Cerniat: sorti menotté, Julien Coissac gesticule pour plaider sa cause

| mer, 09. mai. 2012
La police cantonale est intervenue, mardi soir à Cerniat, pour arraisonner Julien Coissac, qui tentait à nouveau de filmer l’assemblée communale. Dans l’attente d’un jugement sur le fond de l’affaire de la route des Tertzons.


PAR CHRISTOPHE DUTOIT

Mardi soir, 20 heures tapantes au clocher de l’église de Cerniat. Il ne manque que les quatre notes d’harmonica d’Il était une fois dans l’ouest pour trouer le silence inconfortable qui règne depuis quelques secondes dans la salle de l’Auberge de la Berra. En préambule de l’assemblée communale qui doit avoir lieu séance tenante, le syndic vient en effet de créer une commission au sens de l’article 67 de la Loi sur les communes, qui, à huis clos, a décidé que les débats du soir ne seraient pas filmés…
Installé depuis quelques minutes à la table des journalistes avec un imposant garde du corps, Julien Coissac tient à l’épaule une caméra professionnelle. Comme lors des deux précédentes assemblées communales, le propriétaire du chalet Saint-Joseph compte bien enregistrer les discussions pour les publier sur son site internet.
Un dialogue s’instaure alors, comme dans le plus improbable des westerns de Sergio Leone, alors que le syndic Pascal Andrey vient de suspendre l’assemblée:
– Monsieur Coissac, veuillez éteindre votre caméra!
– Non, Monsieur le syndic! Au nom de la Loi sur l’information, je suis en droit de filmer l’assemblée.
– Tire-toi avec ton machin, entend-on dans la salle.
– S’il vous plaît, pas de provocation, calme le syndic.
Après cinq longues minutes, trois agents de la police cantonale entrent dans la salle.
– Monsieur Coissac, selon un mandat du préfet, veuillez nous remettre votre caméra.
– Non, je refuse. Vous allez être obligés de me contraindre.
– Monsieur Coissac, veuillez déposer votre caméra, reprend le policier, parfaitement calme.
– Vous allez devoir me casser le bras!
– Vous pouvez faire recours contre cette décision au Tribunal cantonal. Mais, maintenant, déposez cette caméra, s’il vous plaît!
– Assurez-vous qu’il ne soit pas armé, lance un conseiller communal.
– Monsieur Coissac, nous sommes entre adultes. Vous êtes devant le fait accompli. Posez cette caméra.
– Non, je suis obligé de m’insoumettre. Menottez-moi!
Après une demi-heure de palabres sèches, mais sans débordements, les trois agents arraisonnent ainsi Julien Coissac et l’embarquent dans leur voiture, direction le poste de Vaulruz, d’où le citoyen français repartira vers 22 h 30, une fois l’assemblée communale achevée. A noter qu’il n’a pas fait l’objet d’une arrestation proprement dite, mais d’une mesure de police, pour contrôler son identité. Fin du chapitre.
Cette triste histoire est cependant loin de son épilogue. Depuis 2004 en effet, la commune est en bisbille avec plusieurs propriétaires, dont Julien Coissac, au sujet du chemin des Tertzons, une route qui focalise toute l’attention à cause des – prétendus – défauts qu’elle présente après les travaux effectués entre 2004 et 2005.
Rencontré hier matin dans les locaux de la rédaction, Julien Coissac tente d’expliquer ses gesticulations de la veille. «Oui, j’ai volontairement forcé les policiers à aller jusqu’au bout. Mon but n’est pas de me faire mousser. J’ai même du mal à comprendre cette escalade de violence. Car, je le rappelle, je ne suis pas à l’origine de ces histoires.»


Procès-verbal tronqué
En attendant que la justice tranche sur le fond de cette affaire – ce qui devrait être fait cette année encore – Julien Coissac en veut à l’Exécutif de Cerniat qu’il accuse d’avoir tronqué le procès-verbal d’une précédente assemblée. «Le Conseil a publié dans le bulletin communal une version raccourcie du p.-v., différente de celle que l’on trouvait à l’administration communale…»
S’il se dit prêt, aujourd’hui, à discuter de ce sujet, notamment avec une délégation du Conseil d’Etat, Julien Coissac veut également engager une procédure pour savoir si l’ordre préfectoral de mardi est légal.
Quant aux conseillers communaux de Cerniat, ils étaient soulagés du départ contraint de Julien Coissac. Du moins, momentanément.

 

----------------

 

"Je veux voir les protagonistes"

Absent mardi soir à Cerniat – contrairement à la dernière assemblée communale du 31 janvier – le préfet Patrice Borcard n’est pas resté inactif. Hier, il a écrit une lettre au Conseil d’Etat pour lui demander de se positionner sur le fait de filmer une assemblée communale: «Nous sommes tous favorables à la transparence. Mais ce cas précis dépasse l’esprit de la loi. Je ne suis pas contre la transparence, mais contre le fait d’utiliser des images pour faire pression sur la commune», affirme le préfet. A ce propos, il propose à l’Exécutif cantonal que l’on puisse «se contenter d’un enregistrement sonore».
Sur le fond de l’affaire de la route des Tertzons, Patrice Borcard veut dans les plus brefs délais rencontrer tous les protagonistes, y compris les services de l’Etat. «Je veux qu’on se mette autour d’une table. On doit trouver une solution.»
Quant au déroulement de l’assemblée de mardi, il précise qu’il a «demandé à la police d’être prête, dans le but de maintenir l’ordre public et pour faire respecter la décision de la commission communale». CD

Commentaires

Il semble qu'à Cerniat c'est à priori la loi de Cerniat qui règne, une loi qui se laisse adapter du jour au jour et selon l'opinion des citoyens présents lors d'une assemblé communale. Quelle tristesse pour une démocratie de voir plier un préfet (un ancien journaliste d'ailleurs) sous l'opinion publique et faire intervenir les force de l'ordre. Julien Coissac va sans doute gagner cette cause, peut-être pas sur le terrains fribourgeois, mais vraisemblablement au Tribunal Fédéral. Ce Français courageux paie le prix pour sa persévérance, il mérite mon estime pour faire avancer la démocratie dans ce pays.
on aimerait bien y voir clair
le citoyen qui exerce ses devoirs et qui cherche à faire respecter ses droits est mal vu, c'est pas nouveau. Il suffit de contrer une seule fois une autorité pour devenir la bête noire... ou l'indien du western! On menotte et évacue un citoyen dérangeant, mais on laisse oeuvrer les dealers et autres hors la loi, sans les inquiéter car c'est trop délicat. Il en va de même pour les cas où il faut du courage pour trancher et faire appliquer la loi... C'est navrant, il ne faut pas s'étonner que la chose publique n'intéresse plus grand monde... et que les autorités peuvent faire ce qu'elles veulent
Je suis heureux de lire qu'un lecteur de "La Gruyère" dise tout haut ce que plusieurs pensent tout bas ! Un préfet qui ose contester officiellement une loi votée et approuvée par les instances cantonales est totalement délirant ! Sans compter qu'à cela le préfet y ajoute des mesures policières contraignantes hors la loi qui m'ont volés 2 heures de ma vie ! J'ai investi plus de 600.000 francs à Cerniat qui ont profités directement à l'économie régionale. Alors oui, franchement, merci la "démocratie" et la reconnaissance fribourgeoise... J'avais, jusqu'à hier soir, une autre idée du respect des droits de l'homme en Suisse... Julien Coissac - Propriétaire du Chalet Saint Joseph
Mr, le respect vous en n'avez pas! Prendre les citoyens de la commune en otage n'est pas la façon de faire des gens de chez nous! Votre caméra nous n'en voulons pas et vous n'êtes pas capable de respecter la loi vous aussi! Jusqu'à présent vous n'êtes pas citoyens de ce pays, si je ne m'abuse. Nous ne sommes pas en France. La démocratie est le fondement de notre pays, alors si cela ne vous plaît pas, peut-être que vous auriez la bonne idée de retourner en France.
Les gens de chez nous... Nous ne sommes pas en France... La bonne idée de retourner en France... Voilà des commentaires qui sentent bon le racisme primaire et la peur de l'autre !!! Quant à la définition de la démocratie, nous ne devons pas avoir la même définition ! Quant au respect de la loi, je crains que vous n'ayez pas fait une lecture attentive de la loi sur l'information et de son application dans le cadre des assemblées communales... Julien Coissac
Mr, Vos commentaires et votre misérable prestation me confortent dans mes dires. Je ne suis pas raciste et je n'ai pas peur de vous. Par contre, vous êtes le contre-exemple de l'intégration. Mais apparemment ça ne sert à rien de discuter avec vous puisse que vous avez toujours raison et vous êtes toujours plus intelligent que les habitants de Cerniat. Beaucoup de monde on en marre de vos agissements. Régler votre problème avec le conseil communale et non pas avec les habitants de la commune. Si vous n'avez pas encore compris, vous êtes bien seul dans cette histoire. La loi est aussi pour vous et la préfecture est là pour l'appliquer. Laisser cette commune et leurs habitants tranquille. ABE
Vous n'avez rien compris, c'est dramatique! C'est bien la loi que je respecte, c'est tout le fond du problème! Au lieu de vous cacher derrière un pseudonyme (moi je n'ai pas honte de signer mes commentaires avec mon nom!), si vous n'avez pas peur d'assumer vos propos, n'hésitez pas à me contacter pour que nous organisions une rencontre avec mon voisin et ami Pierre Andrey, victime lui aussi de cette situation. Si vous avec l'honnêteté d'accepter cette proposition, je pense que votre point de vue à mon égard changera quelque peu... Reste à savoir si la vérité vous intéresse vraiment... J'en doute un peu! Julien Coissac
Vous non plus, vous n'avez rien compris! Comment ce fait-il que Mr Andrey n'a pas été menotté comme vous? Parce qu'il est plus intelligent et ne veut pas prendre en otage les personnes qui n'ont rien à faire avec vos problèmes! Dans vos agissements, vous vous mettez beaucoup de personnes à dos, dans la vallée de la Jogne et ailleurs.Tout ce que vous faîtes, c'est perturbé le bon fonctionnement d'une commune et c'est grave. En suisse, une assemblée et là au nom du bien collectif et non pas individuel, ne l'oubliez pas.
En Suisse, nous avons aussi le souci du respect des lois et des gens. Soit ce qu'il fait est légal et il appartenait au conseil communal de faire respecter la primauté de la loi (ou changer la loi) en lui permettant de filmer (même si son action extravagante est impopulaire), soit ce qu'il fait est contraire à la loi et le préfet doit le sanctionner. Actuellement, la situation s'envenime parce que nous n'avons pas une autorité suffisamment forte pour dire la loi, assumer et la faire respecter. C'est commme dans une cour d'école où des enfants se chamaillent et le prof chargé de les surveiller leur dit qu'il veut recueillir l'avis du proviseur avant de les séparer... Le problème est là. ;) Pour ma part, j'ignore tout de cette personne, de son problème et de la difficulté juridique. J'escompte cependant de nos autorités la force et le courage de dénouer ce genre de "petites" difficultés du quotidien, sans mettre nécessairement la police en première ligne. Si elles sont dépassées par une personne qui tient une caméra, que feront-elles devant les véritables difficultés qui nous attendent vu le contexte international ? Après, si je peux me permettre, j'aimerais bien savoir pourquoi cette personne a amené "un garde du corps" ? A-t-elle déjà été menacée, rudoyée ? ou était-ce de l'intimidation ? ;)
Les raison de la présence d'un garde du corps... Dans la nuit qui a suivi l'assemblée communale du 31/01/12, alors que je séjournais à quelques kilomètres de Cerniat, j'ai retrouvé au petit matin mon véhicule vandalisé avec deux pneus à moitié et totalement dégonflé... Vous avouerez que les auteurs signent là, un acte criminel qui me conforte dans l'idée que mon action dérange mais n'empêchera pas la vérité d'éclater au grand jour sous peu... Julien Coissac
Je ne comprends pas l'attitude de notre préfet. Soit il y a une infraction et il lui appartient de la sanctionner soit il n'y en a pas. Mais la Gruyère l'a précisément élu pour qu'il nous le dise. Comment peut-il dès lors s'adresser au Conseil d'Etat pour lui demander une sorte d'autorisation à appliquer la loi ? N'y a-t-il pas d'ailleurs séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le pouvoir judiciaire (qu'il représente) ? A un moment, ne doit-il ainsi pas prendre ses responsabilités ? rendre une décision, le cas échéant en sanctionnant la personne concernée s'il estime que son comportement est pénalement punissable, puis lui ouvrir une voie de recours au château ou au Tribunal cantonal ? Je trouve cette réaction décidément bien étrange. A force de vouloir ménager tout le monde ...

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Action de luttte contre les nuisances sonores

SÉCURITÉ ROUTIÈRE. Dans la nuit de vendredi à samedi, la police cantonale a effectué une action de lutte contre les comportements générant de l’insécurité routière. Des contrôles ont été faits dans les alentours de Bulle et de Fribourg. Cette action a été mise sur pied à la suite de nombreuses doléances, notamment en raison des nuisances sonores dues à des modifications techniques non conforme...