MUSIQUE Rubin Steiner

Une rivière de diamants bruts

Ce n’est pas du nu-jazz, ni du lounge, et encore moins de la French Touch. C’est du Rubin Steiner, au sommet de son art. Mélange plus qu’inspiré d’electro, de jazz et de rock, «Drum Major!» permet au Français de progresser encore sur la voie qu’il s’est fixée: creuser son propre sillon sonore.


Fred Landier, alias Rubin Steiner: «Aujourd’hui, je m’amuse plus!» (photo V. Curutchet)

 

Content. En cette fin d’après-midi lausannoise, Fred Landier, alias Rubin Steiner, est souriant sur une terrasse. A ses côtés, la charmante Madame Douze. Si officiellement elle est en charge du graphisme de l’aventure, et qu’elle chante sur un titre, on sent la muse poindre en arrière-fond.
Dans quelques heures, le Neue Band, bras scénique de Rubin Steiner, secouera un public halluciné par tant d’enthousiasme et de jovialité. Outre le grand chef, l’équipée compte dans ses rangs un batteur, Stéphane Charasse, un bassiste, Sylvestre Perrusson, et un trompettiste-tromboniste, Oliv’Yeah Claveau. La formation garde la diversité du disque et y ajoute l’énergie rock. Ou comment un excellent album fait en solitaire peut éclater complètement une fois libéré dans la foule.

– Le «quartet» est mort, vive le «neue band»! Un nouveau groupe pour une nouvelle approche?
Deux membres ont quitté le quartet. Mais ces départs et les arrivées qui les ont suivis correspondent bien à mon état d’esprit du moment. Le «neue band» est nettement plus orienté rock. J’ai même repris ma guitare! J’étais un peu lassé, sur scène, d’être face à mon sampler. Aujourd’hui, je m’amuse plus! Et mes rapports avec les musiciens sont plus faciles: nous parlons la même langue musicale, ce qui n’était pas toujours le cas auparavant. Nous sommes un vrai groupe, dans lequel chacun a trouvé sa place.

– L’occasion d’enregistrer un prochain album en «équipe»?
Je vais sûrement travailler avec d’autres musiciens sur le prochain disque. En tout cas, j’y suis prêt. Mais dans un cadre limité. Je n’arrive par exemple pas à laisser d’autres mixer à ma place. Les concessions ne m’intéressent pas. Sur scène, par contre, ils sont beaucoup plus libres. Je leur dis simplement ce que je ne veux pas. Mais de là, chacun amène sa part à l’édifice.

– Plus proche désormais de l’humain que de la machine alors…
Les machines, c’est super bien. Mais il faut effectivement montrer l’humain derrière. Aujourd’hui, tout le monde peut s’acheter des boîtes à rythmes ou un synthé. Seulement tout se ressemble. N’importe qui peut faire un morceau trois minutes!

– D’où vient l’écart entre votre succès critique et vos ventes de disques, plutôt faibles?
C’est vrai que nous n’avons pas eu de critique négative sur Drum Major! Tant mieux! Et les ventes ne sont pas mauvaises. Pour le dernier album, nous avions atteint les 20000 exemplaires vendus, dont la moitié hors de la France, du Japon aux Etats-Unis. Je sais pertinemment qu’avec ce genre de musique je n’atteindrai pas des chiffres astronomiques.
A côté de ça, le travail des distributeurs dans chaque pays fait aussi beaucoup. Je suis sur un petit label, mais nous sommes distribués par les équipes BMG de chaque pays. Selon l’endroit, nous sommes plus ou moins bien représentés, ce qui influe forcément sur le succès d’un disque. En Suisse, c’est d’ailleurs mon tourneur qui doit partiellement me promouvoir, l’album n’étant pas beaucoup soutenu par la maison de disques.

– En tant «qu’artiste electro», quel sentiment avez-vous face au téléchargement massif et gratuit sur internet?
J’achète beaucoup de musique sur iTunes, et je ne vais pas sur Kazaa. Lorsque j’achète des vinyles, il m’arrive de télécharger ensuite le MP3 pour l’avoir sur mon ordinateur. Personnellement, je n’ai pas de problème à être téléchargé. Sur mon site, j’offre d’ailleurs l’intégralité de mon premier album, introuvable en CD. Mon souci tient plus à la perte de qualité due à la compression. J’ai aussi le sentiment que le phénomène a malheureusement généré une impression de musique jetable.

Rubin Steiner, Drum Major! Platinum/Universal

Propos recueillis par
Alexandre Edelmann
24 mars 2005

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