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Effusion et vieilles canines
Les vampires sont à nouveau parmi nous, plus nombreux que jamais. Menés par le premier d’entre eux, Dracula l’Immortel…
Les vampires personnalisent le fantasme de la vie éternelle et l’affranchissement de la morale.
Saint-Nicolas et le Père Noël ne sont pas les seuls à être conviés aux fêtes de fin d’année. Leur antithèse, le vampire, connaît en effet un retour sous les projecteurs qu’il fuit d’habitude. Romans, études, bandes dessinées, séries télé, films, tous les médias semblent s’emparer d’une créature généralement réservée aux lecteurs de littérature fantastique, au mouvement gothique ou aux amateurs de jeux de rôle. Avec en point d’orgue peut-être la suite officielle – c’est-à-dire agréée par la famille – du roman le plus célèbre du genre, le Dracula de Bram Stocker.
Plus de 110 ans après la parution de l’original, Dacre Stocker, arrière-petit-neveu de l’écrivain irlandais, s’allie avec le spécialiste du vampirisme Ian Holt et se plonge dans les notes laissées par son ancêtre. Le duo produit Dracula l’Immortel, un livre hommage, non seulement au mythe, mais aussi à son créateur, qui devient un personnage à part entière, tout comme son univers historique. Ainsi, une partie de l’action se déroule au Lyceum Theatre, à Londres, qu’il dirigea pendant vingt-sept années.
L’histoire se passe 25 ans après les événements décrits dans l’œuvre originale. On y retrouve les mêmes acteurs, comme Van Helsing, Mina et Jonathan Harker, dont le fils se retrouve au centre de la nouvelle intrigue. Cette dernière fait la part belle
à l’une des plus importantes sources du mythe vampirique, la noble Hongroise du XVIe siècle Erzsebet Bathory (Elisabeth dans le roman), surnommée la comtesse sanglante, qui avait cru pouvoir trouver la jeunesse éternelle dans le sang de petites paysannes. La rivalité se dessine au sein des morts-vivants (plus «romantique», Dracula n’est pas le méchant de l’histoire) et les malheureux héros se retrouvent au milieu.
Fait pour le cinéma
Malgré un début sous forme de lettre, Dracula l’Immortel ne reprend pas la formule épistolaire du roman de Bram Stocker. Au contraire, il se montre très moderne dans sa construction, avec un découpage serré et un suspense maintenu à la fin de chaque chapitre. Sexe et sang ont gagné en visibilité. Le cinéma n’aura pas beaucoup d’efforts à faire pour l’adaptation.
Cela n’empêche pas un style longuet par moments, des descriptions psychologiques parfois répétitives. Beaucoup de volubilité aussi. La volonté d’ancrer le récit dans un cadre historique connu des lecteurs annihile souvent sa crédibilité. De près ou de loin, les personnages ont participé à tous les événements et vu tous les personnages qui ont fait cette époque. On y trouve cités pêle-mêle Jack l’Eventreur (projet d’écriture de Bram Stocker par ailleurs), mais aussi Darwin, Sarah Bernard, le premier vol sur la Manche…
Ce recours fréquent à la référence artificielle afflige d’une lourdeur coupable cette suite honnête, mais sans originalité, et sans commune mesure avec l’original qu’elle prend même parfois à contre-pied…
Pour s’en persuader, il suffit de (re)plonger dans le Dracula de Bram Stocker. Grâce à une volumineuse réédition chez Omnibus, il est également possible de découvrir ses autres romans et nouvelles, de repartir sur les traces et le cheminement d’un auteur qu’il serait dommage de réduire uniquement à son œuvre la plus célèbre.
Dacre Stocker et Ian Holt, Dracula l’Immortel, Michel Lafon.
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| 17 décembre 2009 |


