Hors de prix

Lorsqu'elle pénètre dans la suite présidentielle d’un palace de Biarritz avec Jean (Gad Elmaleh), Irène (Audrey Tautou) est convaincue qu’elle a rencontré un charmant multimillionaire un brin naïf. Il était en smoking au bar de l’hôtel, fumant un cigare. Qui d’autre aurait-il pu être? Aussi, la désillusion est-elle grande quand Irène découvre que Jean n’est qu’un modeste employé de l’hôtel où elle séjournait en compagnie d’un monsieur d’âge mûr. Ce genre d’homme est sa prédilection, et elle se laisse entretenir avec élégance.
Mais le barman est tombé amoureux de la demoiselle, et n’entend pas la laisser s’échapper ainsi. Après avoir tenté de rivaliser dans la catégorie des «partenaires» habituels de la belle, il adopte le même mode de vie qu’elle. Madeleine (Marie-Christine Adam) le prend sous son aile, lui fournissant contre sa compagnie le gîte, le couvert, l’habillement et quelques bonus. D’amants, les deux entretenus deviennent collègues, la plus expérimentée partageant avec le débutant quelques-unes de ses recettes pour rentabiliser la relation. Si la complicité est évidente, Irène refuse de la laisser se développer. Sa «profession» ne laisse pas de place aux sentiments.
Hors de prix est un film d’humeur. Selon l’état d’esprit du spectateur au moment de la projection, il peut passer pour un charmant divertissement ou pour une navrante histoire à l’eau de rose. Prenons l’option de la bonne humeur, et réjouissons-nous du travail d’orfèvre de Pierre Salvadori, qui livre ici son huitième film, après notamment Après vous et
Comme elle respire. Assumant parfaitement les références aux comédies romantiques américaines des années 1950, il truffe son travail de clins d’œil astucieux et de plans inspirés. Le cadre choisi s’y prête à merveille. De palaces en boutiques de luxe, le Sud de la France est un écrin de choix pour y déposer une comédie romantique raffinée, ne cherchant pas le gag à tout prix et non dépourvue de réflexion.
Car si, bien entendu, le dénouement ne fait guère de doute dès le générique, très bien réalisé par ailleurs, Salvadori donne quelques coups de canifs cyniques sur un milieu où certains pensent que tout peut s’acheter à coup de carte Gold. L’existence de Jean et d’Irène est plutôt confortable lorsqu’ils ont un bienfaiteur, mais cette cage dorée ne tient qu’à un fil. Pour peu qu’ils n’agissent pas comme il se doit, ou que l’autre se lasse, le robinet se tarit, et ils se retrouvent livrés à eux-mêmes. Réduit au rang de marchandise, le «compagnon intéressé» s’appuie sur son charme et sa jeunesse, mais n’a pas d’existence propre, autonome.
Pour incarner ces deux charmantes marchandises, Audrey Tautou et Gad Elmaleh sont parfaitement à la hauteur. Exploitant comme jamais sa sensualité, Audrey Tautou est sublime dans ses tenues et manie le cynisme avec une habileté désinvolte très séduisante. On comprend aisément que l’humoriste tombe dans ses filets. Et qu’il se métamorphose à son contact. Benêt et mal fagoté au départ, il devient progressivement le séducteur qu’il semble être à la ville, adaptant son phrasé et ses gestes à son nouveau statut. Divertissement distrayant qui ne marquera sans doute pas les mémoires, Hors de prix vaut bien une
place de cinéma.

Hors de prix, de Pierre Salvadori, avec Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Marie-Christine Adam

Alexandre Edelmann
13 janvier 2007

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