Classement des disques par rapports aux auteurs



Florian Zeller
JULIEN PARME
Flammarion

Gueule de play-boy et chevelure au vent, Florian Zeller a de quoi séduire les midinettes et agacer les intellectuels. Au-delà de cette caricature de jeune homme bien lisse, l’écrivain a su convaincre en 2004, quand il a remporté le Prix Interallié avec La fascination du pire. Dans Julien Parme, il se met dans la peau d’un adolescent de 14 ans, qui veut devenir écrivain. Ce brave Julien raconte son aventure: une fugue dans la nuit parisienne, où les anecdotes les plus banales deviennent épisodes extraordinaires.
Très vite, on pense à L’attrape-cœurs, mais la comparaison apparaît bien flatteuse pour Zeller. Si son roman ne manque pas d’humour et d’ironie, on reste loin de la puissance et du parfum de liberté qui animent celui de Salinger. Le choix d’une langue proche de l’oralité permet certes un intéressant exercice de style, mais on ne dépasse guère le registre sympathique.

EB / 24 août 2006



Claude Zurcher et Richard Charrier
FLIPS BOOKS Nos 5 ET 6: MARIE ET LIVING
Olga Editions

Nouveaux épisodes des flippantes et cinétiques aventures de la belle Olga: Marie et Living s’agitent comme leurs prédécesseurs, de bas en haut, entre deux doigts. Deux doigts pour créer le mouvement, son illusion du moins: les images se poursuivent et se raccrochent pour que s’enchaînent les situations créées ou reprises par Claude Zurcher et Richard Charrier. Comme un petit cinéma de poche.
Il y a Marie l’indolente, «filmée» presque en aparté, comme un instant de vie pris à la sauvette. Une taffe, une main dans les cheveux, les gestes lents, presque pesants des moments où l’on se retrouve face à soi, sans masque, sans fard. A l’arrière, de l’autre côté, l’image cède le pas au texte. Qui lui-même fournit d’autres images, mentales cette fois. En l’occurrence une nouvelle inédite de Claude Zurcher. Une histoire d’amour, bien sûr.
Avec Living, on entre dans l’intimité des lieux d’habitation. D’un côté on détruit, de l’autre on vit, simplement. A Genève, New York ou Paris. On résiste comme on peut à la poussière extérieure.

RM / 17 juin 2006



Neil Zawacki
COMMENT DEVENIR UN GÉNIE DU MAL
Hors Collection

Vous rêvez de conquérir le monde? De dominer les masses soumises et laborieuses? De devenir, simplement, un dieu? D’être au monde ce que le Viagra est à l’homme: le symbole ultime de la puissance? Oui, mais vous ne savez pas comment faire: votre rire ne possède pas de relief caverneux, vous habitez chez vos parents, vous aimez porter des collants moulants réhaussés d’une cape ridicule. Ne désespérez pas! Grâce à Neil Zawa-cki, vous allez enfin apprendre à devenir un être craint et respecté (principalement craint d’ailleurs).
Comment devenir un génie du Mal est LE guide pratique pour tous ceux que les forces du Bien rebutent. C’est surtout un petit livre bien utile pour préparer son plan de carrière dans le côté obscur. Neil Zawacki a réuni ainsi les expériences de dizaines de génies mal… heureux, principalement de ceux qui ont eu à combattre les hordes bénéfiques de super-héros. De ces épreuves, il tire un catalogue délicieusement décalé et ironique de choses à faire et à éviter. La principale? Ne jamais dévoiler un plan à un ennemi que l’on tient à sa merci! Jamais!

RM / 1er juin 2006



DANIEL ZUFFEREY
Les entrailles du Christ-Roi
L'Aire

La littérature romande a «son» auteur de thrillers! Avec Les entrailles du Christ-Roi, son troisième roman, c’est le monde de l’immobilier que Daniel Zufferey aborde. Il campe – avec talent! – une série de portraits de requins aux dents longues, dont certains n’hésitent pas à tuer pour sauver leur peau… Cela est mis en scène dans le décor de Crans-Montana, l’auteur y mettant juste ce qu’il faut de couleur locale. Il peint aussi, dans un style franc, des oppositions entre la façade riante d’une station de sports d’hiver chic et les drames qui s’y nouent dans de peu reluisantes coulisses. Quant à l’intrigue, elle est bien ficelée, avec tout ce qu’il faut pour un thriller: des tonnes de suspense, quelques morts et un zeste de sexe, le tout sous la figure, à la fois rassurante et effrayante, du Christ-Roi.
DF / 7 octobre 1999


Yvette Z’Graggen
UN ÉTANG SOUS LA GLACE
'L’Aire

Il y a de la grisaille dans le très beau dernier roman d’Yvette Z’Graggen. Celle de la brume des souvenirs, qui se déchire lorsque la narratrice, âgée, retrouve un coin de sa ville qu’elle croyait ne pas connaître. Alors qu’elle y a passé dix jours marquants, il y a très longtemps, en 1933. Elle avait 13 ans. De cette grisaille jaillit un passé qu’elle a tenté d’oublier, ces deux drames qui se sont joués autour de l’adolescente qu’elle était alors, ignorante des choses de la vie.
Agnès descend dans sa mémoire et Yvette Z’Graggen trace ce douloureux voyage avec une pudeur et une sensibilité admirables. Ce roman intimiste touche par la justesse des descriptions, cette façon de décrire les sentiments teintés de naïveté d’une jeune fille qui découvre la sexualité, la violence, la mort.
Un étang sous la glace démontre avec tact que l’émotion se nourrit de retenue. Et que la grisaille, lorsqu’elle est aussi puissamment dépeinte, ne manque ni d’éclat ni de force.
EB / 21 juin 2003