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Shrek le troisième |
Dans le monde de l’animation, l’arrivée de Shrek en 2002 a marqué un tournant. Outre la qualité technique, le film misait sur un humour souvent incorrect, dérangeant et jubilatoire. Mais avec le succès, va, tout s’en va: au fil des minutes de ce troisième épisode, on peine à retrouver cet esprit réjouissant. Jusqu’au moment où l’on assiste, consterné, à une scène qui nous explique longuement que ce n’est pas bien d’être méchant. Même que c’est mieux d’être gentil. Difficile de faire plus moralisateur nunuche… Et on nous fait ça dans Shrek!
Après avoir épousé Fiona et quitté son marécage, l’ogre si sympathique pensait vivre des jours tranquilles à Fort Fort lointain. Et voilà que son beau-père Harold tombe malade. Shrek et Fiona assurent tant bien que mal l’interim, mais à la mort du roi, l’ogre refuse cette responsabilité. Il ne lui reste plus qu’à trouver un héritier: Arthur, cousin de Fiona pourrait faire l’affaire. Le problème, c’est que le Prince Charmant fomente pour s’installer sur le trône. Sans compter que Shrek panique à l’idée qu’il va être père…
Si Shrek le troisième commence plutôt bien (hilarante scène où l’ogre est habillé en souverain) et finit en beauté, il faut bien avouer qu’on s’ennuie pas mal entre les deux. Bien sûr, l’animation reste bluffante et, visuellement, cette suite est une réussite, dans les décors comme dans les personnages. Mais la qualité technique ne suffit pas à faire un bon film. De même, on sourit volontiers des innombrables références. On s’amuse, par exemple, de croiser tous ces personnages de contes (Capitaine Crochet, Merlin, la Belle au bois dormant, Blanche-Neige, Cendrillon…) et de capter les références à des films ou à des séries, parfois anciennes (L’homme qui valait trois milliards, par exemple).
Mais tout cela sent un peu le réchauffé. On a l’impression que le réalisateur Chris Miller, qui signe son premier long métrage et succède à Andrew Adamson a été comme paralysé par les responsabilités, les succès des précédents et une peur de décevoir qui a aplani toute audace. Ça reste divertissant, on retrouve avec plaisir des personnages attachants comme l’âne ou le Chat Potté, mais l’ensemble ne casse pas trois pattes à un canard. Il est toujours un peu triste de voir des films qui ont bâti leur succès sur l’originalité se couler dans le moule du conformisme. Réjouissons-nous: des numéros 4 et 5 sont déjà annoncés…
Shrek le troisième, film d’animation de Chris Miller, avec la voix d’Alain Chabat
Droits de reproduction et de diffusion réservés © La Gruyère 2003 Usage strictement personnel |
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Ocean's 13 |
Ocean’s 11 avait vraiment la classe. Il séduisait par son histoire roublarde, par la fluidité de la mise en scène de Steven Soderbergh. Ocean’s 12, suite ratée, laissait pantois avec sa succession de «private jokes». Nettement plus plaisant, cet Ocean’s 13 ne peut plus être jugé avec les mêmes critères. Ce qui compte, c’est le plaisir de retrouver ces hommes qui peuvent se permettre d’être décontractés. Soderbergh semble l’avoir admis: son film est réduit à l’essentiel (une histoire de braquage, rien de plus) et joue sur du velours.
On finira par le savoir: la série des Ocean’s repose sur un casting dément. Aux tombeurs George Clooney, Brad Pitt ou Matt Damon, Soderbergh a ajouté ici l’un des plus grands acteurs actuels, Al Pacino. Il joue Bank, propriétaire de casinos, qui, pour construire son nouvel établissement à Las Vegas, a trahi Reuben, membre de la bande de Danny Ocean. Qui décide de venger son ami, en braquant The Bank, le soir de l’ouverture, et en gâchant cette inauguration.
Puisque l’histoire n’a pas grand intérêt, autant s’amuser franchement, sans se soucier de suspense ou de vraisemblance: la bande utilise par exemple une foreuse qui a servi à percer le tunnel sous la Manche. Une autre scène se révèle symptomatique: George Clooney et Brad Pitt larmoyants devant une émission crétine à la télé… Purement gratuite, elle ne se trouve là que pour l’autodérision. Par ce genre de gags, Ocean’s 13 démontre qu’il n’a d’autre but que de divertir en riant de lui-même.
Certes, Soderbergh fait à nouveau preuve d’un sens de la mise en espace remarquable, en particulier dans les scènes du casino, et un léger discours politique affleure, lorsque le film met en parallèle le luxe de Las Vegas et la misère des Mexicains qui fabriquent les dés. Mais l’essentiel reste cet humour décalé, cette bonhomie qui permet de passer un moment sympa en regardant ces stars s’amuser. C’est déjà ça, mais l’ensemble reste quand même un peu mou du genou. Du coup, la série pourrait peut-être s’arrêter là, non?
Ocean’s 13, de Steven Soderbergh, avec George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon et Al Pacino
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Pirates des Caraïbes:
Jusqu’au bout du monde |
Après une deuxième aventure grandiloquente et globalement plate, Pirates des Caraïbes hisse à nouveau la grand-voile, plus flamboyante celle-là, afin de se rendre Jusqu’au bout du monde. Rien de moins.
Pour sauver la piraterie mise à mal par l’association contre nature de la Compagnie anglaise des Indes orientales et du vaisseau maudit et invincible Le Hollandais volant, commandé par le tentaculaire Davy Jones, Will, Elisabeth et Barbossa n’ont qu’une solution: réunir les neuf seigneurs du Tribunal de la Confrérie. L’un d’entre eux est cependant piégé dans l’Antre de Davy Jones: Jack Sparrow. Commence alors un voyage au-delà du monde connu. Mais l’histoire ne s’arrête pas là: il y a encore une déesse à délivrer, un cœur à embrocher, une éternité à gagner. Et l’amour… Et des traîtres, partout. Car chacun y va de son propre agenda secret. Qui par ambition personnelle, qui pour sauver son père ou venger le sien… Beau programme!
Autant le dire tout de suite: ceux qui n’ont pas vu le deuxième épisode vont être largués, jetés dans la poiscaille. De plus, les rebondissements sont innombrables et les pistes, vraies ou fausses, se multiplient à la vitesse du Black Pearl.
Histoire de volontairement naufrager le spectateur dans une mer d’informations contradictoires.
Le tout est distillé en quelque trois heures d’aventures, de combats, de situations poisseuses et de traits d’humour (dont un subtil clin d’œil aux westerns de Sergio Leone). Car, depuis que le Seigneur des anneaux a démontré qu’il était à nouveau possible de captiver une audience pendant des plombes, il n’est plus interdit aux films d’action à volonté épique de s’étendre, souvent inutilement. Comme le réalisateur Gore Verbinski se prend pour Peter Jackson, en multipliant les plans généraux et les mouvements de caméra, notamment, rien ne l’arrête dans son mimétisme. Du coup, l’ultime bataille, impressionnante et rebondissante, semble ne jamais finir. Ou plutôt, elle finit par être longuette, voire lassante. Sans compter cette déconcertante facilité qu’ont les studios Disney à parsemer leurs productions de grandes phrases pleines de vide: «L’important n’est pas de vivre à jamais. L’important est de vivre à jamais avec soi-même»… Quoi que ce puisse dire…
Mais que cela ne trompe pas. Jusqu’au bout du monde est une très bonne cuvée de cette série devenue phénomène
de mode. Johnny Depp, plus fantasque que jamais, réussit toujours à surprendre età amuser. Les effets spéciaux, malgré leur omniprésence, donnent à ce monde sa consistance fantastique, voire surréaliste. La tête de mort flotte à nouveau.
Pirates des Caraïbes: Jusqu’au bout du monde, de Gore Verbinski, avec Johnny Depp, Orlando Bloom et Keira Knightley
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