Cette
revue fait figure dexception. Créée à Moutier,
en 1979, par quelques artistes et amateurs dart, Trou se distingue
en offrant un espace de liberté aux artistes. Le quinzième
numéro, qui vient de sortir, confirme la haute qualité
de cette publication, en rassemblant des textes de Frédéric
Wandelère et Sylviane Chatelain, ainsi que des uvres de
Gérard de Palézieux, Schang Hutter, Josep Niebla et Boris
Zaborov.
Le principe de cette revue artistique et littéraire, annuelle
depuis 2002, est resté le même quà sa naissance:
place à la création (les uvres publiées sont
presque toujours inédites) et non pas à
la théorie ni à lanalyse. Trou ne défend
aucune chapelle, aucun courant artistique. Une seule exigence: celle
de la qualité. Vitrine, aussi fragmentaire soit-elle, de la création
contemporaine, la revue sest ouverte à des modes dexpression
très divers. Au fil des ans, elle a réuni des artistes
aussi différents que les peintres Jean Lecoultre, Bram van Velde
ou Pietro Sarto, les écrivains Michel Butor, Maurice Chappaz,
Georges Haldas ou Bernard Comment, les photographes Ferdinando Scianna
et Martine Frank, larchitecte Mario Botta, les compositeurs Jost
Meier et Vinko Globokar
Beauté
des îles
Ce quinzième numéro souvre sur deux uvres
en écho: les aquarelles de Gérard de Palézieux
et un texte du poète et écrivain fribourgeois Frédéric
Wandelère se répondent et samplifient. Dun
côté, des vues de Sardaigne à la fois subtiles et
dune remarquable puissance expressive. De lautre, les mots
délicats qui savent dire dautres îles, Leucade et
Formentera. «La beauté de ces îles. Il y a
la mort qui est en nous, qui finira par lemporter, et la mort
que nous répandons nous-mêmes parmi les choses, les plantes,
les paysages que nous soumettons à notre cupidité, là-bas
comme ici.» Le texte sachève par une visite «Chez
Palézieux», où «le moindre objet, une simple
boîte de carton ou de bois a un passé, une noblesse dusage».
Auteure notamment du Livre dAimée, Sylviane Chatelain a
pour sa part donné à la revue une nouvelle, Les géraniums
roses. Un texte empli de nostalgie et de pudeur, dont le point de départ
est le vol dun pot de fleurs. Trou ouvre ensuite ses pages à
Josep Niebla, peintre catalan de renommée internationale. Dans
leur liberté de style et de matière, ses Réminiscences
dAfrique forment une suite très expressive, tour à
tour colorée, sombre et révoltée.
Echos
de la Shoah
Suivent des dessins, des esquisses et un texte de Boris Zaborov. Né
à Minsk en 1935, Zaborov vit à Paris depuis 25 ans et
cest à sa ville dadoption quil consacre un
touchant texte. «Paris, qui de manière étrange fait
naître les tableaux que je peins, est présent sans y figurer.
Ce Paris qui nappartient quà moi et qui disparaîtra
avec moi.» Quant à ses dessins et esquisses de portraits,
ils réunis-sent de manière troublante la facture classique
et la modernité du trait.
Il revient au sculpteur dorigine soleuroise Schang Hutter de conclure
ce numéro de Trou. Un artiste qui a été marqué,
lors de ses études à Munich dans les années 1950,
par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Son travail est imprégné
de cette émotion, de cette révolte. Les dessins et les
photos de sculptures publiés ici évoquent son parcours
et son uvre, faite de violence, de solitude, parfois damour
et de joie. Un texte, Shoah II, revient sur le choc que Schang Hutter
a connu à 20 ans, à Munich. Et sur la résolution
qui suivit: «Jessaie de dire avec des formes leffroi
qui ma saisi en 1954. Mes uvres doivent contribuer à
perpétuer le souvenir de linnommable.»
La revue Trou est disponible auprès de LAssociation
Trou Revue dart, c.p. 329, 2740 Moutier, sur internet: www.trou.ch
ou à la Librairie Payot de Fribourg
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de reproduction et de diffusion réservés © La Gruyère
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