
Classement des disques
par rapports aux auteurs

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Eric Valmir
TOUTE UNE NUIT
Robert Laffont
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Lhistoire
est banale: un couple a été rattrapé par la routine.
La forme, elle, est plus originale. Toute une nuit suit les pensées
de lun puis de lautre, heure par heure, le long dune
nuit dinsomnie. Au bord de la rupture, ils revivent leur histoire
et lon découvre peu à peu les failles, les tromperies,
les mensonges, les ressentiments qui les rongent.
Le plus épatant avec ce premier roman reste toutefois la finesse
dobservation. Journaliste, Eric Valmir fait preuve dune
ironie réjouissante et dune constante précision
dans ses descriptions des difficultés à communiquer
ou des petits riens qui étouffent lamour. Ou encore de
ses réminiscences et souvenirs, passant souvent par des chansons,
quelles soient de Murat ou dArt Mengo. Ce qui prouve quEric
Valmir, en plus de son talent décrivain, a bon goût
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ZOÉ VALDÉS
Miracle à Miami
Gallimard

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Zoé
Valdés quitte son éditeur de toujours, Actes Sud, pour
Gallimard. Du coup, la romancière cubaine abandonne propos
grossiers et autres histoires de c
dans lesquels elle
avait sombré pour un renouveau total. Avec Miracle à
Miami, elle se lance pour la première fois dans une histoire
basée sur des faits réels. Fini ses écrits alibis
afin dépancher son mal-être.
Pour parler dune femme qui devient top model sans le vouloir,
mais qui paie le prix fort pour cette célébrité,
Zoé Valdés a changé de langage. Structuré,
direct. Entre tragédie et comédie, elle plante un décor
surréel. Dans cet univers fou se croisent entre autres
Tendron Mesurat, un détective privé parisien,
Abomino Dégueu, un médiocre photographe italien, et
Fausse Univers, une mystificatrice jalouse et siliconée. Le
tout dans une ambiance dondes maléfiques, de sorcellerie
et de visions.
Rien, donc, qui ne ressemble aux précédents ouvrages
de Zoé Valdés. Extrait: «Il ferma les yeux, le
monde sécroulait et le grillage craqua en se dérobant
sous ses pieds. Aussitôt, un éclat blanc et froid lui
glaça les sangs sous sa peau crevassée. Pétrifié,
il sentit quil se métamorphosait en statue de givre,
son cur lentement se craquelait tandis que la peur vrillait
son crâne.»
Dans cette étrange affaire, lauteure se joue des genres
tout en entretenant le suspense à la manière dun
polar. Déroutant autant que festif. Et puis, il y a cette âme
cubaine mélange dexubérance, dimaginaire
et de croyances dont lécrivain exilée a
(enfin) gardé le meilleur.
Mais derrière le côté rocambolesque de Miracle
à Miami, le vrai miracle est celui de lhonnêteté
et de la beauté intérieure. En plus dun retour
à une écriture plus sophistiquée, Madame Valdés
se voudrait-elle morale? En tout cas, cela ne lui porte pas préjudice.
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Fernando Vallejo
LA RAMBLA PARALELA
Belfond
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Après
le coup de tonnerre suscité par La Vierge des tueurs, cest
un Vallejo plus acerbe et plus provocateur encore qui nous revient
avec La Rambla paralela. On retrouve ainsi avec délice cet
«homme en guerre», comme il aime à se définir,
«en guerre contre le monde parce quil nest pas en
paix avec lui-même». Ni avec ses semblables dailleurs.
Rien ni personne ne semble trouver grâce à ses yeux:
une politique corrompue et laxiste, une société perdue
entre décadence et puri-tanisme, un clergé hypocrite
et surtout inutile... Seuls quelques souvenirs denfance viennent
atténuer la noirceur et le nihilisme de ses propos.
Pourtant, Vallejo ne succombe à aucun effet de mode. Flirtant
avec lautobiographie, il se démarque par un style inédit,
qui se joue des conventions et explore des facettes méconnues
de la langue et de la syntaxe. Et cest là tout le talent
de lécrivain colombien: la plume semble facile mais elle
cache une extraordinaire créativité.
Tout entier absorbé par la fureur narrative, on en vient presque
à oublier le synopsis et les pérégrinations de
cet écrivain égaré à la Foire du livre
de Barcelone. Trahi par lâge, par labus dalcool
et par son cur, le vieil homme se perd dans les méandres
de sa mémoire. Lieux, époques, personnages et souvenirs
se diluent dans une incroyable hallucination.
On saisit dès lors toute létendue des mots de
Vallejo qui avoue calquer son écriture sur le cours d«un
rio colombien»: furieux, sauvage, imprévisible. Une uvre
à part, déboussolante, à découvrir au
plus vite.
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JEAN VEUILLEUMIER
La
manipulation
L'Age
d'Homme

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| Depuis
Le mal été en 1968, Jean Vuilleumier est lun des
écrivains les plus réguliers de Suisse romande. Dans
la qualité aussi: La manipulation illustre sa thématique
favorite, la difficulté de se situer au sein de la société.
Et sinscrit dans une uvre que Vuilleumier poursuit avec
une rare cohérence. Ces êtres décalés sont
ici des anarchistes entraînés dans un enlèvement
qui vire au drame. La finesse de lécrivain genevois,
son style sans fioriture et une habileté indéniable
même si le changement de narrateur est assez classique
donnent à son récit une limpidité qui
rend plus évidente la charge dramatique.
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Nicolas Verdan
LE RENDEZ-VOUS DE THESSALONIQUE
Bernard Campiche
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Il
se dégage une atmosphère étrange de ce premier
roman du journaliste vaudois Nicolas Verdan. Par la description des
paysages, par la relation irrationnelle qui lie le narrateur à
son ami Themis, Le rendez-vous de Thessalonique dépasse le
simple récit réaliste. Au fil dun voyage de la
Suisse vers la Grèce, les questionnements se multiplient. Pourquoi
Lorenzo a-t-il abandonné son épouse et son cabinet davocat
pour aller à la recherche de Themis, journaliste parti enquêter
sur le passage de réfugiés clandestins albanais? Que
recherche-t-il dans ce périple?
Le voyage se mue rapidement en quête intérieure puis
en descente vers le désespoir. Cette trajectoire, Nicolas Verdan
la retrace dun style sec, qui rend encore plus prégnant
le désenchantement. Même dans les descriptions dune
Grèce quil connaît fort bien (puisquelle
est sa deuxième patrie), le jeune écrivain reste dans
ce registre désabusé. Une réussite et un bref
roman très soigné malgré une fin un brin convenue.
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Philippe Vilain
L'ÉTÉ À DRESDE
Gallimard

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«Pourquoi
faut-il que de livre en livre je macharne à raconter
ma vie?» écrit Philippe Vilain. Parce que «la fiction
[
] me paraît artificielle lorsquelle touche à
ma propre histoire», explique-t-il. Cette fois-ci, après
notamment le récit de la vie auprès dun père
alcoolique (La dernière année, 1999), il nous entraîne
dans une relation avec une fille beaucoup plus jeune que lui, venue
de Dresde.
Demblée, le narrateur ne paraît pas convaincu par
leur histoire. Dans les phrases dune parfaite sobriété
de Vilain perce comme la tristesse des peines à venir. Il nimaginait
toutefois pas connaître une telle douleur: «Le pire nest
sans doute jamais ce qui arrive, mais ce qui échappe à
limagination, à lordre du prévisible.»
Même sil affirme écrire sa propre histoire, Philippe
Vilain ne tombe jamais dans le narcissisme. Il lui préfère
la pudeur et le tact, qui participent à la réussite
du roman.
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PATRICK VILLEMIN
Jeux
dombre
Calmann-Lévy

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| Jérôme
Buisson sennuie. Chômeur solitaire, il décide de
pimenter sa vie en envoyant des lettres anonymes à des inconnus.
Des compliments dabord, adressés à des femmes
quil na jamais vues, puis des insultes qui cherchent à
venger son humiliation dobèse. Il devient LOmbre,
sans se douter quil entre dans une spirale dont il sera bien
difficile de sortir. Jeux dombre, deuxième roman de Patrick
Villemin, transcrit parfaitement cette impression dengrenage.
Partant dune idée simple, laction se développe
avec une belle maîtrise de lart des rebondissements. Et
la tension croît, jusquau cruel dénouement, qui
laisse une part de mystère, et une certaine tristesse, le lecteur
finissant par épouser les obsessions de Buisson.
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PIERRE VOÉLIN
La
nuit accoutumée
Zoé

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«Pourquoi
des poètes en temps de détresse?» demandait Hölderlin.
Pierre Voélin y répond à sa manière, dans
La nuit accoutumée, suite de méditations en prose, brèves
et incisives. «La poésie est là pour rendre le
monde habitable», écrit-il. Loin de la tradition mallarméenne,
il estime que «la littérature ne va pas vers le Livre
mais vers le monde». La poésie dans le cours de lhistoire,
y compris dans ce quelle a de plus terrible: lombre dAuschwitz,
du goulag ou des drames actuels, sétend sur ce livre
comme sur toute luvre de Voélin.
La plume acérée pour fustiger limmobilisme de
la Suisse ou la toute-puissance de léconomie, Pierre
Voélin se montre en poète qui observe le monde. Toujours,
il choisit les mots justes et forts. Çà et là
pointent aussi des hommages aux poètes exemplaires, Mandelstam,
Rimbaud, Umberto Saba ou Jaccottet.
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Alexandre Voisard
L'ADIEU AUX ABEILLES
Bernard
Campiche Editeur
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Luvre
dAlexandre Voisard, né à Porrentruy en 1930, oscille
entre poésie et textes en prose. Ses derniers recueils illustrent
ces deux versants de son uvre avec Ladieu aux abeilles,
qui rassemble sept nouvelles, et les poèmes de Fables des orées
et des rues.
Les deux ouvrages démontrent toutefois que Voisard demeure
avant tout poète. Ses nouvelles révèlent ainsi
un soin de la langue, une pertinence du mot choisi qui lui permet
de transcender même une anecdote banale comme Après vous,
une simple histoire drôle. Jamais toutefois le langage ne devient
jeu gratuit ou exercice de virtuosité.
Dans ces instants de vie qui forment Ladieu aux abeilles, Voisard
se révèle parfois particulièrement touchant.
Cest le cas par exemple dans la nouvelle qui donne son titre
au recueil, belle histoire damour entre un apiculteur et sa
femme. Lamour aussi pour ces abeilles qui apportent au vieil
homme «un bonheur simple et enfantin comme un bonbon fondant».
De même, dans La convive, Gilbert poursuit au-delà de
la mort un dialogue auprès de son épouse défunte,
parce que «cest ainsi que la vie passe, la belle vie,
dans un dialogue qui nen finit pas, avec les anges, les vrais
anges quon a croisés sur sa route et quon a pris
une fois par la main
».
Alexandre Voisard sait toutefois aussi se montrer espiègle.
Fables des orées et des rues démontre que la légèreté,
en poésie, nempêche pas la qualité. Le titre
est révélateur: dans ces courts poèmes, La Fontaine
nest parfois pas loin, allégé de tout moralisme.
On y croise un laboureur et ses enfants, qui «dessinent / des
fruits qui ne verront jamais le jour», et de nombreux animaux,
loups, moutons, oiseaux, chats, ou encore «lhomme qui
a vu lours». Souvent sentendent aussi des échos
de proverbes, de dictons, daphorismes.
Là encore, si la poésie se fait légère,
elle nest pas vide pour autant. Voisard y démontre une
nouvelle fois une admirable attention aux choses, au «craquement
de branche» ou au «bruissement de feuilles», au
pissenlit, au lierre ou à la pivoine. Une présence au
monde qui demeure essentielle: «Il nest plus temps de
fredonner / sous le velours des dictons rapiécés / il
y a lieu enfin dêtre ici».
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JEAN-BERNARD VUILLÈME
Face
à dos
Zoé

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| Ce
matin-là, quand H.F. se rend à son travail il
est chef de ventes dune fabrique de papier hygiénique
il est surpris par les souliers dune femme, lun
rouge, lautre noir. Dès lors, plus rien ne compte: il
la suit, annulant tous ses rendez-vous. Mais il ignore que lui-même
est suivi par un détective misanthrope. Cet étrange
face-à-dos amène les deux suiveurs à sinterroger
sur leur existence. Le Chaux-de-Fonnier Jean-Bernard Vuillème
est un habitué de lironie, doublée dune
fine observation de la société. Avec un humour qui se
révèle ici tour à tour raffiné ou scatologique.
Loriginalité du sujet nempêche toutefois
pas une certaine monotonie. Comme les marcheurs, les mots tournent
parfois à vide. Et malgré la pirouette finale, le lecteur
reste un peu sur sa faim.
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