquer votre démarche?
Pierre Huwiler. Au début, les cinq auteurs du spectacle se sont retrouvés deux jours tous les deux mois à Charmey. Nous continuons à travailler de la sorte et faisons un travail collectif d’écriture: chacun apporte ses idées. Il y a un échange continu, qui se prolonge d’ailleurs via messagerie électronique après les journées de réflexion. Objectif: écrire un scénario à la manière d’une BD pour éviter de traiter le thème du blé et du pain d’une façon conventionnelle. Les personnages principaux seront en fait des symboles. Il y aura très peu de textes et l’histoire sera avant tout chantée. C’est un vrai musical, comme disent les Anglo-Saxons, un jeu musical.

– Quels seront ces personnages?
Il y aura notamment le soleil, les ciseaux, qui auront un rôle maléfique, sans oublier l’épouvantail, l’accompagnateur du grain de blé – le rôle principal – qui sera interprété par un enfant. Un autre personnage important sera le ventilateur. Il déclenchera une sorte de tsunami. Le public pourra encore découvrir une horloge, un coquelicot et un arrosoir, porté par un groupe de dix voix mixtes.

– Pour le parolier Bernard Ducarroz, la façon de travailler est différente…
Bernard contribue comme nous tous à l’écriture collective du scénario, mais il a tout de même un rôle de garde-fou, car écrire est son métier. Mais il a encore un autre défi à relever puisqu’il écrit désormais sur les musiques que je compose. L’approche pour nous deux est nouvelle. Mais beaucoup de paroliers ont travaillé de la sorte. Pierre Delanoë m’a expliqué qu’il avait écrit une grande partie de ses chansons comme cela. Par exemple, Nathalie. Gilbert Bécaud a d’abord composé la musique. On a l’impression que les mots sont venus avant, mais ce n’est pas du tout le cas! Cela signifie que le parolier doit être sensible à la musique et à la sonorité des mots. Le rythme est donné et il doit le tenir, alors que, si le parolier écrit un texte, c’est lui qui est générateur du phrasé.

– Est-ce que ça se passe bien?
Pour l’instant, nous sommes au début du processus. Bernard dit que ça lui convient. On s’est rendu compte que nous sommes obligés de travailler de la sorte. Par exemple, si je prends le voyage du grain de blé qui va visiter ses cousins. Quand il arrive en Amérique du Nord, la musique doit avoir une coloration qui fait penser au pays traversé. Pour cette occasion, j’ai écrit un grand blues qui tourne en gospel. Bien sûr que cette méthode demande une certaine souplesse du parolier. Pour Bernard Ducarroz, c’est une nouvelle approche.

– Est-ce que les organisateurs vous ont imposé des contraintes, du style parler impérativement des traditions?
Non, nous n’avons aucune contrainte. Les organisateurs nous font confiance, mais bien sûr ils nous ont dit d’aborder les traditions. Nous le ferons dans un des seize tableaux du spectacle qui traite de la nostalgie. C’est l’occasion de parler des danses folkloriques et du costume vaudois. La culture du blé sera aussi célébrée, mais de façon moderne. Je vais par exemple reprendre Le blé qui lève, une chanson de Gustave Doret, dans une orchestration nouvelle. Cette composition est le pendant du Lyoba de la Fête des vignerons. Au début, un seul accordéon jouera. Il sera rejoint par une voix de ténor, puis le chœur, jusqu’au développement symphonique avec l’orchestre et la masse chorale de 600 chanteurs (lire ce-dessous). Au même moment, le public verra évoluer sur scène des danseurs, des figurants et des animaux.

– Il y a un certain gigantisme…
Il faut bien se représenter la scène qui aura cent mètres de large. C’est plus qu’une scène d’opéra! Chaque spectacle sera vu par près de 6000 personnes. En raison de l’immensité, il faut qu’il y ait des scènes qui frappent les esprits. Il y aura ce que nous appelons des manipulateurs, des sortes de figurants. Ces 500 personnes vont déplacer des machines agricoles sur la scène ou encore représenter les sauterelles qui déciment un champ de blé. Il faut que tout ça soit spectaculaire.

– Qu’en est-il du Corps de musique de la ville de Bulle?
L’ensemble bullois sera l’orchestre du festival. Il jouera un rôle central, puisque tout est dit en musique durant les deux heures du spectacle. Il devra soutenir les 600 voix du chœur et les solistes. En plus d’être en classe excellence, la formation gruérienne est une harmonie qui compte des cuivres et des bois. La sonorité d’un tel ensemble se prête très bien à des spectacles en plein air. Il y aura aussi des musiciens solistes. Le Corps de musique de Bulle sera renforcé par huit musiciens, dont un clavier, deux guitares basses, une batterie et un accordéon. Celui-ci deviendra bandonéon quand le périple musical s’arrêtera en Amérique latine.

Un mur de 600 choristes

La féerie musicale Grain de folie de Pierre Huwiler et Bernard Ducarroz verra défiler seize tableaux. Le mur du grand chœur sera composé de 600 choristes. Les chanteurs intéressés peuvent s’inscrire via internet sur le site de la fête. «C’est ouvert à tous les chanteurs de Suisse romande. A partir de cet automne, je dirigerai personnellement les répétitions durant lesquelles nous apprendrons les douze chants. Cela représente un dimanche par mois, de façon à ne pas empiéter sur les activités sociales et chorales des chanteurs», souligne le chef et compositeur Pierre Huwiler. Un chœur d’enfants interprétera quatre compositions.
Par ailleurs, la direction artistique fait un casting de voix à la halle du château, à Echallens, pour encore trouver des rôles-titres. Ce mercredi 30 mai, à 15 h, les cinq membres de la direction artistique auditionneront des garçons voulant jouer le rôle du grain de blé. Le lendemain, à partir de 20 h, audition de choristes pour dénicher une voix de mezzo ou d’alto ainsi qu’un baryton. Exigences: chanter une ballade et une mélodie plus rythmée par cœur et a cappella, insiste le chef fribourgeois.

Plus de 500 figurants
Pour le spectacle, jusqu’à cinquante cracheurs de feu seront recrutés et formés, ainsi qu’un demi-millier de manipulateurs et de figurants. Une animation est aussi prévue durant la fête à l’intérieur de la bourgade d’Echallens.
Tout le Gros-de-Vaud se prépare à la Fête du blé et du pain qui vivra sa 3e édition. C’est en fait le pendant agricole de la célèbre Fête des vignerons veveysanne. La première fête avait eu lieu en 1978 sur la place de la Gare d’Echallens. La 2e s’est déroulée en 1998. Pour des raisons d’accès et de surfaces dis-ponibles, elle a été organisée à l’entrée sud du village. C’est aussi sur la place Court-Champ qu’aura lieu la 3e édition à la fin août 2008.

Inscriptions et renseignements sur www.echallens2008.ch et auprès de pierrehuwiler@hotmail.com

 

Propos recueillis par
Christophe Schaller
29 mai 2007

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