Classement des disques par rapports aux auteurs



Ben Elton
Amitiés mortelles
Belfond

Petit, rouquin, très jeune pour ce poste, Edward Newson a souvent de la peine à faire croire qu’il est inspecteur à Scotland Yard. Le mépris et les quolibets, il connaît. Autant dire que quand survient cette série de meurtres, particulièrement cruels, l’enquête l’intéresse au plus haut point. Il semble en effet que l’assassin s’en prend à des gens qui ont l’habitude de persécuter leur entourage… Ou qui terrorisaient leurs copains d’école.
L’Anglais Ben Elton ne se contente pas, à l’inverse de trop d’auteurs de polars américains, d’appliquer une recette éprouvée. Son roman évoque un sujet tabou: le sadisme des élèves entre eux. Avec des personnages particulièrement bien fouillés, un ton tour à tour ironique et cru (notamment dans les passages très «hot»), Amitiés mortelles est une réussite du genre. Un bémol toutefois: on devine trop tôt l’identité du meurtrier. Plutôt embêtant pour ce type de roman.

EB / 14 juin 2007



Daniel Easterman
MAROC
Belfond

Après le succès de Minuit en plein jour, le prolifique Daniel Easterman nous livre un thriller étonnant sur une facette méconnue et nauséabonde de l’Occupation. Aux côtés du corps sans vie de sa femme, Nick, ancien policier, découvre d’énigmatiques documents qui le plongent dans des temps qu’il croyait révolus: mémos de la Résistance, décrets du régime de Vichy, arrêtés du Gouvernement marocain… La mort subite de sa femme lui paraît tout à coup bien suspecte. Aussi s’envole-t-il pour le Maroc où sa curiosité ravive les haines les plus tenaces et déclenche de sanglantes passions.
Si la multiplicité des points de vue et des techniques narratives aurait dû garantir à Maroc un suspense haletant, l’auteur s’embourbe pourtant dans son propre traquenard. De moins en moins claire au fil des pages, l’intrigue est rattrapée par d’ahurissants deus ex machina auxquels s’ajoute un déplaisant et digressif cours magistral sur la langue et la civilisation arabes. Un Easterman de petite cuvée.

VL / 15 avril 2004



DANIEL EASTERMAN
Minuit en plein jour
Belfond

C’est avec stupéfaction que les amateurs de thrillers plongeront dans l’univers de Daniel Easterman, où réalité et fiction se confondent en un mélange explosif, sur fond de conflit religieux. Alors que le président américain Joel Waterstone pénètre dans la petite bourgade anglaise de Middlewick, l’équilibre planétaire s’apprête à vaciller. Cette visite, qui ne devait être qu’une simple étape dans la tournée européenne du premier président américain juif de l’histoire, se révèle l’aboutissement d’un complot aux ramifications complexes.
Comment une paisible communauté paysanne peut-elle se métamorphoser en brigade meurtrière? Que peut dissimuler la prise en otage du couple présidentiel et de la petite Tina, malencontreusement mêlée aux événements? Grâce à l’acharnement du père de Tina, qui sillonne la planète de l’Amérique du Nord au cœur des nuits sibériennes, le mystère finira par éclater au grand jour.
CLD / 14 février 2002


ANNIE ERNAUX
L’occupation
Gallimard

La jalousie, cette gangrène. Dans L’occupation, son dernier très bref récit, Annie Ernaux la décrit avec sa façon si personnelle de disséquer les sentiments. La narratrice a quitté son compagnon quelques mois auparavant. Mais lorsqu’elle apprend qu’il s’installe avec sa nouvelle amie, une sensation inconnue s’empare d’elle: «A partir de ce moment, l’existence de cette autre femme a envahi la mienne. Je n’ai plus pensé qu’à travers elle.»
La suite est d’une douloureuse banalité, portée par une langue d’une limpidité parfaite pour cette bouleversante mise à nu. Tout tourne autour d’une obsession qui fait perdre le sens de la réalité: savoir qui est cette femme, à quoi elle ressemble… Et le dire, pour exorciser. «Le geste d’écrire, ici, n’est peut-être pas si différent de celui de planter des aiguilles.»
EB / 4 avril 2002

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