Denis Deprez
Peinture dans l’éprouvette

Reprendre Frankenstein – le roman de Mary Shelley, fondateur de la science-fiction par son fantastique rationalisé – c’est s’attaquer à un mythe déformé, une histoire humaniste avant d’être monstrueuse. Mais Frankenstein, c’est aussi un casse-gueule artistique: tellement mis en images, si souvent reformulé, le récit a perdu une partie de son âme.
A force d’être réduit aux cicatrices de son monstre, on en oublie ses plus intéressantes thématiques: l’homme jouant à Dieu par le truchement d’une science devenue folle, le refus de la différence ou encore la dualité humaine. Des thèmes que l’adaptation de Denis Deprez met en évidence sans alourdir le récit, soulignant la souffrance qui unit créateur et créature au travers d’une vengeance aveugle.
Mais surtout, ce qui fait la force du travail de Denis Deprez, c’est son traitement pictural. Chaque case est une peinture impressionniste, un contraste diffus d’ombre et de lumière. Chaque coup de pinceau marque le désespoir des protagonistes dans une réalité qui s’estompe derrière eux. Le ciel souligne le cœur de l’homme tourmenté, d’un homme qui «perd» son visage – son identité – dans le sentiment. Epurant le récit initial pour n’en garder que l’aspect «humain», Denis Deprez réussit à donner une nouvelle dimension à une œuvre maintes fois retravaillée, mais si souvent maltraitée.

Denis Deprez, FrAnKeNsTein, Casterman

Romain Meyer
27 mai 2003

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