Classement des disques par rapports aux auteurs

 


Norah Jones
NOT TOO LATE
Blue note / Emi

Elle a déboulé à 22 ans, avec son variété-jazz tout de douceur. Sorti en 2002, Come away with me a été vendu à plus de 20 millions d’exemplaires. Succès confirmé deux ans plus tard par Feels like home. Et il n’y a pas de raison que ça change avec Not too late, malgé la disparition du producteur Arif Mardin, relayé par le bassiste Lee Alexander.
Bien sûr, il n’y a pas là une folle inventivité. Juste une agréable mélancolie où l’on se love volontiers. Ces treize titres marient country-folk, jazz et blues, avec, au départ, un parfum de déjà-vu, même si les guitares prennent le pas sur le piano. Peu à peu, on découvre quelques audaces inhabituelles pour la New-Yorkaise, comme dans le superbe The sun doesn’t like you. Sans perdre sa simplicité, la douce tristesse de Miss Jones se teinte de couleurs rugueuses inattendues.

EB / 1er février 2007
 


Jack the Ripper
I'M COMING
Disques Office

Adulé par la presse spécialisée anglaise, Jack the Ripper sort ce mois-ci son deuxième opus I’m coming. Sur les traces évidentes de Nick Cave, le combo parisien pratique une musique faussement sombre, une sorte de cold wave acoustique jouée dans un cabaret malfamé du Berlin d’avant la chute du Mur (Martha, en allemand dans le texte). Pour ne pas avoir décroché des Ailes du désir de Wim Wenders, le septet emmené par le charismatique Arnaud se prend la tête, cite Platon et Hamlet dans des chansons qui se veulent intellectuelles et ne réinvente surtout pas l’intensité des 16 Horsepower, de Leonard Cohen ou de Brel qu’il plagie sans remords.
Au final, les douze titres de cet album se laissent toutefois entendre, même si l’auditeur averti retient cette horrible impression de déjà-vu. A la copie, on préférera donc amplement les originaux.
CD / 12 juin 2003


Jadakiss
KISS OF DEATH
Universal

La déception avait été grande à l’écoute du premier album de Jadakiss: de tous les membres de LOX, son opus solo était sans aucun doute le plus médiocre.
Ce Kiss of death est heureusement nettement moins mauvais. Le rappeur new-yorkais livre un album un brin fourre-tout qui, sans être homogène, n’est toutefois pas complètement décousu. On y trouve des titres pour les «gangsters», d’autres pour les filles, d’autres encore formatés pour les clubs…
Sur les dix-huit plages proposées, certaines réservent ainsi de (très) bonnes surprises. Il faut dire que Jadakiss a fait appel à quelques producteurs de tout premier plan: Havoc sur l’excellent Why, Kanye West sur le non moins bon Gettin’it in, les Neptunes sur le «hit» potentiel qu’est Hot sauce to go ou encore Eminem sur Welcome to D-Block. Voilà pour le meilleur. Il y a hélas du moins bon: Shoot outs, Times up, Kiss of death… Sans oublier l’horrible U make me wanna au refrain gloussé par Mariah Carey.
PP/ 5 août 2004


Jamait
DE VERRE EN VERS…
Disques Office

L’album est sorti il y a quelques années, mais était épuisé depuis un bon bout de temps. Et Jamait (nom du groupe dijonnais formé autour de l’auteur-compositeur-interprète Yves Jamait) n’a cessé de se produire sur scène. Son expérience du théâtre et son charisme lui ont donné une audience de plus en plus large. Cette réédition tombe donc à point nommé, pour peut-être lui donner la reconnaissance qu’il mérite.
Au fil des bars et des rencontres, Jamait s’est créé un univers. Ecorché parfois jusqu’à faire penser à Mano Solo (sur Dimanche, par exemple), ailleurs un peu musette, un peu jazz. Avec toujours l’émotion à fleur de peau et cette voix éraillée, idéale pour son réalisme pas rose, teinté d’ironie. Il nous parle d’alcool – version bière plutôt que vins raffinés – de petits matins blêmes (C’est l’heure, très belle version personnelle d’Il est cinq heures, Paris s’éveille) et de ruptures (Adieu à jamais ou l’hilarant OK, tu t’en vas). Pas de faux-semblant ni de pose, juste de la sincérité jusqu’au fond des tripes.

EB / 4 octobre 2005


Jay-Z
THE BLACK ALBUM
Universal

 

Tout a une fin… A 34 ans, Jay-Z a décidé de mettre un terme à sa carrière de rappeur, entamée avec le désormais classique Reasonable Doubt. A peine dix ans plus tard, il pose donc la dernière pierre à son édifice avant de la mettre (définitivement?) en veilleuse.
The Black Album est sans conteste l’opus le plus personnel et le plus introspectif de Jay-Z. Même sa maman vient parler de l’enfance de son rejeton sur December 4th. Le MC y confirme par ailleurs sa relation avec la belle Beyonce… Mais les titres les plus intéressants sont ceux où Jay-Z passe en revue sa carrière (My first song, Allure, Moment of clarity). Mention également pour l’amusant Threat. On se demande par contre le pourquoi de cet insipide Change clothes ou de cet étrange Encore… Les mystères de Jay-Z.
Même si au détour d’une phrase le rappeur laisse entendre qu’il pourrait revenir, ce Black Album sera très certainement le dernier. Et ce n’est pas la pire manière de clore un chapitre.

PP / 18 décembre 2003



Jeronimo
UN MONDE SANS MOI
RecRec

Enfant, Jérôme Mardaga errait dans les prairies du plat pays en enregistrant sa voix et tout ce qui était plus ou moins enregistrable. Ado, appuyé sans relâche sur sa pédale disto, il flashait sur le rock anglo-saxon des eighties. C’est à la fin de 2002 que le Liégeois sort, sous le nom de Jeronimo, son premier opus en solitaire, Un monde sans moi, aujourd’hui disponible en Suisse.
Son monde à lui, donc, où la voix candide du gamin des prairies côtoie les guitares enragées du fan de noisy chic. Il y évoque son «éternel petit groupe de merde», «les fausses blondes à gros nibars», sa femme qui le trompe et lui qui tient le coup. Des choses légères en surface, traitées avec finesse et gravité, parfois.
Malgré l’efficacité et la facture réussie des riffs de guitares et des programmes electro, les morceaux épurés comme Si j’avais une fille touchent plus directement au cœur. Le sens mélodique et la sensibilité du chanteur s’y épanouissent plus franchement, rappelant les premières ballades de Katerine, la provoc’ en moins.
GK / 15 mars 2003


Jay-Jay Johanson
RUSH
EMI

Avec sa voix haut perchée de castra triste et ses synthétiseurs qui datent de l’invention de l’électricité, Jay-Jay Johanson n’a pas forcément tous les atouts de son côté. Pour la sortie de son cinquième album – Rush – le chanteur suédois, entouré de vrais musiciens, poursuit l’évolution déjà pressentie sur l’album Antenna. Au-delà de ses expérimentations purement électroniques, il déroule simplement le tapis rouge de la nostalgie. Entre house filtrée et electronica ultrasimpliste, il faufile sa voix dans les méandres de la techno commerciale.
A la fois influencé par un Elvis boursouflé et une évanescence d’un Pink Floyd trop planant, il polit ses chansons jusqu’à la brillance éblouissante. Car la pop du dandy cool est ronde, sans aspérité, sans rugosité. Douce et dépourvue de relief, mais qui se laisse déguster. Comme un long verre d’eau fraîche en pleine canicule.

CD / 6 octobre 2005


Norah Jones
COME AWAY WITH ME
Blue Note / EMI

EMI a eu fin nez en ressortant récemment ce magnifique Come away with me, premier album de Norah Jones. A sa sortie il y a un an, la presse en a relativement peu parlé ici, mais le bouche à oreille a fait son œuvre. Aujourd’hui, le nom de la jeune femme est partout: elle vient de rafler cinq Grammy Awards, les plus prestigieuses récompenses musicales américaines.
Il est donc temps de (re)découvrir cet album subtil, où la voix chaleureuse de Norah Jones fait merveille. En quelques reprises – notamment de Hank Williams et de Hoagy Carmichael, pour un magistral The nearness of you qu’elle interprète seule au piano – et une dizaine de titres composés avec ses musiciens, la New-Yorkaise de 23 ans épate par son assurance. Sur fond de jazz enfumé, l’album se teinte de soul, voire de folk et de country. Sans jamais déparer l’ensemble, qui, par sa gravité et sa densité, donne des frissons du début à la fin.
EB / 27 février 2003


Norah Jones
FEELS LIKE HOME
Blue Note / EMI

Apparue il y a deux ans avec l’énorme succès de Come away with me (huit Grammy Awards), Norah Jones ne s’est pas endormie sur ses lauriers. Pour la retenue et la douceur, Feels like home vient du même moule. Mais cette New-Yorkaise qui a grandi à Dallas est sortie des clubs enfumés pour partir au grand air, là où son jazz croise le blues, le folk et la country.
Du coup, Feels like home se révèle moins monocorde. Norah Jones a en outre emprunté certains titres à Duke Ellington (où l’on retrouve son goût pour les ambiances feutrées), Tom Waits ou encore Townes Van Zandt et s’est ouverte à diverses participations. Apparaît ainsi une grande dame de la country, Dolly Parton, pour un Creepin’In au parfum de cow-boy poussiéreux. Surtout, Norah Jones donne une nouvelle preuve qu’avec sa voix de velours, la simplicité et la sobriété sont les meilleures armes de séduction. A témoin Humble me, merveille mélancolique sans fioriture.
EB / 26 février 2004


Juliette
MUTAS MUTANDIS
Universal

Le titre de son nouvel album est révélateur: Juliette a (un peu) changé. Elle s’est ouverte à d’autres sonorités, aux rythmes latinos en particulier (comme dans Les garçons de mon quartier, inspiré d’un roman de Fernando Vallejo). Sans doute aussi la présence du producteur Renaud Létang (Alain Souchon, Manu Chao…) a-t-elle joué un rôle dans cet enrichissement sonore.
Mais Juliette reste égale à elle-même. Pour la première fois, elle a même écrit et composé toutes les chansons de son album, à l’exception de Franciscae mae laudes, adapté de Baudelaire. On la retrouve toujours aussi espiègle, capable de chanter la complainte d’une soubrette comme la manie des jeux vidéo (Fantaisie héroïque) ou de se balancer des insultes avec François Morel, des Deschiens (Mémère dans les orties). Surtout, ce qui ne change pas, c’est son amour des mots, sa manière de conjuguer érudition discrète et simplicité, de mordre la langue française pour la savourer comme personne.

EB / 3 février 2005


Juliette
MA VIE, MON ŒUVRE, VOL. 1
Universal

Pour le grand public, Juliette s’est fait connaître en 1997, comme révélation de l’année aux Victoires de la Musique. Alors qu’elle promenait sa frimousse et sa gouaille sur les scènes depuis déjà pas mal de temps. La preuve: cette compil sort pour ses vingt ans de carrière, traversés en vingt chansons.
Hors de tout système, la Toulousaine s’est forgé un répertoire original, teinté de l’esprit de cabaret et de la chanson réaliste. Avec quelques incursions vers le jazz rigolo (Lucy). Juliette se révèle tour à tour théâtrale et sobre, drôle et touchante (magnifique Berceuse pour Carlitos), utilise à merveille sa voix murmurée ou survoltée. En femme de scène avant tout, elle propose huit titres live. D’autres, comme Le festin de Juliette, sont présentés en une nouvelle version. Et pour ceux qui hésiteraient encore, à signaler deux inédits en CD et une reprise de Reggiani, Les loups sont entrés dans Paris. De quoi lui donner raison, plus que jamais, lorsqu’elle chante: «Je suis irrésistible.»
EB / 27 mai 2004


Junkie XL
A BROADCAST FROM THE COMPUTER HELL CABIN
Roadrunner/Musikvertrieb

Vous souvenez-vous de cette pub pour des souliers de foot juste avant la Coupe du monde l’an dernier? Derrière Zidane et Figo, un remix étonnant de A little less conversation, qui permettait au King Elvis Presley de retrouver le sommet des hit-parades 25 ans après sa mort.
A l’origine de ce projet, le remixeur fou Tom Holkenborg, alias Junkie XL. Tellement fou qu’il vient de sortir deux albums réunis sous le nom de A broadcast from the computer hell cabin. Un concept de radio pirate – que l’on retrouve sur son site radiojxl.com – qu’il décline en trois versions. Deux albums, 3PM et 3AM, vendus dans le commerce et un troisième, 7AM, disponible uniquement sur la toile.
Et la musique dans tout ça? Dans la veine de Moby, Junkie XL recycle et électronise à tout va. Peter Tosh, Dave Gahan, Chuck D, Robert Smith se retrouvent sur l’album excité et diurne 3PM. Alors que l’album nocturne 3AM alterne ambiances chill-out et house de fins de soirée. N’est-ce pas dans les vieilles marmites que l’on fait la meilleure soupe?
CD / 17 juillet 2003

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