Classement des disques par rapports aux auteurs


MADELEINE WICKHAM
Drôle de mariage
Belfond

Chaque membre de la famille Havill efface sa personnalité sous des faux-semblants. Tous paraissent nager dans le bonheur. Il suffira d’un imprévu pour déstabiliser cette harmonie et les forcer enfin à se découvrir. Milly n’avait pas imaginé rencontrer pareilles difficultés lorsque, à dix-huit ans, elle se marie en secret avec un ami américain et homosexuel. Juste pour rester en Angleterre. Dix ans plus tard, elle veut se remarier avec l’homme qu’elle aime. Elle dévoile son secret. Les ressentiments soigneusement tus jusqu’ici remontent à la surface. Satire sociale de la petite bourgeoisie anglaise, ce roman soulève les problèmes de l’homosexualité, du mariage blanc, des mensonges et du ridicule du conformisme. Sous un abord assez léger, il conduit quand même à quelques réflexions. Un parfait scénario pour Hugh Grant et Meg Ryan…
LyC / 22 mars 2001


François Weyergans
TROIS JOURS CHEZ MA MÈRE
Grasset

Ces dernières années, la question revenait à chaque rentrée littéraire: aura-t-on le nouveau Weyergans? L’auteur de Franz et François n’avait rien publié depuis 1997. On disait qu’il n’arrivait pas à finir son nouveau roman. Du coup, tout le monde a été surpris par la sortie de Trois jours chez ma mère. L’histoire est celle d’un écrivain, François Weyergraf, qui n’arrive pas à finir un roman intitulé Trois jours chez ma mère… Et le bougre a l’air de s’étonner: «On croit toujours que c’est moi dans mes livres.»
Avec légèreté et humour, François Weyergans s’amuse de ce type de jeu et de mise en abyme. Jusqu’à nous perdre avec délice dans un labyrinthe romanesque tour à tour léger, grave et tendre, centré sur la figure de la mère âgée du narrateur. Un brin agaçant quand il pousse son jeu de gigognes un peu loin ou qu’il s’attarde sur les frasques érotiques de son narrateur, Trois jours chez ma mère reste un excellent roman désabusé, entre divagations et ironie, où Weyergans se faufile entre les thèmes les plus divers avec une aisance impressionnante.

EB / 3 novembre 2005



KEN WOOD
La peau de Sharon
Payot Suspense

Qui veut La peau de Sharon? Cette jeune femme a quitté le domicile de son mari, persuadée qu’il allait la tuer. Le lendemain, c’est lui que l’on retrouve assassiné. Sharon se retrouve au centre d’une machination organisée par les services américains les plus secrets. Au fil de sa cavale sanglante, elle se rend compte que le complot vient de très haut. Sous le pseudonyme de Ken Wood se cache un ancien directeur d’une grande maison de presse romande, qui signe là son premier thriller. Avec la maîtrise des règles du genre et une jubilation évidente: La peau de Sharon se place dans la tradition du polar américain, avec ses magouilles politiques, sa violence, son suspense. Et une habileté à mener l’intrigue qui permet de faire oublier les invraisemblances.
EB / 17 février 2000


MADELEINE WICKHAM
La madone des enterrements
Belfond

Cette comédie grinçante a ce qu’il faut pour distraire. Un ton sans fioritures et une intrigue pas trop savante. L’héroïne, Fleur, est une meneuse d’hommes qui s’en sert et en vit avant de disparaître. Cette croqueuse de diamants, qui sera prise à son propre jeu, a sa technique d’approche: repérage des proies, de riches veufs, dans les rubriques nécrologiques, puis le grappin dessus. La madone des enterrements a le mérite de dire les mesquineries de la bourgeoisie provinciale anglaise. Certes, ce milieu et ses petitesses plus ou moins dissimulées est un thème bateau, mais inépuisable si on s’en amuse, l’air de rien. Et Madeleine Wickham a réussi à ne pas prendre trop au sérieux son sujet. Pourquoi pas?
CE / 9 mars 2000


LAURE WYSS
Avant que la mer ne se fige
(traduction Anne Cuneo)
Bernard Campiche

Christine Vasa, reine de Suède, Stockholm 1626 - Rome 1689. Pour beaucoup, cette femme d’exception du XVIIe siècle n’est qu’une illustre inconnue. Bien que la bougresse n’ait pas mis tous les atouts de son côté pour passer à la postérité, il est plus qu’intéressant de faire sa connaissance. C’est à quoi nous convie la célèbre journaliste et écrivain alémanique Laure Wyss, née en 1913, dans Avant que la mer ne se fige. La jeune Christine monte sur le trône de Suède à l’âge de 18 ans, après avoir été nommée, à 6 ans, héritière virtuelle au moment où son père, Gustave II Adolphe, meurt sur un champ de bataille allemand de la guerre de Trente Ans. Très tôt entrent ainsi en scène les trois éléments qui s’imposeront dans la vie de Christine: la religion, la guerre et le pouvoir. Son destin de souveraine pourrait être exceptionnel, car elle exerce d’emblée son métier avec une grande autorité naturelle. Mais, à la stupéfaction générale, Christine choisit d’abdiquer, après tout juste dix ans de règne. Dans la foulée, elle quitte son pays pour voyager longuement en Europe centrale et se convertit, elle la luthérienne, au catholicisme. Voilà qui résume une femme à la nature complexe. D’ailleurs, la Suède de son époque comme les générations suivantes sont restées perplexes devant cette drôle d’équation: notre reine nous quitte sans avoir engendré une succession directe et, acquise à l’Eglise catholique, rejoint Rome? De quoi en laisser plus d’un pantois, que ce soit d’admiration, d’incrédulité ou d’indignation. Bien sûr, la reine Christine ne peut être résumée à cette image de comète fulgurante et provocante. Laure Wyss tente de décrypter, avec un talent certain, les différentes étapes et autres paramètres qui auront pu amener la jeune Christine Vasa à des déterminations aussi radicales. Comme tout le monde, notre héroïne n’était pas faite tout d’un bloc, mais composée de nombreuses facettes, brillantes, fascinantes ou intrigantes. C’est peut-être aussi en référence à cela que l’auteure a choisi de sous-titrer son ouvrage «fragments sur la reine Christine». Mais c’est aussi là où réside le défaut de l’édifice. A force de ne pas vouloir se limiter à la seule retranscription historique, de vouloir y ajouter une mise en perspective sous forme de va-et-vient entre le XVIIe siècle et nos XXe et XXIe siècles – quelles leçons aurons-nous retenu de l’histoire? – Laure Wyss nous fait un peu perdre la tête. Mieux vaut alors aborder cet ouvrage non comme une somme à lire d’une traite (l’exercice peut s’avérer périlleux), mais s’en emparer comme d’un kaléidoscope à multiples possibilités d’accès et de vision.
Sylviane Equey / 12 juillet 2001