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«Mais
im Bundeshuus» a draîné jusquà présent
90000 spectateurs dans les salles. Pour un documentaire, de surcroît
sur la politique suisse, cest un succès exceptionnel!
Jean-Stéphane Bron: Cest vrai
Mais notez
bien que si le film navait fait que 5000 entrées en
deux mois dexploitation, je laurais aussi compris!
Hormis
la qualité du film, à quoi attribuez-vous cette réussite?
Cest évidemment difficile à dire. Je crois que
pour quun film fonctionne, il faut dabord être
sincère avec soi-même. Comme beaucoup de monde, je
mintéressais à la politique, mais sans rien
connaître de ses rouages. Et ma démarche a consisté
à me demander: «Comment ça marche?» Je
nétais pas dans la position de celui qui sait et qui
va démontrer, mais dans celle de celui qui ne sait pas et
qui cherche à comprendre. Et je pense que cette position
était en phase avec les interrogations du public.
Concrètement,
le film se concen-tre sur cinq membres de la commission chargée
délaborer une loi sur le génie génétique.
Mais du point de vue du langage cinématographique, vous utilisez
un style quon rattache plutôt au cinéma de fiction.
Si bien que lenjeu politique de lhistoire passe derrière
les personnages
Oui. Lidée était de raconter un conflit, de
mettre en scène des confrontations de caractères différents,
de faire entrer le spectateur dans ces petits rouages intimes qui
sous-tendent les discussions politiques, dans lintimité
de personnages qui doivent se mettre daccord. Afin de livrer
un film attrayant, divertissant, émouvant. Tout en offrant
au spectateur dapprendre des choses. Dans un sens, la question
de savoir si le Conseil national acceptera ou non le moratoire sur
les OGN sapparente au «McGuffin» cher à
Hitchcock. Cest-à-dire à un prétexte,
un élément capital pour les personnages, mais bien
moins important pour les spectateurs, que passionnent davantage
les rapports entre les personnages.
Dans
cet esprit, votre caméra sintéresse beaucoup
aux visa-ges, aux attitudes, et le montage offre plusieurs séquences
constituées de gros plans très bien rythmés,
qui introduisent une vraie tension dramatique, tout en étant
assez comiques par leur caractère décalé: on
se croirait dans un Sergio Leone!
Puisque vous parlez du montage, jen profite pour rendre hommage
à ma monteuse, Karine Sudan, qui est Gruérienne, et
qui a fait un travail formidable! Pour en revenir à ce que
vous dites, disons que ces figures de style propres à la
fiction sont en fait là pour souligner la vérité
de ces scènes. Lorsque je dilate le temps du vote final à
20 secondes, alors que ça en dure peut-être deux en
réalité, cest pour exprimer par le langage cinématographique
la tension bien réelle que jai ressentie à ce
moment. En temps réel, la tension naurait sûrement
pas transparu.
Les
cinq conseillers nationaux que vous avez choisis sont de bons acteurs!
Ils ne sont pas acteurs dans le sens où ils jouent un rôle:
ils sont tous restés fidèles à eux-mêmes.
Mais ils sont acteurs dans le sens où ce sont eux qui font
progresser laction. Un politicien qui répond à
une interview au téléjournal me paraît bien
plus cabotin que les personnages de mon film!
Comment
les avez-vous choisis?
Sur les vingt-cinq que compte la commission, jen ai vu une
quinzaine, et certains se sont immédiatement imposés,
car ils représentaient des personnages très typés,
que tout le monde a déjà vus dans dautres films.
Lécologiste bâloise Maya Graf est la candide,
le Vaudois Jacques Neyrinck est le professeur au-dessus de la mêlée,
le radical bâlois Johannes Randegger défend les intérêts
de lindustrie pharmaceutique, de léconomie
En revanche, lagriculteur lucernois Joseph Kunz était
un total inconnu.
Et
la Fribourgeoise Liliane Chappuis?
Elle a un caractère réservé, mais limage
quelle peut donner dans le film est très incomplète
par rapport à la réalité. Si elle semble peu
participer aux débats de couloir, cest parce que je
lui ai attribué une fonction narrative bien précise,
qui consiste à répéter ce que le spectateur
na peut-être pas toujours capté, à reformuler
les enjeux, à synthétiser les sentiments heureux ou
non que les parlementaires ont aussi en parallèle à
leur travail politique. En fait, elle assume la fonction du chur
dans la tragédie grecque.
Mais im
Bundeshuus Le génie helvétique, de Jean-Stéphane
Bron, avec Maya Graf, Liliane Chappuis, Joseph Kunz, Jacques Neyrinck,
Johannes Randegger.
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Didier
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janvier 2004
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