Olivier Adam
Le coeur régulier
L'Olivier / 240 pages
On peut lui reprocher une tendance à jouer sur les cordes sensibles. Certains, dans le petit milieu parisiano-parisien, ne s’en sont pas privés à la sortie de Des vents contraires (2009). Avec Le cœur régulier, Olivier Adam aggrave son cas. En creusant quelques thèmes récurrents, comme l’absence, la perte, la famille et ses non-dits. Bouleversée par la mort de son frère Nathan, Sarah se rend au Japon, dans la région où il avait trouvé la sérénité. Sans se rendre compte qu’elle va affronter ses propres fêlures. Plus que le suicide, c’est la relation entre frère et sœur qu’Olivier Adam explore à sa manière: avec une sensibilité, qui passe par les sensations, en demi-teintes, «les montagnes vertes aux reflets roux et prune», «le fracas des galets entrechoqués, brassés par les vagues». EB
Giovanni Arpino
UNE ÂME PERDUE
Belfond / 144 pages
De ce côté des Alpes, le nom de Giovanni Arpino (1927-1987) ne dit pas grand-chose. Un de ses titres est resté fameux, Parfum de femme, mais surtout pour le film qu’en a tiré Dino Risi en 1974, avec Vittorio Gassman. Avec la traduction française d’Une âme perdue, paru en 1966 en Italie, les Editions Belfond souhaitent faire redécouvrir ce romancier, poète, dramaturge et journaliste turinois. Une âme perdue suit Tino, orphelin de 17 ans, en six journées d’un été des années 1960. Venu à Turin, chez son oncle et sa tante, pour passer son bac, il perce un troublant secret, qui entoure la présence du Professeur: ce frère jumeau de son oncle vit reclus à l’étage, depuis qu’un séjour en Afrique l’a rendu fou. Un bref roman d’apprentissage, surprenant, où l’atmosphère oppressante contraste avec une écriture élégante et sage. EB
Daniel Abimi
LE DERNIER ECHANGEUR
Bernard Campiche / 321 pages
Michel Rod est journaliste (tout comme Daniel Abimi). Il se met à enquêter sur une étrange affaire de meurtre, qui secoue la haute société lausannoise. Sans se douter qu’il approche ainsi le monde glauque de l’échangisme, ni que les cadavres vont se multiplier autour de lui. De plus en plus près, même. Il y a un côté exercice de style sympathique dans ce Dernier échangeur. Comme si Daniel Abimi, pour ce premier roman, plaçait une atmosphère typique du polar américain dans sa bonne ville de Lausanne et qu’il regardait ce que ça pouvait donner. Avec meurtres en série, sexe, alcool… et une bonne dose d’humour, voire de parodie. Des qualités qui ne cachent pas tout à fait le côté répétitif de l’intrigue, mais donnent envie de suivre ce nouveau venu au ton original en Suisse romande. EB
Marc Augé
Quelqu’un cherche à vous rencontrer
Seuil
C’est le genre de livre qui ne fait pas beaucoup de bruit. Le genre d’histoire toute simple, banale dirait-on presque, mais qui reste longtemps en mémoire. En sortant du cinéma (il est allé revoir Casablanca), Julien rencontre Claire. Entre le professeur retraité et la jeune femme (qui lui explique que quelqu’un l’a chargée de le retrouver) se noue une complicité croissante.
Au fil de cette amitié, Quelqu’un cherche à vous retrouver remonte dans les souvenirs de Julien: voyages, films, lectures, études, mariage, guerre d’Algérie… Ethnologue de formation, Marc Augé réussit un roman tout en finesse, empli d’un charme léger. Sous la forme d’une quête des origines, même si, estime Julien, «l’origine est un vilain défaut». EB
Paul Auster
SEUL DANS LE NOIR
Acte Sud, 192 pages
Peut-être attend-on trop de Paul Auster. Parce qu’il est l’un des plus grands romanciers américains actuels, parce qu’il a aligné les chefs-d’œuvre, dont le dernier en date est La nuit de l’oracle en 2004. Toujours est-il qu’après une première partie enthousiasmante, Seul dans le noir s’effrite. Critique littéraire retraité, August Brill vit chez sa fille divorcée et sa petite-fille. Dans ses nuits d’insomnie, il imagine des histoires où les attentats du 11 septembre n’ont pas eu lieu, ni la guerre en Irak. Mais où les Etats-Unis se trouvent en proie à une guerre civile. Sur cette trame, Paul Auster mêle brillamment fiction et réalité. Avant de laisser étrangement de côté son bel hommage à l’imagination créatrice, pour aboutir à un roman familial assez banal. EB
Amos Oz
VIE ET MORT EN QUATRE RIMES
Gallimard
Un auteur prestigieux est invité à une table ronde, dans un centre culturel. Ce qui l’ennuie profondément. Son esprit divague: dans le café où il se prépare, puis dans la salle, il imagine les vies de tous ces gens, de la serveuse du bistrot à l’étudiant fasciné par son œuvre, en passant par la jeune femme qui lit des extraits de son dernier livre. Imagination, fantasmes, force de la littérature: sous ses apparences légères, Vie et mort en quatre rimes aborde des sujets centraux de la création. Amos Oz, sans doute l’écrivain contemporain le plus important d’Israël, s’amuse en toute liberté dans ce bref roman plein d’autodérision, tant «l’auteur» de cette histoire peut lui paraître proche. Mais l’humour cache aussi une bonne dose de mélancolie et des réflexions sur la situation de l’écrivain dans la société et sur ces fils dérisoires qui se tissent entre ces figures inconnues. D’où naît la fiction, qui leur donne une existence autre. EB
Olivier Adam
A l'ABRI DE RIEN
L’Olivier
C’est l’un des romans phares de la rentrée littéraire: il figure dans les présélections de trois des quatre principaux prix de l’automne. A l’abri de rien est aussi la confirmation du talent d’Olivier Adam (auteur de Je vais bien, ne t’en fais pas). Le talent d’un écrivain au style sans fioriture, qui fait surgir l’émotion à coups de phrases sèches. Une manière d’aller droit au but, de creuser au plus profond de l’humain, au plus vrai.
L’histoire se passe dans le Nord de la France. Elle est inspirée de Calais et de Sangatte, là où échouaient jusqu’à il y a peu des désespérés en attente d’un éventuel départ pour l’Angleterre. «Les Kosovars», comme les appellent les habitants. La narratrice, Marie, vit sans joie une vie grise, entre son mari et ses enfants. Le jour où un de ces réfugiés lui vient en aide pour changer une roue, tout bascule. Marie décide de porter secours à ces «Kosovars» quitte à tout sacrifier, quitte à se perdre. Avec ce personnage poignant, Olivier Adam réussit un intense portrait de femme et pose un regard sombre sur un problème si actuel, sans pathos ni effet inutile.
Eric Bulliard
Par ordre alphabéthique
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