Commentaire
Cessez de brasser de l’air!
CARDINAL Il y avait pourtant de quoi se réjouir! Pensez donc, les Suisses boivent de moins en moins de bière depuis vingt ans (baisse de 14 litres par personne, une paille!) et plusieurs hectares de surfaces immobilières vont s’ouvrir en plein cœur de Fribourg: deux nouvelles rassurantes, non? Eh bien, non! La fermeture annoncée de Cardinal à Fribourg n’a rien de rassurant! Ni sur le plan de la globalisation des marchés, ni sur la course aux rendements financiers, les deux principales raisons qui ont précipité la brasserie deux fois centenaire à sa perte. Depuis 1991 et son rachat par l’imprononçable Feldschlösschen, on sait la Brasserie du Cardinal en sursis. En vingt ans, la bière du lion a certes rugi, comme en 1996, lorsque 10000 buveurs de houblon descendaient dans la rue pour sauver leur «cardoche». Comme ils ont sauvé au même moment leur Gottéron! Car le Fribourgeois est frondeur et entêté. Mais de l’eau a coulé sous les ponts, les erreurs de gestion se sont succédé, les petits Suisses se sont mis à boire des shots de vodka ukrainienne et les investisseurs refusent que leur argent ne fructifie pas. Le monde change, les goûts changent, mais les règles de l’économie de marché subsistent: on ferme les entreprises qui ne rapportent plus à leurs actionnaires. Il n’y a rien de gauchiste dans ce constat (comme on a, à tort, l’habitude de qualifier les journalistes): juste une immense déception! Et l’arrière-goût d’un gigantesque gâchis. Hier, dix mille personnes dans la rue, aujourd’hui, dix mille «amis» sur Facebook! Le monde continue de changer, mais l’esprit mobilisateur des Fribourgeois va-t-il demeurer? Demain, seront-ils des centaines à manifester, à lutter pour rendre caduque cette décision si «irrévocable»? Pas un Fribourgeois ne veut croire à la mort annoncée de Cardinal. Mais, pour que l’usine continue de brasser de la bière, il va falloir que les pouvoirs publics cessent de brasser de l’air. Et qu’ils se retroussent les manches pour que Fribourg continue d’exister au milieu de cette Suisse qui l’ignore de plus en plus.
| 2 septembre 2010 |


