BANDE DESSINÉE Marc-Antoine Mathieu

Le fantôme du Révolu

Le Musée du Révolu s’étend sur un nombre d’étages indéterminé, chacun plus grand que le précédent. Eudes le Volumeur doit en étudier, répertorier et expertiser le fonds. Dans cet endroit où chaque couloir recèle une curiosité, cela représente bien le travail d’une vie. Même de plusieurs. Belphégor n’est plus seul à hanter les couloirs du Louvre.

 

La mission qu’a reçue Eudes le Volumeur est simple: quantifier le Musée du Révolu. Accompagné de son fidèle Léonard, il parcourt les allées de cet endroit démesuré, dont personne ne sait vraiment ce qu’il contient, ni ce qu’on y fait. Dans la réalité du Volumeur (notre futur?), la bâtisse multiplie les noms: Le voulu démesuré, L’œuvre du muselé ou encore Le seul mou du rêve… Dans les esprits, les lettres se sont mélangées. Elles se sont reconstruites en plusieurs sens. Comme une autre version du Louvre: celle imaginée en bande dessinée par Marc-Antoine Mathieu.

Quantifier l’inquantifiable
Partant des «fondations du sommet», le duo parcourra les endroits les plus insolites qui soient, comme cette galerie inondée réservée à l’art pompier, la salle des fragments, l’atelier de restauration (où l’on opère à la lampe frontale), mais aussi le Département des copies ou l’entrepôt des caves. A chaque fois, Marc-Antoine Mathieu déploie son imagination qui semble comme cet étrange musée: sans limite. Il continue de visiter les potentiels de l’image et des mots, jonglant avec les concepts pour mieux les détourner. Il donne aussi de nouvelles pistes de réflexion, qui se cachent derrière l’absurde des situations et les sourires qui en émergent.
Ainsi, il invente la «bricabracologie» qui étudie le musée de musées, la section des copies («Vous savez, la copie ce n’est plus très original») ou encore ce tableau qui englobe les autres tableaux, et peut-être même son spectateur. Comme à son habitude – que l’on pense notamment aux aventures de son héros Julius Corentin Acquefacques dans ses œuvres précédentes – Marc-Antoine Mathieu s’amuse avec le lecteur et avec ses personnages. Il joue avec les noms et invente de nouvelles formes, comme ces cases où les personnages disparaissent en gris foncé sur fond noir… Un questionnement permanent, ludique et inventif, jubilatoire même, tant cela est fait avec intelligence et finesse.

Pic et pic et anagramme
Derrière les anagrammes, les couloirs infinis et le travail de Eudes le Volumeur, derrière tout cela se cache le Louvre. Ce n’est pas trahison que de le dévoiler, car ces Sous-sols du Révolu font partie d’une tétralogie unissant la bande dessinée et le musée parisien. Cette collaboration surprenante forme une nouvelle passerelle entre deux mondes qui n’ont pas l’habitude de communiquer entre eux. La liberté et l’inventivité dont ont fait preuve jusqu’à présent les auteurs rendent l’expérience unique, dépassant largement le catalogage, l’histoire prétexte ou la pédagogie découpée en tranches fines. Tant Nicolas de Crécy avec Période glaciaire que Marc-Antoine Mathieu apportent une réflexion sur l’art, sur sa perception, sur les bâtiments qui l’abritent. Ils donnent aussi de nouvelles briques – et quelles briques! – au grandiose bâtiment que construisent les Editions Futuropolis depuis leur renaissance.
Les prochains à s’approprier le Louvre seront Emmanuel Guibert (La guerre d’Alan, Le photographe) et Bernard Yslaire (Sambre). La barre est déjà placée très haut. Surtout que Marc-Antoine Mathieu a enfin dévoilé le secret derrière le sourire de Mona Lisa…

Marc-Antoine Mathieu, Les sous-sols du Révolu, extraits du journal d’un expert, Musée du Louvre Editions/ Futuropolis

Romain Meyer
2 novembre 2006

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