Classement des disques par rapports aux auteurs



Maurice Guerandi
Dans le compartiment
des jours

Recrec

Il y a toujours un air de voyage avec Maurice Guerandi. Après Etrange étranger (1998) et Gauguin (2000), ce troisième album a aussi un parfum d’ailleurs, de mer et de désert. Hors de toute mode, le Lausannois a travaillé seul, jouant de la guitare, de la basse, des claviers, mais aussi du sitar ou des tablas, avec la seule contribution extérieure du pianiste Alberto Vasquez. Il crée un univers très personnel, envoûtant, usant aussi bien d’instruments traditionnels que d’électronique.
Pas de refrain facile dans ses dix titres qui mêlent ouverture au monde et introspection, mais des chansons lentes, des compositions surprenantes, une voix un peu traînante. Un album à apprivoiser peu à peu, pour se laisser bercer par le vagabondage que propose cet artiste étonnant.

EB / 19 mai 2007
 


The beauty of Gemina
Diary of a lost
Musikvertrieb

Une perle de plus dans le paysage suisse de l’alternatif noir, au côté de Bak XIII par exemple. Son nom? The beauty of Gemina. Mêlant malicieusement goth-rock, trip-hop, electro et une dose d’indus dans une atmosphère sombre et chargée d’électricité, le groupe assume une ascendance nommée Clan of Xymox ou Das Ich, tout en produisant une dark wave qui n’a rien à leur envier. Tout en évitant le piège du rétro pompeux.
Avec ce premier album, Diary of a lost, Michael Sele, le fondateur, auteur, compositeur et chanteur, a touché juste, tour à tour hypnotisant ou électrisant avec sa voix profonde, qui n’est pas sans rappeler celle d’Andrew Eldricht (The Sisters of Mercy). De plus, les morceaux, diablement efficaces, sont aussi divers que réussis, plusieurs ayant de quoi allumer les dancefloors avec leur côté EBM. Protéiforme, enthousiasmant, The beauty of Gemina a bien de quoi remplir vos nuits les plus froides.

RM / 5 avril 2007
 


The Game
DOCTOR’S ADVOCATE
Universal

A la sortie de The Documentary (2005), The Game incarne le renouveau d’un hip-hop californien à bout de souffle. A l’ombre de son idole Dr. Dre – qui l’a découvert et avec qui il partage le «privilège» d’être né à Compton – Chuck Taylor présente un opus forgé par les plus grands: Kanye West, Hi-Tek, Just Blaze ou Timbaland pour ne citer qu’eux. Sans oublier Dr. Dre, bien sûr. Des productions de grande classe, encore mal servies par The Game, encore peu à l’aise au micro et à l’écriture des textes…
Des défauts gommés sur sa nouvelle livraison, Doctor’s advocate, où le rappeur se montre beaucoup plus tranchant tant au niveau du flow que de la plume. Il faut dire qu’il a ramé depuis l’énorme succès de The Documentary et le clash avec 50 Cent et G-Unit… Conflit qui conduisit The Game à quitter Aftermath, le label fondé par Dr. Dre. Conséquence: ce dernier ne produit aucune des seize plages du nouvel album.
Doctor’s advocate n’en demeure pas moins un très bon millésime, le Californien s’étant entouré, une fois encore, de pointures telles que Kanye West, Just Blaze, Swizz Beats, Will.I.Am… Une large palette de producteurs, qui lui ont fourni des instrumentations fort différentes, mais finalement très cohérentes. Parce que, au bout du compte, entre les emprunts aux breakbeats de la genèse du gangsta rap et la résurrection de sons gothiques façon NWA, l’album résonne typiquement «west coast». En définitive, la défection de Dr. Dre et de l’équipe d’Aftermath/Shady Records est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à The Game, qui prouve de manière fort convaincante qu’il n’a besoin de personne pour fabriquer un bon disque.
Et puis si son idole, 50 Cent et Eminem ne figurent pas au générique de son Doctor’s advocate, Chuck Taylor peut encore compter sur un vaste collectif d’amis: Snoop Dogg, Nate Dogg, Nas, Busta Rhymes… Ça fait quand même du beau monde…

PP / 4 janvier 2007
 



Charlotte Gainsbourg
5:55
Warner

C’est sans doute la sonorité du mot qui l’a d’abord attiré. Mais le choix de Taormina pour titre du nouvel album de Jean-Louis Murat n’est pas innocent: la ville sicilienne s’étend sur les rochers, entre l’Etna et la mer. De même, ces douze titres mêlent une forme d’aridité à l’énergie volcanique et à la sérénité.
Au premier abord, on se dit que Murat fait du Murat. Textes ciselés, où la nature et les éléments tiennent le premier rôle, folk-rock teinté de blues, voix suave… Enregistré avec ses complices Stéphane Reynaud aux percussions et Fred Jimenez à la basse, Taormina se révèle rugueux et sombre. Il s’apprivoise au fil des écoutes, dévoile peu à peu ses richesses. L’album distille ballades langoureuses (Chemin des poneys, Au-dedans de moi…), comptines de troubadour (Est-ce bien l’amour?) et rock intimiste (Accueille-moi paysage). Il y est question de mort, d’abandon, de peines que Murat résume par des fulgurances poétiques dont il a le secret, comme «Je voulais te dire / Ne pleure pas caillou / je t’aime».

CD / 14 septembre 2006



Anja Garbarek
BRIEFLY SHAKING
EMI

Pour son retour, Anja Garbarek – qui a également composé la BO du film de Luc Besson Angel-A – a mis de la couleur plein sa pochette, plein sa musique aussi. Du rouge surtout. Dans une trip-hop tranquille et minimale, la voix douce de la demoiselle chante pourtant des choses pas très gaies... Entre ritournelle entêtante (The last trick), incursion rock (Shock activities), electro bidouillée (Can I keep him?) ou balade (Sleep), ce nouvel album, simplement intitulé Briefly shaking, explore les pistes les plus diverses, des ténèbres à la lumière. Une unité se dégage pourtant de ce très bon opus. Une unité qui prolonge les tremblements bien au-delà du raisonnable….

RM / 6 avril 2006



Serge Gainsbourg
GAINSBOURG... ET CAETERA
Universal

Plus que dans les reprises, compils et hommages sortis pour les quinze ans de la mort de Gainsbourg, l’événement est là, dans ce live. Cet enregistrement public au Palace passait pour un album maudit: la seule version existante était mal enregistrée, amputée, pas terrible. Et voici qu’on nous sort ce double album superbe, avec un Gainsbourg éblouissant.
Nous sommes en décembre 1979. L’homme à la tête de chou n’a plus donné de concerts depuis quinze ans. Cette année-là, tout a basculé: son album reggae Aux armes et cætera a fait de Gainsbourg une star. Ses musiciens jamaïcains (dont ceux de Peter Tosh: Sly Dunbar à la batterie, Robbie Shakespeare à la basse et Sticky Thompson aux percussions) l’accompagnent sur scène. Et c’est un festival, de Relax baby be cool à Lola Rastaquouère, en passant par Brigade des stups, Des laids des laids, La Marseillaise reggae, évidemment, ou encore Vieille canaille. Gainsbourg pose son talk over avec une précision incroyable, la section rythmique est impressionnante, l’ambiance surchauffée…
Ce double album bénéficie en outre d’un livret intéressant qui place l’enregistrement dans son contexte. Avec notamment l’abjecte campagne antisémite dont a été victime l’irremplaçable Gainsbourg après son coup de génie de La Marseillaise..

EB / 23 mars 2006



G-Unit
BEG FOR MERCY
Universal

Dix-huit titres, la plupart plutôt faibles… L’album de G-Unit (Tony Yayo étant en tôle, le crew est réduit à 50 Cent, Young Buck, Lloyd Banks) n’est guère surprenant. Flingues, filles, potes… même si ce concept a été usé jusqu’à la corde par de nombreux rappeurs, les New-Yorkais ont ressenti le besoin de le revisiter encore. A moins qu’ils n’aient rien d’autre à raconter, ce qui est fort possible.
La seule chose qui sauve Beg for mercy du désastre, c’est la production qui atteint parfois des sommets, comme sur Stunt 101, Footprints, Beg for mercy ou G’D up. Meilleur moment de l’album, Wanna get to know you, l’un des titres «obligatoires» qui raconte que les «gangsters» peuvent tuer de sang froid mais qu’ils ont eux aussi besoin d’amour… Mais là encore, rien de nouveau depuis 2Pac.
Cet album sonne peut-être si mal à cause du battage qui entoure sa sortie. Nul doute pourtant qu’il s’arrachera par palettes: promotion d’enfer, rimes simplistes, beats entraînants… Le piège fonctionnera..
PP / 27 décembre 2003


The Game
THE DOCUMENTARY
Universal

Gangster reconverti au rap après qu’une fusillade l’eut cloué six mois à l’hôpital, Chuck Taylor devait incarner le renouveau d’un hip-hop californien à bout de souffle. Avec Dr. Dre pour veiller sur lui, The Game ne pouvait guère rêver mieux. Et l’on imaginait déjà le classique. Côté productions, rien à redire, c’est la grande classe. Kanye West, Hi-Tek, Just Blaze, Dr. Dre, Eminem, Timbaland… Tous ont fourni d’excellents beats au MC de Compton (Dreams, Runnin’, Higher…).
Mais voilà, The Game n’a rien du grand «lyriciste». Il est venu au rap en digérant le flow et les concepts des autres. Résultat: il plagie tout le monde, d’Eazy-E à 2Pac, en passant par BIG, Nas ou Jay-Z. La chose est particulièrement flagrante sur les deux titres où apparaît 50 Cent: The Game adopte le même phrasé que Fifty… mais se retrouve complètement éclipsé par l’original. S’il n’a rien du classique attendu, The Documentary n’en reste pas moins un bon album. Et The Game, avec sa magnifique voix, un rappeur d’avenir. Il n’a plus qu’à progresser dans son écriture.

PP / 27 janvier 2005


Dave Gahan
PAPER MONSTER
Mute/Musikvertrieb

Quelques semaines après son compère Martin L. Gore, Dave Gahan sort son premier album solo intitulé Paper monsters. Plus sombre qu’avec son band, le chanteur de Depeche Mode raconte son autobiographie de la douleur. Héroïnomane et suicidaire, il parcourt en chanson sa lente descente, son agonie de pop star trop adulée.
Dès Dirty sticky floors, le ton de l’album est donné. Sur des rythmes electro composés par son nouvel allié Knox Chandler, Dave Gahan perpétue la tradition Depeche Mode. Des chansons taillées pour être écoutées sur les longues autoroutes américaines, les cheveux au vent et l’autoradio à fond.
Longtemps dans l’ombre artistique de Martin L. Gore, Dave le ténébreux évolue davantage dans les méandres de l’âme. Ses compositions, plus lentes et plus profondes, rappellent le glorieux temps de l’album Violator, chef-d’œuvre ultime de Depeche Mode. Une référence.
PP / 17 juillet 2003


Simon Gerber
A CINQ HEURES DE LA MER
Disques Office

Simon Gerber a ouvert les dernières Francomanias avec aplomb. Dans la foulée, il a sorti son deuxième album, nouvelle étape pour le talentueux auteur-compositeur-interprète. Il y prend un virage, vers le blues, où les étonnantes inflexions de sa voix trouvent parfaitement leur place. Avec parfois des envolées à la Tom Waits (Monsieur Bill).
Ce qui n’a pas changé en revanche, c’est son talent pour dire les petites choses de la vie. Simon Gerber a beau se lancer dans le blues, il est trop malin pour se contenter des clichés du genre. Il préfère user d’humour (Paris) et de tendresse, comme dans ce country blues de C’est bizarre («Allez demain, c’est dimanche et on a rien») ou dans Lugano. Parfois, pointe la colère face, par exemple, aux inepties télévisuelles (Les plombs). Pas étonnant que Sarclo se soit pris d’affection pour ce musicien très doué. Et vice versa, puisque Simon Gerber reprend cette magnifique chanson, Pleurer dans tes bras.
EB / 15 juillet 2004


Ghostface Killah
Shaolin’s Finest
Sony

La nébuleuse Wu-Tang toujours, avec la sortie de ce Shaolin’s Finest, qui se veut le best of des trois albums solos de Ghostface Killah, l’un des meilleurs MC du Clan.
Les morceaux choisis résument assez bien la discographie de Dennis Cole. Même s’il manque quelques perles, notamment l’extraordinaire Winter Warz, meilleure plage d’Iron Man. De ce premier opus daté de 1996 restent pourtant de très bons moments: les sombres Daytona 500 et Poisonous Darts, ainsi que le sublime All that I got is you, où Ghostface Killah arrive presque à nous tirer des larmes.
De Supreme clientele (2000) – album aux forts relents blaxploitation – le MC a retenu cinq bons titres. Mais encore une fois, le meilleur – Wu Banga 101 – a été oublié… Vraiment dommage. Enfin, trois morceaux du très bon Bulletproof Wallet (2001) ferment ce Shaolin’s Finest, qui offre une porte d’entrée tout à fait intéressante dans l’univers de Ghostface Killah.
PP / 15 mai 2003


Girls in Hawaii
FROM HERE TO THERE
RecRec

ILa Belgique ne se résume pas à la bière et aux moules frites. Il y a aussi Arno, dEUs et une ribambelle de groupes rock plus étonnants les uns que les autres. Girls in Hawaii est un parfait exemple de cette émulation passionnante qui secoue le Plat Pays.
Prenez un chanteur à la voix nasale dans la veine de Polar, un guitariste qui a passé sa jeunesse à user les vinyles des Smiths et une section rythmique aussi mélodique que celle de New Order: si vous ne secouez pas trop, vous obtenez From here to there, le magnifique premier opus de Girls in Hawaii. Parfois lancinantes, souvent nostalgiques, toujours ciselées avec une précision horlogère, les douze perles de cette galette ne tarderont pas à trouver une oreille attentive auprès des fans de la nouvelle vague du rock français. Sur les pas de Mickey 3D, Girls in Hawaii est sans doute l’une des premières révélations de l’année.
CD / 18 mars 2004



Glen of Guiness
FOLK OFF
Musikvertrieb

Glen of Guinness a parfois fait sourire les puristes: pensez donc, des Valaisans qui chantent du folk-rock irlandais, c’est mettre un doigt de whiskey dans un déci de fendant… Le groupe n’en a cure et va désormais encore plus loin dans son mélange des genres et la revendication de ses racines valaisannes. Pour ce nouvel album, à la fois best of, enregistrement live et production de quelques nouveaux titres, le groupe s’est allié à l’Ensemble de cuivres valaisan, un brassband de 25 cuivres et quatre percussionnistes, champion suisse en catégorie excellence, en 1999.
Le résultat de ce mélange entre folk irlandais et fanfare se révèle assez étonnant. Les cuivres se mêlent avec naturel au banjo, aux flûtes, au violon, à l’accordéon et à la voix de Bertrand Gaillard. Né pour la scène, Folk off garde toute son énergie joyeuse sur disque. Les chansons de Glen of Guinness gagnent même en poids et en volume sans pour autant devenir lourdingues. Original et sympa.
EB / 9 juillet 2005

GNU
Milky way
Bel management

Formation atypique dans le paysage musical fribourgeois, Gnu vient de sortir son troisième opus Milky way. Atypique, car composé d’un chanteur guitariste, de deux bassistes et… d’une boîte à rythmes.
Mélangeant allégrement une pop sucrée dans la plus directe ligne anglo-saxonne et des instruments en provenance des Andes, Gnu propose un concept savoureux. Agrémenté de la voix étrange d’Alain, le trio pratique une musique chatoyante qui ne craint pas les télescopages bizarroïdes. Ainsi, sur le très helvétique Mountain song, des guitares cristallines côtoient un refrain yodle des plus folkloriques…
Très minutieusement produit par Bertrand Siffert – l’ingénieur des Young Gods – Milky way supporte avec panache l’épreuve de l’écoute dans le fauteuil du salon. Mais toute la puissance de Gnu se révèle sur scène: à vérifier ce samedi 3 mai, au café le XXe, à Fribourg.
CD / 3 mai 2003


The Go-Betweens
BRIGHT YELLOW BRIGHT ORANGE
RecRec

Il était un groupe, dans les années huitante, qui transforma la pop music sans vraiment s’en rendre compte. Un peu à l’image des Nits, The Go-Betweens composait des mélodies hallucinantes de beauté dans la veine jamais reniée des Beatles. Mais le groupe ne trouva qu’un maigre public et ses deux leaders, Robert Forster et Grant McLennan, abandonnèrent le bateau pour suivre des trajectoires solitaires.
Reformé à la fin du siècle passé, The Go-Betweens n’a toujours du succès qu’auprès de ses fans. Quel gâchis! Tant de bonheur dans une ligne de guitare, tant de suavité dans la voix de ses deux compositeurs, tant d’harmonie dans leur songwriting éthéré. Peut-être que leurs belles mélodies, si simples et si efficaces, sont un peu ringardes dans le monde artistique actuel… Reste que, aujourd’hui, The Go-Betweens est le groupe qui dégage le plus d’envie d’apprendre le solfège depuis que John Lennon chante Imagine au paradis.
CD / 27 mars 2003


MARTIN L. GORE
Counterfeit2
Mute/Musikvertrieb

Compositeur attitré et occasionnellement chanteur de quelques perles de Depeche Mode (Somebody), Martin L. Gore sort son deuxième album personnel, après Counterfeit en 1989. Le concept, comme le titre, est d’ailleurs similaire: des reprises, dans la pure tradition Depeche Mode, d’artistes qui comptent pour Martin L. Gore.
Ainsi, de Julee Cruise à Iggy Pop, en passant par John Lennon, Lou Reed, Nick Cave ou Kurt Weill, l’homme-orchestre de DM passe à la moulinette électronique des standards comme des chansons puisées de la poussière. Quand il entonne Loverman, on se croirait dans un Berlin désaffecté, puis on croise le fantôme de Candy says à New York. Plus loin, Martin L. Gore donne sa relecture respectueuse et néanmoins audacieuse d’Oh my love avant de reprendre, en allemand, le magnifique Das Lied vom einsamen Mädchen.
En attendant la sortie, en juin, de l’album solo de Dave Gahan (le chanteur), Depeche Mode se ressource dans l’anonymat de la création alternative. Avec toujours le meilleur goût..
CD / 8 mai 2003


Gorillaz
DEMON DAYS
EMI

Après avoir momentanément mis Blur de côté, Damon Albarn met les bouchées doubles sur son deuxième projet, Gorillaz. Plus de trois ans après l’immense succès du premier album, le groupe virtuel (les membres du groupe ne sont en fait que des personnages de manga) revient à la charge avec Demon Days. En allant plus chercher du côté de l’électro-pop, Gorillaz démontre un talent de mélangeur d’influences absolument unique. En quinze titres, le groupe se permet de passer par un nombre de courants presque illimité, pour déstabiliser au mieux l’auditeur.
Le côté hip-hop du groupe peut avoir tendance à rebuter les personnes réticentes à ce courant musical. Néanmoins, le côté pop sucrée adoucit le son et le rend accessible à tout le monde. C’est sur ce point que cet album est surprenant. Le voyage musical qu’il impose est très rapidement déroutant et au bout de quelques chansons, on perd totalement ses repères. Sans conteste, Damon Albarn arrive pleinement à combler la place laissée vacante dans son agenda grâce à Gorillaz.
GyB / 21 juillet 2005


Grace
REPORT OF THE INQUIRY…
Saïko Records

Fondé il y a dix ans, Grace reprend ses activités bruitistes et présente son deuxième album intitulé Report of the inquiry into the circumstances surrounding the death of Melpomene.
En constante recherche d’énergie hypnotique, les quatre Genevois pratiquent un metal cérébral, plus sombre que méchant. La voix, gutturale à souhait, ose parfois un chant mélodique (le très hanté Some quiet thoughts). Sinon, les incantations de Grace emportent l’auditeur dans des abysses de noirceurs, là où les grosses guitares cisèlent des arrangements tant à la tronçonneuse qu’au stylet de dentellière.
Grace parle davantage à l’esprit qu’aux muscles et frise souvent la frontière du gothique. A se demander si le combo n’a pas été fan, en son temps, des Sisters of Mercy ou de The Nephilim. Des influences que personne n’a honte de revendiquer, d’ailleurs…

CD / 3 novembre 2005


Guess What
HOMECOMING
Disques Office

Dans les années 1990, Guess What plongeait les soirées lausannoises dans un antre en fusion. Leurs syncopes mâtinées de soul et de funk prouvaient que des Blancs pouvaient aussi avoir le groove dans la peau. Mais, à force de brûler les planches, le groupe a fini par se consumer, avant de partir en fumée à l’aube du millénaire.
Reconstitué l’an passé, Guess What s’aventure aujourd’hui sur des sentiers plus électroniques. Sans pour autant perdre ses influences puisées dans la tradition noire américaine, les Lausannois amplifient leur musique de machines sautillantes, de rythmiques «sambatiques» et – on ne se réinvente jamais entièrement – de grooves huilés façon Motown.
Très proche de la mouvance Rhinocerose, Homecoming explore les voies ténues de la «musique à danser». Avec une touche d’humanité, due à l’usage de vrais instruments, qui donne ses lettres de noblesse aux dancefloors trop habitués à la techno de bas étage.
CD / 27 février 2003



GZA
Legend of the Liquid Sword
Universal

La meilleure plume du Wu-Tang dégaine un album qui, s’il n’atteint pas les sommets de Liquid Swords (1997), reste une bonne surprise. On s’attend toujours au pire devant la galette en solo des membres du Clan… Encore que GZA – dont voilà le quatrième opus – n’a jamais vraiment déçu.
A l’écoute de Legend of the liquid sword, les nostalgiques de l’âge d’or du Clan seront déçus. Ils y auront pourtant cru quatre titres durant. Les quatre premiers. Les quatre meilleurs (dont le génial Did ya say that).
Le reste n’est pas à brûler pour autant. Luminal, bande-son oppressante de dj Muggs (Cypress Hill), en témoigne à lui seul. Vrai cependant que quelques productions frisent le code, à l’instar de Stay in line ou du titre qui donne son nom à l’album… S’il n’est pas toujours bien servi par les faiseurs de boucles – son cousin RZA ne signe que le décevant Rough cut – GZA fournit pourtant un travail remarquable, tant au niveau de l’écriture que du flow.
On ne va donc pas se lamenter sur le glorieux passé du Wu-Tang…
PP / 6 février 2003


Simon Gerber
SIMON GERBER
Disques Office

Dès les premières minutes, on sent là une vraie personnalité. Et pas grand-chose qui laisse percevoir qu’il s’agit d’un premier album, celui du vainqueur des Nouvelles Scènes 2001, Simon Gerber.
Dans la tradition de la meilleure chanson française, enveloppée de cordes, de cuivres et d’un piano jazzy, le jeune Biennois raconte ces «tout petits bouts de bonheur», avec une force indéniable. D’abord par sa voix, à peine éraillée, qui s’autorise toutes les vocalises. Par la justesse de ces images ensuite, qu’il parle de la cave de son grand-père ou de Décembre, ce «temps des enfants et des clochards qui chantent». Simon Gerber ignore la facilité, avec ses lignes mélodiques audacieuses. Ce n’est pas l’idéal pour faire un tube, mais c’est la marque d’une belle assurance.
EB / 15 mars 2003


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