Le feu et la paille

Mondes fermés, contrôlés, où le crime a été éradiqué et les têtes dégrisées. Akarus et L’épouvantail pointeur semblent partager les mêmes points de départ.
Avec Akarus, Frédéric Pontarolo présente un récit noir, futuriste, rempli de personnages absurdes, décalés, et de murs bruns. Dans une ville en autarcie, sécurisée, Phyros est, comme son nom l’indique, brûleur. Un travail vain de destruction de protubéran-ces bétonneu-ses qui poussent sur les bâtiments comme l’acné sur un visage adolescent. Et pourtant, au cœur de cette cité malade, lépreuse, Phyros va découvrir deux cadavres, deux femmes assassinées. Dans un monde lavé de tout délit…
Transcendé par un dessin angulaire et expressionniste, ce récit bien construit s’enfonce dans les failles d’un monde pour lequel la plus sûre liberté est de vivre enfermé, au bord de la folie. Excellent.
Autre univers, autres mœurs dans L’épouvantail pointeur. Pour justifier la surabondance policière, un régime totalitaire utilise un croque-mitaine de carnaval, un monstre d’opérette chargé d’affoler la populace. Jusqu’au jour où on le renvoie, parce qu’un être plus terrible, mécanique, a été trouvé. Et l’artiste de la peur laisse la place à la machine aveugle de la terreur. La peur au service de l’ordre. L’ordre contre l’homme… Quel prix doit-on payer pour la sécurité?
Ce scénario original d’Eric Omond (déjà auteur du superbe Le dérisoire, avec Olivier Supiot) est souligné par le trait brillant de Boris Beuzelin.

Pontarolo, Akarus, tome 1, Rien ou presque, Glénat, Carrément BD
Omond et Beuzelin, L’épouvantail pointeur, Glénat, Carrément BD

Romain Meyer
14 novembre 2002

Les éditeurs:
Albin Michel I Casterman I Dargaud I Delcourt I
Gallimard
I Fluide Glacial I Glénat
Le Lombard I Les Humanoïdes associés I
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