Cinéma

Dark shadows

de Tim Burton, avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Eva Green

L’histoire de Dark shadows est vite réglée: Barnabas Collins (Depp), rejeton d’une famille anglaise ayant fait fortune aux Etats-Unis, a la mauvaise idée de flirter avec Angélique (Eva Green), servante des Collins et accessoirement sorcière diablement sexy. Car finalement, Barnabas aime Josette. Angélique ne le supporte pas et lance une malédiction à cet amant inaccessible: l’immortalité d’un vampire. Enterré vivant pendant deux siècles, il est déterré en 1972 et retourne dans le manoir familial tandis qu’Angélique réapparaît. L’occasion pour Barnabas de se venger et de rétablir l’honneur des Collins. Parfois, et c’est naturel, l’horloge tourne. Parfois, et là aussi c’est normal, un des procédés permettant de lutter contre le confort qui s’installe consiste à aller puiser dans les richesses du passé. Cela est vrai pour nous, quidams qui ressortons nos vieilles converses, mais ça l’est aussi pour les grands artistes en mal d’inspiration, apparemment. En collaborant pour la huitième fois avec son acteur fétiche, Johnny Depp, et sa fidèle femme, Helena Bonham Carter, Tim Burton a l’air de s’être sérieusement égaré dans sa propre nostalgie avec cette comédie balourde, balançant sans cesse entre une envie nouvelle de légèreté et l’obligation d’utiliser les codes qui ont fait sa gloire d’antan.
Pas ou très peu de sang rouge fluo, mais pas la poésie d’un Big fish non plus. Par contre les références de l’époque de prépuberté du réalisateur foisonnent, aussi discrètes qu’un furoncle sur le postérieur d’Eva Green: une salle de cinéma avec, à l’affiche, Superfly et Curtis Mayfield en fond sonore. Ou encore, film de vampires oblige, l’apparition de Christopher Lee, idole de Burton et l’un des plus illustres représentants de la race à canines, on l’avait compris, merci. Et puis il y a Alice Cooper aussi, qui fait un concert privé dans le manoir de la famille Collins... Finalement, le Tim Burton qui avait su mêler le gore et la poésie gothique comme nul autre, a définitivement perdu l’innocence et la subversion qui avaient fait sa réputation. Dark shadows et Johnny Depp en sempiternel Pierrot cabotin, ne réussissent pas à convaincre, jamais vraiment drôles ni jamais vraiment touchants. Il serait peut-être temps de penser à amener du sang frais à l’équipe Burton-Depp-Elfman, afin de ne pas sombrer totalement dans le confort de ses acquis passés. Paulo Wirz / Samedi 12 mai 2012