DVD Maurice Pialat, l'intégrale volume 2

Un regard d'enfant triste

Maurice Pialat n'est pas de ces réalisateurs dont l’œuvre est reconnu immédiatement. Bien qu'ayant profondément influencé le cinéma français lors du dernier quart du XXe siècle, il n'a pas encore trouvé sa juste place dans l'histoire de son art. Le deuxième volume de l'intégrale lui étant consacrée participe à corriger cette erreur.

 

Décédé en 2003, à l'âge de 78 ans, Maurice Pialat a toujours entretenu des relations conflictuelles avec une partie de la critique, du public et même avec certains de ses acteurs. Ses partis pris esthétiques et narratifs l'ont trop souvent cantonné dans le rôle du ronchon de service du cinéma français. Pourtant, derrière ce caractère exigeant jusqu'à l'outrance, se cache une des influences majeures du 7e art hexagonal.
Peu à peu, les historiens réhabilitent ce cinéaste singulier, qui a toujours poursuivi sa propre voie, hors des grands courants de fond permettant de classifier tel ou tel cinéma. Bien entendu, dès le départ, certains critiques ont reconnu son travail. Et tourner avec Pialat était une référence pour beaucoup d'acteurs. Au même titre que Godard ou Mocky, les «maltraitances» qu'il infligeait à ses comédiens apportaient une légitimité. Même si certains ont craqué, comme Depardieu à la fin du tournage de Loulou. Quinze ans plus tard, ce dernier retrouvera le réalisateur pour son dernier film.

Douleur de la création
En dehors de la légende, l'enfantement de chaque film a été une souffrance, pour lui comme pour son équipe. Cette douleur de la création se retrouve de manière crue à l'écran. C'est une véritable marque de fabrique. Refusant de voir ses acteurs «jouer», il les contraignait à s'imprégner pour être «vrais».
Le deuxième et dernier volume de l'intégrale met parfaitement en valeur ce point de vue et les thématiques récurrentes. Ne suivant pas une ligne chronologique, elle réunit les deux extrémités de son œuvre, L'enfance nue, premier long métrage datant de 1968, et Le Garçu, dernier film tourné en 1995. Entre les deux, le coffret regroupe avec cohérence La gueule ouverte (1974), Passe ton bac d'abord (1978) et Loulou (1980). Rarement vus jusqu'alors, La maison des bois, feuilleton en sept épisodes tourné pour la TV en 1970 et les Courts métrages turcs de 1964 viennent fort à propos compléter cette somme.
Si le premier volume de l'intégrale regroupait des films ayant connu un plus grand succès public, comme Van Gogh ou A nos amours, le second s'approche davantage de l'essence de Pialat. Sa quête de l'intimité profonde des personnages en situation de rupture s'illustre tour à tour dans ces histoires d'enfance, de couples ou d'adolescence. D'un point de vue plus formel, Pialat souligne le malaise ambiant par de longs plans-séquences, imposant à ses films un faux rythme. Cette «stratégie» cinématographique provoque chez le spectateur un malaise diffus, le confrontant à sa propre réalité. Pialat ne réalise pas pour «faire joli», pour divertir. Son propos se veut une réflexion plus profonde, ancrée dans la réalité d'une existence confrontée à la souffrance.
A ce titre, Le Garçu est une admirable conclusion, une sorte de synthèse. Gérard (Gérard Depardieu) découvre avec son fils Antoine (Antoine Pialat, le propre enfant du réalisateur) un amour qu'il ignorait jusque-là, notamment dans ses relations tumultueuses avec les femmes. Il est confronté à sa propre enfance, à son rapport à son père et à la mère de son enfant. Depardieu incarne sublimement ces tourments, laissant libre cours à l'expression de ses propres souffrances.
Les suppléments accompagnant chaque film ne tiennent pas du remplissage, comme c'est trop souvent le cas. Au contraire, les entretiens avec les acteurs et les techniciens, ainsi que les documentaires ayant inspiré Pialat, permettent de mieux saisir une œuvre marquante, dont la compréhension se doit de passer par une vision globale, comme un puzzle que le spectateur reconstitue progressivement.

Alexandre Edelmann Pialat, L’intégrale volume 2, coffret 11 DVD, Disques Office

Alexandre Edelmann
15 décembre 2005

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