DISQUES Dolly

Une brebis loin du troupeau

Alors que la critique annonce que la nouvelle tendance est «très rock», un groupe phare du «rock français indépendant» teinte sa musique d’électronique. Avec son dernier album, «Tous des stars», Dolly reste fidèle à sa seule devise: s’amuser sans concession. Discussion à bâtons rompus sur une terrasse lausannoise avec la chanteuse Manu, la seule demoiselle du groupe.


«L’electro prend une place importante, mais nous en avions déjà dans le passé. Et, surtout, nous restons rock!», affirme Manu, chanteuse de Dolly

 

– Alors que les oreilles du public français semblent plus prêtes que jamais à accueillir le son rock de Dolly, vous changez de style. Pourquoi ce décalage?
C’est vrai que si Plein Air (n.d.l.r.: leur album pré-cédent) sortait aujourd’hui, nous serions en plein dans le «format». Mais ça n’a jamais été notre but. En fait, pendant la tournée, Nico, le guitariste, a commencé à maîtriser son PC. Pendant les longs trajets en bus, il bidouillait pour s’occuper. Lorsqu’il nous a fait écouter son travail, ça nous a plu. On a décidé de partir de là pour notre prochain album. Ensuite, je me suis mise à l’écriture des textes. L’electro prend une place importante, mais nous en avions déjà dans le passé. Et, surtout, nous restons rock!

– Malgré ce léger changement de cap, vous avez retravaillé avec Clive Martin, déjà producteur du premier album. Vous n’aviez pas envie d’une autre patte?
C’est un ensemble de raisons qui nous ont fait collaborer à nouveau avec lui. Tout d’abord, il nous est nécessaire d’avoir un cinquième membre en studio, même si maintenant nous travaillons à la maison. Nous avions déjà travaillé sans lui, mais il avait vraiment envie de le faire. Qui plus est, comme nous étions en tournée, nous avions peu de temps continu pour bosser. Il est le seul à accepter ce genre de délais…

– Est-ce que votre méthode de travail a changé?
Comme nous avions nous-mêmes proposé à Nico de prendre en main cet album, il n’y a pas eu de problème: il a pris les clefs de Dolly. Nous avons comme toujours eu du plaisir dans le travail. Et l’electro est un instrument sur lequel on peut se greffer. Je n’ai d’ailleurs pas non plus changé ma manière d’écrire: je fonctionne toujours à l’instinct. Peut-être que j’écris plus facilement aujourd’hui.

– Comment vous situez-vous face aux groupes de ce «revival» rock qui sévit aujourd’hui, notamment en France?
Dans l’ensemble, nous avons de très bons contacts avec les autres groupes. On se croise en tournée et on se respecte. L’état d’esprit est le même. Mais nous sommes le reste du temps de plus en plus marginaux. Déjà, nous travaillons à la maison. En plus, les grands festivals ne nous programment plus, alors que nous tournons beaucoup dans les salles de concert et que nous vendons quelques disques.

– Le succès des starlettes issues de la TV réalité en est-il aussi responsable?
On n’a pas d’aigreur, on est heureux. Ce qui m’interpelle, c’est plutôt la nourriture intellectuelle qu’on donne aux gamins. Nous, nous avions envie de faire de la musique, pas de la télé. Mais maintenant, les maisons de disques ne vont pas se fatiguer à aller chercher des groupes plus loin. Je crois pourtant qu’elles prennent plus de plaisir à soutenir des artistes ayant une histoire, un parcours. D’ailleurs, notre maison de disques nous laisse libres dans notre travail, elle nous soutient vraiment.

– Vous participerez bientôt à Solidays, un festival de soutien à la lutte contre le SIDA. Un groupe a-t-il un devoir d’engagement?
Nous travaillons déjà tous à titres personnels dans des associations. Le concert de Solidays n’est donc qu’une suite logique. Une autre cause nous est chère: celle des intermittents du spectacle. Sans ce statut, Dolly n’aurait pas pu exister. Si tu dois travailler, tu ne peux pas jouer loin, tu ne peux pas répéter… Les techniciens sont les plus en danger. Chez nous, sur une tournée, tout le monde touche la même somme. On travaille toujours avec la même équipe. C’est notre façon à nous de nous engager. Mais avec les réformes en cours, il n’est pas dit que nous puissions continuer.

Dolly, Tous des stars, Warner

 

Alexandre Edelmann
27 mai 2004

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