Classement des disques par rapports aux auteurs



Martha Grimes
LE SANG DES INNOCENTS
Presse de la Cité

Une fillette est découverte assassinée au cœur de Londres. L’affaire va rapidement être reliée à une disparition, trois ans plus tôt: aucune trace n’avait jamais été retrouvée de la petite Flora. L’inspecteur Jury se lance dans une enquête délicate, remue le passé, navigue entre faux-semblants, victimes non identifiées et terribles secrets.
Aux côtés de l’inspecteur Jury, les habitués de Martha Grimes retrouveront avec bonheur le dandy Melrose Plant, qui s’improvise spécialiste du gazon. Et, surtout, cette atmosphère si particulière: l’auteure américaine n’a pas son pareil pour écrire des romans typiquement britanniques. Ici, pas de suspense à outrance, un rythme plutôt lent et un sourire léger pour décrire cette société anglaise. Du coup, on ne dévore pas le roman en une nuit, mais il y a largement de quoi passer un sympathique moment en compagnie de personnages attachants.

EB / 25 janvier 2007



Isabelle Guisan
LE TOUR DU CORPS EN 44 AMANTS
L’Aire

Le titre est trompeur, qui laisserait penser à un de ces récits érotiques à la mode il y a quelques années. Alors qu’il s’agit d’une manière très fine de retracer une vie, celle de Laure. Cette dame aux «cheveux cendrés» se rend aux bains thermaux. Là, elle se souvient de sensations, de perceptions, d’images, qui, peu à peu, retracent son parcours. De la petite fille humiliée par son père à la dame qui «ne veut plus espérer d’autres caresses que celles de l’eau». Entre les deux, la jeunesse, une carrière de photographe, des amants, des voyages…
Isabelle Guisan procède par touches et par allusions pour suivre le corps de Laure, si attentif à tout ce qui l’effleure et l’entoure. Une façon originale d’évoquer les années envolées, des souvenirs, des rencontres, sur un ton léger, qui touche toujours juste.

EB / 7 décembre 2006



James Gripando
LE DERNIER À MOURIR
Belfond

Lvocat à Miami, Jack Swyteck (que James Grippando, ancien avocat lui-même, a déjà mis en scène dans Le pardon et A l’abri de tout soupçon) se voit confronté à une drôle d’affaire. Son client, Tatum Knight, est un ancien tueur à gages. La riche Sally Fenning l’a contacté il y a peu pour lui demander de la tuer… Peu après, elle est retrouvée assassinée. De plus, son testament désigne Tatum comme héritier, avec cinq autres personnes: seul le dernier survivant des six héritera des 46 millions de dollars. Tous ont eu des contentieux avec la belle millionnaire, qui semble avoir trouvé là une forme de vengeance posthume…
Sur cette base habile, James Grippando construit un roman qui ne brille pas par sa vraisemblance, mais qui parvient à tenir en haleine. Entre scènes d’action, fausses pistes, meurtres en série et voyage en Afrique. Du roman noir solide, à défaut de grande littérature.

EB / 27 avril 2006



Catherine Guillebaud
Les souliers lilas
Seuil

C’est peut-être là que se ressent la différence entre une œuvre littéraire et un simple livre de souvenirs: dans Les souliers lilas, son quatrième roman, Catherine Guillebaud atteint à l’universel à travers un portrait très intime, celui de sa grand-mère. En s’adressant directement à cette «fille de l’hiver interminable et de l’été brûlant»: «Tu étais née là où tout se mérite, où rien n’est facile et de cela, jamais tu ne t’es débarrassée.»
Née au début du XXe siècle en Savoie, cette femme volontaire a connu la dure réalité de la vie de la campagne. Une vie qui trouve des échos évidents avec celle de la Gruyère de l’époque. Dans son style sobre, tout de retenue, Catherine Guillebaud remonte le long de ses racines pour offrir un récit sensible, portrait touchant d’une femme et d’une époque révolue.

EB / 20 avril 2006



Brian Gallagher
Une exquise vengeance
Belfond

Rentrée de vacances plus tôt que prévu, Julie découvre son mari dans les bras d’une pulpeuse blonde. Les deux tourtereaux ne l’ont pas vue: l’épouse trahie s’éclipse et va préparer sa vengeance. Avec subtilité et une perversité sans limite.
L’Irlandais Brian Gallagher n’a pas choisi l’originalité, en traitant de l’adultère dans son premier roman. Mais Une exquise vengeance séduit par son humour caustique et ses dialogues percutants, au point qu’il n’offre que peu de temps morts, malgré ses quelque 500 pages. Grâce aussi à diverses surprises, comme lorsque Julie se lie à sa rivale, qui ignore l’identité de sa nouvelle amie… A défaut de révolutionner la littérature, Brian Gallagher signe une comédie légère et mordante, pour amateurs de simples plaisirs de lecture.
EB / 23 janvier 2003


David Gilbert
LES NORMAUX
Belfond

Avec l’Américain David Gilbert, on nous annonce l’arrivée d’un nouveau talent, drôle et féroce. Et un premier roman dans l’esprit de Vol au-dessus d’un nid de coucous, qui dénoncerait «les névroses de nos sociétés». De fait, Les normaux présentent une galerie de portraits amusants, mais demeurent en deçà du «roman magistral» annoncé.
Au centre du livre se trouve un sympathique mollasson, Billy Shine, glandeur professionnel de 28 ans, recherché par une société de recouvrement. Pour gagner de l’argent dans trop se fatiguer, tout en se cachant de ses poursuivants, il accepte d’intégrer un étrange centre d’expérimentation: il servira de cobaye pour un laboratoire pharmaceutique. Il rencontre d’autres volontaires, se lie avec certains d’entre eux, tout en revivant son passé et ses relations avec ses parents. Dans une ambiance qui se dégrade au fil des effets secondaires du traitement… Un roman original, amusant, mais qui tend à s’effilocher et à partir un peu dans tous les sens.

EB / 23 février 2006



Pierre Girard / Alice Rivaz
LES ENVELOPPES BLEUES
Zoé

C’est une drôle de relation qui s’établit dans Les enveloppes bleues. Entre deux écrivains qui habitent à quelques minutes l’un de l’autre, à Genève, mais ne se connaissent que par leurs œuvres et ces lettres. Ils ne se rencontreront jamais, à une très brève exception près. Même s’ils n’ont qu’une dizaine d’années de différence, la correspondance, qui s’étend de 1994 à 1951, entre Alice Rivaz (1901-1998) et Pierre Girard (1892-1956) ressemble à un échange entre une jeune fille et un homme bien établi. Un homme qui se montre caustique, évoque les Pernod qu’il avale en écrivant, et n’hésite pas, dans un jeu de provocation légère, à égratigner d’autres auteures, comme Corinna Bille, Colette ou Monique Saint-Hélier.
Alice Rivaz, elle, ne cache pas sa révolte féministe ni ses rêveries. Tous deux partagent en outre une admiration pour la nature, les arbres et les plantes, s’échangent leurs impressions de lecture. Et leurs difficultés à écrire, à trouver du temps pour la création au milieu des tâches quotidiennes. Publiée sous la direction de Daniel Maggetti et de Cécile Fornerod, cette correspondance subtile est aussi l’histoire d’une rencontre à distance, mais touchante et profonde, au-delà des différences.

EB / 4 août 2005



Greenpeace
DESSINS POUR LE CLIMAT
Glénat

Le réchauffement de la planète – dû principalement à l’utilisation de combustibles fossiles – est le péril écologique et humain le plus grave auquel la Terre ait jamais été soumise. Afin de sensibiliser à ce danger, Greenpeace publie Dessins pour le climat, un ouvrage collectif dont les bénéfices iront à la campagne Climat de l’association écologique.
Et ils sont tous là, ou presque. Ecrivains, dessinateurs, bédéastes, comédiens, musiciens de plusieurs pays ont offert leur talent pour la noble cause. En vrac: Victoria Abril, Boucq, Boilet, Caza, Edika, Geluck, Guizmo (de Tryo), Manu Chao, Marini, Mattotti, Muñoz, Peeters, P’tiluc, Quino, Sanseverino, Sergent Garcia, Tirabosco, Lambert Wilson… Bref, plus de 130 créateurs se sont joints à cette campagne, soit par des textes, des dessins pleine page ou des planches de bande dessinée. Se mélangent alors les visions les plus pessimistes pour l’avenir de l’humanité à un humour souvent noir ou désabusé, comme une poétique d’une apocalypse annoncée, mais encore évitable. Peu d’espoir dans tout cela, mais un livre évocateur pour ne pas dire édifiant, effrayant par certains côtés, où la bonne cause rejoint le talent. Deux raisons d’y prêter une grande attention.

RM / 10 mars 2005



Eliane Girard
QUI M'AIMERA ENCORE QUAND JE SERAI MORT?
Belfond

Qui m’aimera encore quand je serai mort?» Effrayante question que se pose Eliane Girard dans son nouveau roman. A vrai dire, pas grand monde quand on est un self-made-man répudié par sa famille et oublié par l’univers des paillettes qui vous a accueilli. Aussi, lorsque Pierre et Laure apprennent la mort de Franck, un jeune acteur prometteur alternant petits rôles et cliniques spécialisées, la consternation le dispute aux remords pour ce couple cathodique qui, comme beaucoup, avait coupé les ponts. Leur repentir tardif prend la forme d’un chemin de croix, Pierre et Laure ayant décidé de réunir amis oubliés et famille indigne pour les funérailles de l’ex-star montante.
S’ensuit une interminable série de conversations téléphoniques, qui donne à ce roman une saveur et une légèreté de ton particulières. Une forme romanesque inattendue et rafraîchissante, tout en dialogues, qui présente une galerie de portraits peu reluisants, mais parfois un brin caricaturaux. Encore que…

VL / 8 avril 2004



Edouard Glissant
ORMEROD
Gallimard

Antilles, Sainte-Lucie, 1793. L’esclave rebelle Flore Gaillard gagne les bois de l’île, alors occupée par les Anglais, et lève une armée de brigands. Durant cinq ans, la meute sème la terreur parmi les colons des plantations, avec la bénédiction des Français. Une terreur bien française d’ailleurs, puisque les insurgés poussent devant eux… une guillotine.
L’esclavage et la rébellion: thèmes classiques de la littérature antillaise, que l’écrivain martiniquais Edouard Glissant reprend dans son dernier roman, Ormerod. Mais à sa manière, discontinue, semée d’excroissances et de digressions. Le lecteur découvre par esquisses l’univers contemporain du narrateur, un fonctionnaire fasciné par l’histoire. Il oscille entre le passé et le présent, le rêve et la reconstitution. Et finit par dévorer le récit, pourtant déconcertant et exigeant. C’est que le langage de Glissant est riche, audacieux, souvent proche de l’épopée ou de la poésie. Parfois fulgurant.
SZ / 8 mai 2003


Elisabeth George
SANS L'OMBRE D'UN TÉMOIN
Presse de la Cité

Dans les quartiers défavorisés de Londres, de jeunes métis sont assassinés et mutilés. Les premiers meurtres passent inaperçus jusqu’à celui d’un adolescent blanc. Honteuse d’avoir sous-estimé la mort d’enfants à problèmes, la police londonienne décide enfin de tout mettre en œuvre pour retrouver le coupable. C’est dans ce contexte que l’inspecteur Linley – promu commissaire intérimaire à Scotland Yard– est appelé en renfort.
Sans l’ombre d’un témoin, d’Elizabeth George, réunit pour la treizième fois Thomas Linley, le très aristocratique comte d’Asherton, et Barbara Havers, l’adjointe revêche issue d’un milieu populaire. Ils sont toujours accompagnés du sergent Winston Nkata et de l’ami d’enfance de Linley, l’expert légal Simon Saint James.
La force de la romancière américaine – qui a toujours choisi l’Angleterre comme cadre – est de construire son action de façon non linéaire. Pas de flash-back, mais un récit qui multiplie les points de vue. En découvrant l’histoire à travers les différents personnages, le lecteur progresse au même rythme que les héros du roman, jusqu’à tisser sa propre toile autour du coupable.
Loin des délires nombrilistes de Patricia Cornwell et des coups de théâtre d’esbroufe de Harlan Coben, Elizabeth George captive par le relief psychologique de ses personnages, jusqu’à un final poignant.
Poids lourd de l’édition anglo-saxonne, l’Américaine avait réussi un coup de maître dès son premier essai avec le magistral Enquête dans le brouillard. On notera également Mémoire infidèle, un opus où la solution de l’énigme ne s’éclaire que dans la toute dernière phrase du roman de 1000 pages. Le lecteur en restera pantois.
Lire Elizabeth George, c’est se plonger dans un univers envoûtant – le Londres des bas quartiers pour ce dernier roman – dans une histoire qui vous prend aux tripes. A coup sûr un bon moment de lecture.

KA / 11 août 2005



Noël Godin
ENTARTONS, ENTARTONS LES POMPEUX CORNICHONS!
Flammarion

Il est devenu connu en balançant des tartes à la crème au visage de célébrités qui l’agacent. Noël Godin a fait rire tout le monde (ou presque) avec ses attentats pâtissiers contre Bernard-Henri Lévy, Jean-Luc Godard, PPDA, Bill Gates et tant d’autres. Avec un cri de guerre devenu fameux: «Gloup, gloup…» Entartons, entartons les pompeux cornichons! raconte l’origine de ces bouffonneries crémières (Marguerite Duras fut la première à en faire les frais, en 1969), l’organisation sans faille qu’elles nécessitent et revient sur certains hauts faits de cette bande de joyeux allumés, dopés à la bière artisanale…
Avec ses mémoires délirantes d’entarteur, Noël Godin fait preuve d’un esprit anarcho-provocateur réjouissant en ces temps de politiquement correct. Et l’on découvre avec bonheur que l’agitation subversive chère aux surréalistes ou aux situationnistes a trouvé un héritier bien dingo avec ce Belge qui a désormais des adeptes à travers le monde entier: l’Internationale pâtissière est en marche…

EB / 15 décembre 2005



Gossip
POÉSIES BONSAÏ
Castagniééé

Il s’est fait connaître comme chanteur et surtout par sa participation à l’émission de radio La soupe est pleine. Gossip y démontre un goût de la dérision que l’on retrouve dans ces Poésies Bonsaï. Du haïku, poème japonais traditionnel, Gossip reprend la brièveté et ce pouvoir d’évoquer beaucoup de choses en peu de mots. Mais ses poèmes fantaisistes ont aussi l’humour proche des brèves de comptoir. Lui-même ne s’en cache pas: «Entre mes poésies et le n’importe quoi / Il y a un pas / Que je franchis parfois.»
Pour accentuer le côté «haïkukus suisses», Gossip distille volontiers quelques références à la culture populaire: «Le vigneron monte à sa vigne / Où es-tu vigneron / Ben je suis à la vigne pauv’con.» Même s’il lui arrive de tomber dans la facilité («Le Titanic en deux mots / Une histoire d’amour qui tombe à l’eau»), le recueil reste une lecture amusante, qui flirte parfois avec l’absurde, comme dans cette histoire d’encres: «L’encre sympathique / Salut ça va / L’encre antipathique / Qu’est-ce que ça peut te foutre».

EB / 9 février 2006



Jean-Marie Gourio
APNÉE
Julliard

Apnée est un livre exceptionnel. Par son sujet d’abord, on ne peut plus délicat: le roman suit les pensées de Chantal, maman d’une fillette assassinée vingt-quatre ans plus tôt. Chantal attend la sortie de prison de l’assassin, Monsieur Jean, son voisin et ami à l’époque. Non pas pour se venger, mais parce qu’elle a tissé des liens avec lui. Elle va même l’accueillir chez elle. «Il a tué ma petite, je n’ai plus que lui.»
Exceptionnel, Apnée l’est aussi par la forme: écrit d’une traite, sans un seul point, il permet de s’immerger dans l’esprit perturbé de cette femme. Dans son délire et sa douleur jamais apaisée, elle se souvient du passé, de son mari qui s’est suicidé après le drame, raconte la découverte du corps de la petite, ses liens avec Monsieur Jean, les premiers pas qu’il fait hors de la prison… C’est effrayant, terrible, totalement déstabilisant. C’est aussi inattendu de la part de Jean-Marie Gourio, connu d’abord pour son humour, puisqu’il est notamment l’auteur des célèbres Brèves de comptoir.

EB / 15 janvier 2005



Marion Graf et Josée-Flore Tappy
LA POÉSIE EN SUISSE ROMANDE
Seghers

De ce côté de la frontière, les amateurs de littérature le savent: la poésie en Suisse romande, au XXe siècle, a produit des œuvres de très haute qualité. Certaines (celles de Philippe Jaccottet ou de Gustave Roud, par exemple) figurent même parmi les plus importantes de la littérature francophone.
En France, en revanche, elle demeure méconnue. «A croire que le miroir des lacs qui nous séparent ne nous renvoie que notre propre image», écrit Bruno Doucey dans la préface de La poésie en Suisse romande depuis Blaise Cendrars. Une anthologie qui vise à gommer cette méconnaissance.
Présenté par Marion Graf et Josée-Flore Tappy, cet ouvrage reste aussi d’un intérêt évident pour le lecteur romand. En particulier pour qui ne connaîtrait pas encore les 34 poètes réunis ici. Tous les auteurs essentiels sont réunis, ceux de la première moitié du siècle (avec en particulier les trois grands lyriques Roud, Matthey, Crisinel) comme les plus jeunes, nés après 1945 (le Fribourgeois Frédéric Wandelère ou Pierre Voélin), en passant par Philippe Jaccottet, Alexandre Voisard, Maurice Chappaz ou Anne Perrier. Sans oublier les écrivains célèbres, mais pas forcément pour leur poésie, comme Ramuz, Cingria ou Bouvier.
Au fil du recueil, le lecteur trouve aussi l’occasion de redécouvrir des œuvres plus discrètes, comme celles du fulgurant Francis Giauque ou de l’étonnant voyageur Lorenzo Pestelli. Une manière de se souvenir que la poésie, en Suisse romande, forme un paysage tout de contrastes, d’une richesse et d’une diversité admirables.

Marion Graf et Josée-Flore Tappy, La poésie en Suisse romande depuis Blaise Cendrars, Seghers

EB / 27 janvier 2005



Roger Grenier
Une nouvelle pour vous
Gallimard

A propos de nouvelles, Roger Grenier écrit dans la première du recueil: «Le genre attire peu les lecteurs, tous les éditeurs vous le diront.» Sans doute sait-il de quoi il parle, lui qui en a publié à plusieurs reprises. Et dans cet art si particulier, il se montre d’une remarquable habileté.
Une nouvelle pour vous en regroupe quinze. Il y a là un écrivain qui ne supporte plus qu’on lui dise à tout propos «c’est une nouvelle pour vous», un jeune homme détourné du suicide par une balade en hydravion, un musicien de jazz devenu photographe de presse…
Partout se répand un sentiment de perte, d’absence ou de solitude. Ces brèves histoires, Roger Grenier les narre sur un ton de nostalgie subtile, que ce soit en résumant en trois pages les vies de deux solitaires entamant un dialogue ou en évoquant de manière poignante les dimanches de jadis.
EB / 16 janvier 2003


James Grippando
L'ABRI DE TOUT SOUPÇON
Belfond

Dans le registre du simple polar, efficace et bien tourné, James Grippando a déjà fait ses preuves depuis 1995 et Le pardon. Ça tombe bien, A l’abri de tout soupçon reprend le héros de ce premier roman, Jack Swyteck. Un avocat, comme l’était l’auteur avant de se lancer dans l’écriture.
Quand Jack est appelé à défendre Jessie, une ex-petite amie, contre des assureurs, il ne se doute pas de l’engrenage qui l’attend. Il gagne facilement le procès, mais se rend compte qu’il a été grugé. Pire: Jessie est retrouvée morte dans la baignoire de Jack. La suite passe par la découverte des secrets de la jeune femme, l’implication de la mafia russe, des trafics douteux… Bref, un thriller psychologique qui n’a rien de révolutionnaire, mais se révèle idéal pour les soirs d’hiver. Avec, de plus, l’inévitable surprise à la découverte de l’identité de l’assassin.

EB / 6 janvier 2005



Pauline Guéna
LE FLEUVE
Robert Laffont

Premier roman de la jeune Pauline Guéna (28 ans), Le fleuve est le livre d’une quête. Quête du passé, quête d’une femme aimée: le narrateur remonte le cours d’un fleuve, dans la jungle amazonienne, pour retrouver son amour passé. Il parcourt cette espèce de far-west, ce monde à part, loin de toutes lois, de toutes règles, jusqu’au territoire indien, habituellement interdit. Abreuvé d’histoires et de légendes, il tente de renouer les fils, entre orpailleurs, gargotes délabrés et sorcellerie.
Dans sa volonté de faire vivre ce voyage troublant, Pauline Guéna n’évite pas, çà et là, quelques lourdeurs de style, genre «le crépuscule nappe les alentours de la lueur bleutée dont je me souviens». N’empêche que son voyage dans ces ombres du passé ne manque pas de puissance et d’efficacité. Une nouvelle voix à suivre..

EB / 20 janvier 2005



Catherine Guillebaud
LA FILLE DU BAR
Seuil

Luce ressemble à tant d’autres jeunes femmes sans histoire. Employée modèle d’un bar parisien, elle mène une vie banale, mais cache des failles, issues de son passé. Une relation avec son patron va l’aider à se soulager du poids d’un ancien drame familial, pense-t-elle. Au point qu’elle peut annoncer fièrement: «Maman, j’ai rencontré quelqu’un.» Sans se douter que la frontière entre le bonheur et le drame peut être fragile.
Dans son troisième roman (en deux ans), Catherine Guillebaud poursuit dans sa voie, avec son style épuré et sa façon de se pencher sur l’apparente banalité. Surtout, La fille du bar se présente comme un portrait fouillé d’une jeune femme cachant ses fêlures sous le vernis d’une existence bien lisse. L’air de rien, Luce prend corps, et l’on en vient à partager ses inquiétudes, sa peur de s’engager, son espoir de trouver enfin la lumière.

EB / 26 août 2004



Guillevic
LE LIVRE DE COMBAT D'UN POÈTE
Seghers

Dans l’œuvre du poète breton Guillevic, décédé en 1997, les recueils de l’immédiat après-guerre sont généralement considérés comme mineurs. Lui-même les regardait avec sévérité, évoquant une période de «basses eaux» de son inspiration. En rééditant Terre à bonheur, les Editions Seghers prennent le parti
de remettre en lumière cette période de sa création, dans la version que l’auteur a révisée en 1985.
Ce volume, augmenté d’intéressants manuscrits inédits, rassemble deux recueils: Envie de vivre (1951) et Terre à bonheur (1952). Guillevic les a réunis en 1985, après avoir retranché certains poèmes, retravaillé les autres pour gagner en concision. Ils témoignent d’une époque militante: en 1942, Guillevic adhère en effet au Parti communiste, qu’il quittera après avoir appris les atrocités staliniennes.
Comme l’écrit Bertrand Degott dans la postface, «le citoyen a pris le pas sur le poète, et c’est en cela que le Guillevic des années cinquante diffère du Guillevic d’avant-guerre ou de celui des années quatre-vingt». Envie de vivre et Terre à bonheur sont ainsi des «livres de combat»: «Tout ce que j’ai vécu / M’apprend l’heureux combat / Contre le poids / Pour le bonheur.» Les titres des poèmes sont aussi révélateurs: Urgence («C’est urgent, c’est urgent, il y a trop de sang»), La guerre atomique, Une exécution…
S’il n’atteint pas les sommets de Terraqué (1942), de Carnac (1961) ou de ses derniers recueils (Du silence, 1995), Guillevic demeure, même lorsque la création est difficile, un poète d’une force rare. Avec une attention au réel qui vient rappeler, avec le refus du lyrisme qui le caractérise, la beauté du monde: «La terre / Est mon bonheur.» Surtout, ces poèmes conservent une étonnante actualité, la «douceur des mots» et des bonheurs quotidiens butant toujours contre les horreurs: «Car on tue dans le monde / Et tout massacre nous vieillit.»

EB / 5 février 2004



Claude Gutman
LES ASSISES
Seuil

Alerte quinqua engoncé dans son quotidien de médecin, Denis Bertrand voit le monde s’écrouler lorsqu’il est convoqué aux assises en tant que juré. A-t-il vraiment autorité pour juger crimes passionnels et meurtres sordides? Saura-t-il faire preuve de discernement à l’heure du verdict? Autant d’angoisses qu’il partage avec Christine, elle aussi jurée.
Au fil des séances, Christine et Denis se trouvent des intérêts communs, sèchent les délibérations, flirtent dans les rues de Paris. Rongé par le remords, Denis se projette alors dans le box des accusés et instruit son propre procès. Après tout, n’a-t-il pas lui aussi fauté et perverti les faits pour dissimuler son égarement à sa femme? Dès lors, les interventions des avocats, les confidences des prévenus et les considérations des jurés revêtent un désagréable double sens.
A la fois vaudeville et quête introspective, Les Assises n’innovent pas vraiment, mais la spontanéité de la plume de Claude Gutman donne une couleur revigorante à cette tranche de vie bien ordinaire.

EB / 8 avril 2004



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