Théâtre
Nonnes en quête de sens
Sandra Korol est une figure de proue de la jeune écriture théâtrale romande. Elle vient de publier cinq de ses pièces, dont la dernière, TsimTsoum, est présentée sur la scène du Théâtre de Vidy-Lausanne jusqu’au 7 février.
Née à Genève en 1975, Sandra Korol a passé dix ans de sa vie à Fribourg. A vingt ans, elle a abandonné ses études de droit pour bifurquer vers une formation de théâtre. Jessica Genoud
C’est une période fertile pour Sandra Korol. Parallèlement à la publication de KilomBo (2003), Salida (2005), CarGo 7906 (2007), Liwyatan (2008) et TsimTsoum (2009) dans la collection Théâtre en camPoche, chez Bernard Campiche, elle est à l’affiche du Théâtre de Vidy-Lausanne jusqu’au 7 février avec TsimTsoum. La pièce sera également présentée à Nuithonie, du 24 au 28 février, mais c’est déjà complet.
Le soir où nous sommes allés voir TsimTsoum à Vidy, Sandra Korol est dans la salle. Lorsque nous la rencontrons quelques jours plus tard, elle explique qu’elle va quasiment la voir chaque soir. On s’étonne. «En la regardant jouer, je vois mes erreurs. Si un texte de théâtre ne tient pas sur scène, ça n’a aucun sens de l’avoir écrit. Dans la salle, incognito, je peux aussi entendre les réactions et les commentaires du public.»
Ce soir-là, le public est conquis par TsimTsoum. Il faut dire que la pièce a au moins deux atouts: sa drôlerie et les territoires qu’elle explore. Quatre bonnes sœurs apprennent que des scientifiques viennent de démontrer que Dieu n’existe pas. «Elles perdent le sens de leur vie», commente Sandra Korol. Durant un peu plus d’une heure, sur scène, elles cherchent à entrer en contact avec Dieu, par tous les moyens. Mais leurs problèmes relationnels prennent souvent le dessus, entraînant des scènes d’une cocasserie certaine. Le moteur de la pièce tient autant dans la problématique du sens que dans le plaisir de mettre en scène ces quatre bonnes sœurs enfermées dans leur petit monde: «Quatre bonnes sœurs sur une scène, c’est délicieux au théâtre», s’amuse Sandra Korol.
Un univers et une évolution
Lorsqu’on lui demande si son théâtre n’est pas complètement traversé par la quête du sens, elle répond de manière très technique: «C’est la base même de n’importe quelle histoire. Quelque chose brise l’harmonie du quotidien et un personnage met tout en œuvre pour la retrouver.» Elle reconnaît pourtant, en commentant la publication de ses pièces dans la collection CamPoche, qu’elles permettent de voir une évolution de son approche, non dénuée de quête de sens: «Au début, j’avais très envie de délivrer des messages. Aujourd’hui, je suis moins axée sur moi. J’ai également une meilleure compréhension de l’écriture théâtrale.»
A la lecture de l’ouvrage, on se rend compte qu’il est parfois difficile de se mettre en scène, en esprit, les textes publiés. La lecture théâtrale reste un exercice particulier. Les cinq pièces permettent pourtant de bien pénétrer dans l’univers de Sandra Korol. Certaines se laissent mieux lire que d’autres. C’est le cas de Salida, qui tourne autour du tango, de la nostalgie et de la mort. Sandra Korol est bien consciente que les pièces sont d’abord faites pour vivre en scène, mais cette publication est importante pour la diffusion de son travail, également hors de Suisse. La sortie du livre marque aussi la bonne santé de la jeune écriture théâtrale romande.
De nombreux projets
S’il fallait trouver un point commun entre les différents textes, disons que, dans sa vie comme dans ses pièces, Sandra Korol se passionne par «les hasards dont la vie a le secret». C’est cette formule qu’elle utilise pour expliquer son entrée en écriture théâtrale.
Non seulement, dit-elle, «je n’ai jamais voulu écrire, mais encore je me suis toujours dit, quand j’étudiais le théâtre et que j’étais actrice, que je ne pourrais jamais le faire». Un concours va tout changer. «J’ai envoyé mon texte sans trop réfléchir et je me suis retrouvée parmi les gagnants. J’ai pu participer à un stage d’écriture. Nous avions trente jours pour écrire une pièce et je l’ai écrite finalement en une nuit.» C’est un processus habituel, comme on peut le lire dans les excellents textes qu’elle a écrits, avant chacune des œuvres publiées, pour en expliquer la genèse.
Une fois la première pièce mise en ondes à la radio, «j’ai été happée tout de suite», commente-t-elle. On lui commande une œuvre pour la scène, elle se met à gagner des concours de la Société suisse des auteurs. Aujourd’hui, elle a une dizaine de pièces à son actif. L’année 2006 a marqué son véritable décollage avec la mise en scène, dans les meilleures salles romandes, de KilomBo, de Salida et de CarGo 7906, qui a également été jouée durant quatre mois à Paris.
Sandra Korol poursuit aujourd’hui sa marche en avant. Elle est engagée sur de nombreux projets. Sa pièce Liwyatan va être montée et elle s’est lancée dans l’écriture pour enfants dans un projet prévu pour le Théâtre des Osses dans une mise en scène de Sylviane Tille. Elle prépare également la publication d’un texte, commandé par l’ONG Eirene Suisse, sur 25 Sentinelles de la paix du Rwanda, du Burundi et du Congo qu’elle est allée rencontrer. Elle veut aussi se lancer dans l’écriture de scénario pour le cinéma.
Sandra Korol, Pièces, 2003-2009, Bernard Campiche Editeur, coll. Théâtre en camPoche, 480 pages
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| 21 janvier 2010 |


