
Classement des disques
par rapports aux auteurs

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Muriel Jolivet
Tokyo memories
Antipodes |
Le Japon est l’un de ces pays qui réussit à remplir un imaginaire par sa seule évocation – en bien ou en mal. Et les clichés ont tendance à s’y allonger comme un nez de bois. Mais voilà, qu’est-ce qui s’avère? Qu’est-ce qui tient du phantasme? Ville tentaculaire qui s’exhibe en étages, Tokyo contient tous les possibles et réunit plus de 12 millions d’habitants (soit presque 14000 au kilomètre carré…). Autant d’histoires, de mémoires, de quotidiens.
Dans Tokyo memories, la sociologue française Muriel Jolivet (qui y vit depuis 1973) et ses élèves japonais ont suspendu quelques instantanés, le temps d’une humeur ou d’une petite réflexion. Ils dévoilent l’intimité d’un pays, riche de ses moments de béton, du banal enchaînement des couloirs du métro, de ses habitudes, du temps qui passe. Ce livre, c’est tout cela, un mélange de regards et surtout un enrichissant voyage derrière les façades.
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Serge Joncour
QUE LA PAIX SOIT AVEC VOUS
Flammarion
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Une solitude
comme tant dautres, dans ce drôle de début de
siècle. Une nouvelle guerre débute en Irak, que le
narrateur suit sur son écran télé. Alors que
celle dil y a soixante ans hante encore ce vieil immeuble
du Marais, à Paris, et ses habitants. Voilà notre
homme troublé par différents bruits, dans lappartement
voisin, quil croyait inhabité. Ou par les travaux de
rénovation qui sannoncent.
Au fil des rencontres, Serge Joncour crée un univers où
règnent une inquiétude sourde, un monde de mélancolie
et dangoisse diffuse. Avec des va-et-vient entre cette vie
intime, cette existence fermée sur elle-même et les
remous de lhistoire, de lactualité. Roman intense,
Que la paix soit avec vous suit ainsi les pensées et les
jours de cet esprit bousculé dans son apathie, où
sinscrit le désespoir daujourdhui: «Une
guerre, ça donnerait une cohérence à ce mélange
de manque et damertume quest ma vie. Le chaos, cest
le bain rêvé des âmes noyées, enfin je
me sentirais à ma place.»
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Grégory
Jarry
LOS
DU GIGOT
Ego
comme X
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Etrange
livre que cet Os du gigot de Grégory Jarry. Etrange parce que
ce roman-photo mêle autobiographie et témoignages. Etrange
aussi dans sa construction décousue et dans le dialogue qui
sinstaure entre lauteur-photographe et ses intervenants.
Etrange enfin parce quil laisse parler les gens. Et invente
un genre: la «photobiographie».
Après quelques pages autobiographiques dun intérêt
moindre, louvrage prend son envol lorsque Grégory Jarry
fait parler les personnes dun certain âge. Les anecdotes
se suivent alors, profilant une galerie de portraits ordinaires, forte
dauthenticité. Et lon sort de cet excellent ouvrage
riche de ces rencontres, drôles et émouvantes, manipulé
peut-être. Quimporte! Si toute vérité vaut
pour celui qui la dit, elle vaut aussi pour celui qui la croit.
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Jaurès
Rallumer tous les soleils
Omnibus
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En abordant
ce recueil de textes, linterrogation de Jacques Brel simpose
à chaque ligne: «Pourquoi ont-ils tué Jaurès?»
Oui, pourquoi? Tribun du socialisme et magnifique prosateur, humaniste
profond, lhomme était aussi pacifiste et sopposait
à la Guerre de 1914
Voilà son erreur.
Présenté par Jean-Pierre Rioux, Rallumer tous les
soleils, par son titre même, rappelle le côté
utopiste de Jaurès, cette foi en lhomme qui va pourtant
le trahir. En parcourant la formation intellectuelle et la vision
politique qui ne se contente pas dêtre celle
dune gestion de la res publica le recueil suit dabord
lévolution dune pensée en ébullition
à lécoute de sa société. Et son
questionnement permanent est souvent encore actuel: sur Dieu, la
laïcité, la liberté, la justice. Histoire de
rappeler aussi que lEtat ne doit pas se faire contre lhumble,
contre lautre, mais bien avec lui. Rien que pour cela, il
faut «rallumer tous les soleils».
«Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître, pourquoi
ont-ils tué Jaurès?»
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Régis
Jauffret
ASILES DE FOUS
Gallimard
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Cest
lun des romans très attendus de la rentrée littéraire.
Avec Asiles de fous, Régis Jauffret poursuit une uvre
sombre, désabusée, avec une langue dépouillée
et dune puissance folle. Auteur dune douzaine de romans,
dont les extraordinaires Clémence Picot, Univers, univers ou
encore Histoire damour, il confirme surtout quil figure
parmi les écrivains français les plus intéressants
du moment.
Une fois de plus, on reste épaté par son art de lexploration
psychologique, par sa façon aussi de lier exigence et fluidité.
Rien napparaît jamais simple chez Régis Jauffret,
mais on se laisse à chaque fois happé par le style.
Lhistoire, elle, nest pas compliquée: dans Asiles
de fous, un couple se sépare. Ou plutôt: Damien quitte
Gisèle, mais il a confié à son père la
mission de lannoncer à la jeune femme. Cette histoire,
Régis Jauffret la fouille, changeant de narrateur et de point
de vue pour mieux la creuser jusquà los.
Avec froideur, se rapprochant peu à peu dune folie bien
ordinaire, les différents narrateurs balancent leurs vérités
sur les couples, sur lamour («Gisèle souffre, car
elle croit à lamour») ou sur la maternité:
«A sa naissance, jai flanqué à la gueule
de Damien tout mon amour comme une paire de claques. [
] Amour
lourd, infernal, que lamour dune mère. Enfants
endettés jusquau cou dès la conception.»
Cest dur, cruel, magnifique, parfois dun humour noir ravageur,
avec une chute parfaite. Avec aussi des phrases dune efficacité
terrible, comme celle qui donne son titre au livre: «Vous avez
dû trouver cette famille étrange, mais plus encore que
les histoires damour, toutes les familles sont des asiles de
fous.»
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Philippe Jaccottet
DAUTRES ASTRES, PLUS LOIN, ÉPARS.
POÈTES EUROPÉENS DU XXe SIÈCLES CHOISIS
Favre
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Pour tout amateur
de poésie, ce livre est une merveille. Après Une constellation,
tout près, qui réunissait des auteurs français,
Philippe Jaccottet a réuni dans Dautres astres, plus
loin, épars, les plus grands poètes européens
du XXe siècle. Parmi ces 37 voix se trouvent des noms aussi
célèbres que Rilke (dont Jaccottet donne une traduction
inédite des deux premières Elégies de Duino),
Yeats, Trakl, Ungaretti, Pessoa, T.S. Eliot, Pasternak, Mandelstam,
Montale, Garcia Lorca, Borges ou encore Celan.
Si le choix démontre les inclinaisons de Jaccottet (dans
sa préface il explique notamment son attrait pour les poètes
italiens), il révèle surtout son extraordinaire ouverture.
On trouve en effet dans cette anthologie aussi bien des poètes
allemands, anglais, italiens et espagnols que des textes traduits
du russe, du tchèque, du hongrois, du grec
Aussi différents soient-ils, tous ces poèmes ont en
commun un refus de la grandiloquence, une justesse de ton et de
voix que Philippe Jaccottet a par ailleurs toujours recherchés.
Ce qui nempêche pas la puissance, bien au contraire,
comme dans les poèmes de Trakl, de Christine Lavant ou dOssip
Mandelstam, qui disent la douleur, langoisse. Ailleurs, cest
la simplicité émouvante des images qui fait vibrer,
comme dans ce poème de Sandro Penna: «Revient une pensée
damour / dans le cur las, comme / au crépuscule
dhiver / lenfant face au soleil / revient à la
maison.»
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Isabelle Jarry
J'AI NOM SANS BRUIT
Stock
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Elle
était poète, amoureuse des mots, mère attentive.
Elle a tout perdu: Philippe, le père de sa fille, est décédé.
Elle se retrouve à la rue, son enfant lui est enlevée
par lassistance sociale. Marie décide de se battre: elle
se rend dans une maison abandonnée, appartenant à la
famille de Philippe. Elle veut la remettre en état, se met
à ranger, nettoyer, couper du bois
Jai nom sans bruit est le livre de ce combat. La narratrice
veut sen sortir, récupérer sa fille, garder sa
dignité malgré les nuits passées sur un banc.
Avec finesse et sensibilité, Isabelle Jarry suit cette battante,
qui perd même lusage des mots. Dun style sobre,
elle fouille profondément les sentiments, parvient à
toucher et à rendre prégnante la sensation dabandon
que connaît un SDF. Ou lattachement dune mère
pour sa fille. Doù lempathie du lecteur, qui a
limpression de vivre cette déchéance comme cette
lutte pour retrouver la lumière.
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IRIS JOHANSEN
Sous
les traits du mensonge Belfond
Belfond

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| Il
est tard dans cette banlieue américaine et Mandy fait suer
Eve Duncan à grosses gouttes. Mandy? Cest le sobriquet
qua trouvé le «sculpteur-légiste»
à ce crâne denfant qui lutte pour préserver
lanonymat de sa fin tragique. Lirruption de Logan vient
troubler ce calme relatif. Linquiétant politique propose
un marché à la jeune femme: un crâne dadulte
calciné contre la sépulture de sa fille, assassinée
par un tueur en série. Cette besogne amènera Eve dans
les arcanes de la politique made in US. La quête commune de
Logan et dEve ne va pas tarder à se parsemer de cadavres.
Inutile den dévoiler davantage pour affirmer que Sous
les traits du mensonge est un thriller politique de très bonne
facture. Même si Iris Johansen nous donne trop vite les clefs
de l'énigme et laisse parler les rafales de fusils automatiques.
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Jennifer Johnston
CECI N'EST PAS UN ROMAN
Belfond
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«Il
est convaincu, comme létaient mes deux parents, que Johnny
sest noyé le 17 septembre 1970. Voilà bientôt
trente ans.» Imogen, la narratrice, refuse pour sa part de croire
que son frère ait pu disparaître dans les flots. Naurait-il
pas plutôt fui sa famille? Elle se met à fouiller le
passé, rouvre des fêlures. Elle revient ainsi à
son séjour en clinique psychiatrique, à larrivée
de Bruno, ami de Johnny dont la jeune fille était amoureuse,
remonte encore plus loin dans lhistoire familiale.
Dans Ceci nest pas un roman, lIrlandaise Jennifer Johnston
fait montre dun art magistral de la construction. Elle navigue
entre les époques, sans perdre sa fluidité. Et se penche,
comme lindique le titre, sur les liens entre fiction et réalité.
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