Disques

Miossec et Tiersen,
deux Bretons en ligne droite

 

Pour son septième album studio, Christophe Miossec s’est allié à un partenaire de choix: Finistériens est né d’une fructueuse collaboration avec Yann Tiersen.

 

 

Christophe Miossec: «Avec Yann Tiersen, quand on se met au boulot, on ne cause pas, on bosse.» Emmanuel Pain

 

Finistériens, ou la rencontre de deux Bretons, la fusion réussie de deux univers. D’un côté, Yann Tiersen, multi-instrumentiste plus écorché que ne le laisse supposer l’étiquette de compositeur de la bande originale d’Amélie Poulain. De l’autre, Christophe Miossec, plus tendre que ne le laisse supposer son image d’écorché teigneux.

Miossec trimballe une réputation de chanteur difficile, hargneux. Au bout du fil, d’une gentillesse désarmante, il commence par s’excuser pour les quelques minutes de retard. Et ponctue chaque réponse d’un éclat de rire. Avant la première question, c’est lui qui lance la conversation: «Vous êtes à Bulle? Il y a treize ou quatorze ans de ça (n.d.l.r.: c’était le 25 novembre 1995), j’ai joué dans l’ancien cinéma… Comment ça s’appelle?»

Ebullition…

Oui, Ebullition… un charme fou, cette salle! Qu’est-ce qu’on s’était marrés! La troisième mi-temps était aussi bien que la première… C’est un super souvenir.

Comment s’est mise en place cette collaboration avec Yann Tiersen?

On s’est rencontrés avant Amélie Poulain et le fabuleux destin de Yann Tiersen… Je le connaissais suffisamment pour savoir que je n’allais pas chanter sur du Amélie Poulain. Tout s’est fait à la bonne franquette. Il m’a demandé: «Ça ne te dirait pas qu’on fasse un disque ensemble?» et on s’est mis au travail. Il est aussi né à Brest et on a ce tempérament: quand on se met au boulot, on ne cause pas, on bosse. D’habitude, pour un disque, on efface des prises, on reprend, on vire des parties. Là, c’était une ligne droite.

Tout a été donc fait à deux…

Au départ, je pensais qu’on allait travailler avec un groupe. Je savais que Yann jouait très bien de plein d’instruments, mais pas à ce point-là… Quand il s’est mis à la batterie, j’ai dit: «Bon, d’accord!» On a cocomposé et il a tout joué. J’ai juste fait un peu de piano et de guitare.

Ce qui est drôle, c’est qu’il y a des morceaux, comme Une fortune de mer, où tout le monde me dit: «C’est du pur Yann.» Sauf que c’est moi qui l’ai fait… Et d’autres où on dit: «Ça, c’est du Miossec.» Mais non, c’est du Yann… On est allé chacun dans la direction de l’autre et c’est un vrai bordel à dépatouiller qui a fait quoi!

A part pour Boire, il a eu des mots parfois critiques sur votre travail: quel était votre regard sur le sien?

Critique aussi, sinon ce n’est pas rigolo… Je ne vais pas le laisser me critiquer sans me défendre, non? Mais si on a travaillé ensemble, c’est que chacun y a trouvé son intérêt. Pour lui, la chanson, c’est une contrainte par rapport au format purement musical. La chanson, il faut la tenir. Plus que des goûts, on a aussi des dégoûts communs…

On retrouve certains thèmes habituels, sur le couple et ses déchirures, mais aussi un regard social plus aiguisé, avec Les chiens de paille ou CDD…

Ce côté social est présent depuis que je fais de la musique, mais j’ai l’impression que j’étais le seul à m’en rendre compte! Je me suis dit qu’il fallait plus aller dans le vif du sujet. Aujourd’hui, soit on déconne à fond, on oublie tout et c’est hyperpoilant, à l’image de Katerine. Soit on essaie de s’imprégner de ce qu’on vit. Parce que c’est tous les jours plus catastrophique.

Avec le risque de passer pour le donneur de leçons…

Oui, c’est casse-gueule. La chanson sociale, ce n’est pas évident de s’y coller, de ne pas être lourdingue. Du coup, je ne mets pas de leçon, pas de réponse. J’évite le côté Calimero, c’est injuste…

Sur scène, vous avez parfois une forme d’agressivité: est-ce un jeu, de la provocation?

Ce n’est pas mon vrai boulot. C’est excitant, avec le trac, les émotions, des moments très intenses, mais grimper sur une scène et chanter devant des gens, ce n’est pas naturel. Certains ont ça dans le sang, moi pas du tout. Il y a eu une époque où c’était envoyé, mais je me suis calmé. Pas complètement, sinon on ne rigole pas… Il y a aussi un humour particulier, qui ne se remarque pas forcément! Donc je me suis rendu compte qu’il fallait arrêter les blagues à deux balles… Mais on part en tournée pour se bidonner, c’est le but du jeu. Dix personnes dans un fourgon, c’est un truc d’adolescent.

Est-ce aussi pour cette raison que vous n’avez pas d’album live?

Parce que c’est l’arnaque! Les vrais albums live, on les compte sur les doigts d’une main: Neil Young, les Who… Ça fait peut-être trente ans qu’il n’y en a plus. Les mecs qui sortent deux albums et font un live, c’est du business. Et de la supercherie: derrière, tout est recadré, retravaillé. Il m’est arrivé de jouer en live en studio et c’était aussi valable qu’un concert. Un live, pour moi, ce serait ça: guitare-voix, sans aucune retouche.

Boire a chamboulé la chanson française il y a bientôt quinze ans, en étiez-vous conscient?

Non, parce que l’album a bousculé certaines personnes qui s’intéressaient vraiment à la musique, mais il n’a jamais été populaire. Il a bougé pas mal de trucs, mais on était peu nombreux à s’en rendre compte. Avec Finistériens, c’est marrant, on cartonne en France, alors qu’il n’y a pas de tube. Ce qui donne de l’espoir: on n’est pas obligé de passer par la case télévision, tubes, tout ça…

 

Miossec, Finistériens, PIAS / Musikvertrieb. En concert à Genève, L’Usine, le 18 novembre

 

 


 

 

Eric Bulliard

1er octobre 2009