Par ordre alphabéthique

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Linwood Barclay

Les voisins d’à côté

Belfond / 444 pages

Passons sur le pléonasme du titre (il existerait donc des voisins qui ne sont pas à côté?). Avec ce deuxième roman, Linwood Barclay, Américain installé à Toronto, confirme qu’il maîtrise les règles du polar, du suspense, du rythme et des dialogues. Si l’on n’est pas trop exigeant en termes de style et de souffle, Les voisins d’à côté peuvent fort bien faire l’affaire sur les plages de cet été.

L’histoire: dans la petite ville de Promise Falls, apparemment sans histoire, une famille est assassinée. Le fils des voisins (ceux d’à côté, donc) était là, planqué, pour un délire d’adolescent. Il se retrouve accusé du meurtre et son père va tenter de l’innocenter. Sur cette trame de base, Linwood Barclay tire des fils inattendus, comme le veut le genre. Où l’on découvre que, sous les apparences, il y a quelque chose de pourri à Promise Falls. EB

 

 

 

William Boyd

Orages ordinaires

Seuil / 480 pages

Il paraît que le Royaume-Uni compte chaque année 250000 disparus. Adam Kindred va devenir l’un d’eux: une succession de hasards le poussent à se cacher. Mêlé à une histoire de meurtre, ce jeune climatologue se retrouve poursuivi par la police et par le vrai tueur. Il doit apprendre la survie, retourner à l’état sauvage, mendier et tuer une mouette pour manger. En plein cœur de Londres.

William Boyd tire les ficelles de son roman avec une habileté assez stupéfiante. Sur fond de thriller classique (l’innocent poursuivi à tort), il tisse un roman haletant, peuplé de personnages attachants ou inquiétants, sur fond de guerre économique. Orages ordinaires doit autant à Hitchcock qu’à Dickens, avec sa description des bas-fonds de Londres et ces misérables qui luttent pour garder leur dignité. A la fois divertissant et fascinant. EB

 

 

 

Henry Bauchau

Déluge

Actes Sud / 176 pages

A 97 ans, Henry Bauchau continue à mener une carrière littéraire aussi discrète qu’essentielle. Avec Déluge, l’auteur d’Œdipe sur la route poursuit dans un genre qui lui convient si bien, ce mélange entre allégories, symboles et mythes revisités.

Malade, la narratrice, Florence, se rend dans le Sud de la France, elle fait la connaissance de Florian, peintre vieillissant, que l’on dit fou et qui a l’habitude de brûler ses œuvres… Tout en découvrant Florian et son parcours chaotique, Florence commence à peindre. A trois, avec Simon, l’ami récemment rencontré, ils se mettent à peindre une œuvre ultime, un Déluge. Ce roman austère, à l’écriture limpide, offre à Bauchau l’occasion d’évoquer les liens entre art et folie, de s’interroger sur la création et la force mystérieuse qui la guide. EB

 

 

 

 

 

Hugo Boris

JE N'AI PAS DANSÉ DEPUIS LONGTEMPS

Belfond / 396 pages

 

Hugo Boris est un écrivain de défi. Après La délégation norvégienne (2007), à la fois polar et brillant jeu romanesque, le jeune écrivain parisien se lance dans une nouvelle aventure littéraire: raconter l’exploit d’Ivan, qui, en 1991-1992, est le premier homme à passer plus de 400 jours dans l’espace.

Quoi de plus ennuyeux qu’une station spatiale en orbite, là où le soleil se lève seize fois par jour? C’est toute la force de Je n’ai pas dansé depuis longtemps: grâce à un travail de documentation sans faille (fruit de trois ans de recherche), grâce à son sens de l’atmosphère et des personnages, Hugo Boris captive le lecteur de bout en bout. On se passionne pour les transformations physiques d’Ivan, causées par l’apesanteur, sa paranoïa, ses envies suicidaires. Pendant que l’Empire soviétique s’effondre, il continue à flotter et à tourner, tourner… EB

 

 

Michel Bühler

UN SI BEAU PRINTEMPS

Bernard Campiche / 224 pages

 

Certains ne manqueront pas de lui reprocher de mener un combat d’arrière-garde. C’est ce qui arrive quand on reste fidèle à ses idéaux, qu’on les chante ou les écrit depuis quarante ans. Tel est Michel Bühler: constant dans ses colères, sincère dans ses révoltes. Et revigorant dans sa manière de les partager. Un si beau printemps fait le point sur les idéaux d’une génération, cette «promesse de Terre fraternelle, débarrassée de la pauvreté et de la faim». S’adressant à ses neveux, Michel Bühler tente de comprendre comment le rêve s’est effondré. C’est aussi l’occasion de revenir sur ses débuts à Paris, le temps des copains et des bistrots. Entre nostalgie, déception et colère de voir «la secte» néolibérale gagner: «Tout le monde entend ces chiffres. Et personne ne prend son fusil, ni sa fourche. Ils nous ont décervelés.» EB

 

 

 

William Boyd

BAMBOU

Seuil / 276 pages

 

 

 

Il est question de Flaubert, de Camus, de Ian Fleming. Et aussi de Bonnard, de Charlie Chaplin, d’Edouard VIII, de Montevideo. Ou encore des différences entre l’Angleterre et la France. Sous-titré Chroniques d’un amateur impénitent, Bambou témoigne des multiples intérêts de William Boyd. A travers une trentaine de chroniques, choisies parmi les innombrables textes écrits depuis trente ans pour des journaux, des revues, des préfaces…

Romancier, scénariste et réalisateur, cet Ecossais né au Ghana a grandi au Kenya, découvert la France à 19 ans et vit aujourd’hui entre Londres et la Dordogne. Au fil des pages, William Boyd fait preuve d’ironie légère, d’érudition jamais pédante. De quoi séduire à chaque fois, même si toutes les chroniques ne sont pas d’une profondeur intellectuelle folle. EB

 

 

Jocelyn Bonnerave

Nouveaux indiens

Seuil / 176 pages

Il a étudié l’anthropologie et associe volontiers mots et musique dans des performances. Pour son premier roman, Jocelyn Bonnerave raconte l’histoire d’un anthropologue, qui se rend sur un campus américain et va se lancer dans une performance musicale. Sa connaissance du sujet ne fait donc aucun doute. Ni sa volonté de secouer la littérature, d’emmener le lecteur sur des chemins inattendus. Nouveaux Indiens a cette qualité-là: le roman surprend, déconcerte. Même s’il part dans tous les sens, l’impression n’est pas désagréable et le rebondissement central, tendance gore, se révèle assez amusant. L’écriture, en revanche, laisse dubitatif. Tout comme la rime ne fait pas la poésie (ce que ne comprennent pas nombre de slameurs), injecter de l’oralité ne suffit pas à faire un style. EB

 

 

 

 

Laurent Bénégui

SMS

Julliard

Laurent Bénégui a l’art de plonger ses personnages dans des situations impossibles. Dans Le tournevis infiniment petit (2008), c’était le type qui quittait sa femme quand il apprenait qu’il avait un cancer… alors qu’il n’était finalement pas malade. Dans SMS, une avalanche de malheurs s’abat sur le pauvre Laurent, le narrateur. Tout commence par une fuite dans le toit. Suivent un vol de portable, la disparition de son fils, l’incendie de sa maison, le départ de sa femme…

Ce n’est que le début d’aventures rocambolesques. Dans ce roman cocasse et enlevé, Laurent Bénégui donne un peu l’impression d’être le tonton rigolo des fêtes de famille: il amuse la galerie, mais, à force de pousser le trait et de lancer des gags toutes les trois secondes, il risque de fatiguer. EB

 

 

 

Frédéric Beigbeder

UN ROMAN FRANÇAIS

Grasset

Janvier 2008, soir de fête. Frédéric Beigbeder se fait arrêter au moment de sniffer de la coke sur le capot d’une voiture. Garde à vue. Claustrophobie, angoisse. Des souvenirs d’enfance remontent à la surface.

Au fil de cette autobiographie partielle, l’auteur de 99 francs dévoile son passé dans «un ghetto de confort», marqué par le divorce de ses parents, ses relations avec son frère, la découverte de la lecture, de la musique et de la fête. Enfance heureuse? Vue de l’extérieur, peut-être: «Il est difficile de se remettre d’une enfance malheureuse, mais il peut être impossible de se remettre d’une enfance protégée.»

Souvent, le roman prend ainsi les formes d’une confession touchante. Du coup, ce n’est guère le lieu pour retrouver le sens de la formule de Beigbeder, son humour cinglant. Même s’il n’a pas totalement disparu, par exemple lorsqu’il menace: «Si vous ne me libérez pas tout de suite, j’écris un livre!»

Comme son titre l’indique, Un roman français se veut aussi exemplaire de «l’histoire d’un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu’il les avait gagnées». Ce qui se révèle bien plus passionnant que les gémissements de ce prisonnier d’un jour (ou deux). Qui reconnaît: «Je suis juste un enfant gâté que l’on a privé de son confort pour le punir de ses excès de gosse de riche attardé.» On ne saurait mieux dire. EB

 

 

Philippe Besson

LA TRAHISON DE THOMAS SPENCER

Julliard

Après Un homme accidentel il y a un an, Philippe Besson retourne aux Etats-Unis. Dans le Sud, au bord du Mississippi, là où Paul et Thomas (le narrateur) ont aimé se baigner. Ils sont nés le même jour, en 1945, ont grandi en voisins, inséparables. Leur insouciance se voit à peine perturbée par les échos de l’histoire américaine: guerre de Corée, assassinats de Kennedy, de Martin Luther King… Peu à peu, les deux amis prennent un chemin différent. Quand arrive la mystérieuse Claire et que leurs destins se mêlent à celui de leur pays, le cocktail devient dangereux. Cette chronique américaine, sur une trentaine d’années, suit l’évolution d’une amitié: comme dans ses précédents livres, Philippe Besson explore avec pertinence les sentiments. La trahison de Thomas Spencer se lit d’une traite, vous prend aux tripes. Mais, une fois refermé, le livre, aussi poignant soit-il, laisse un arrière-goût de convenu. Agréable, mais sans grande surprise. EB

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Philippe Blondel

A CONTRETEMPS

Robert Laffont

«Mes parents n’aiment pas lire. Les amis de mes parents n’aiment pas lire. Les voisins de mes parents n’aiment pas lire.» Hugo, lui, trouve refuge dans la lecture: «Les livres m’aident à vivre.» A 18 ans, il quitte la Champagne-Ardenne pour Paris, où il entend suivre des études de lettres. Il loge chez un quinquagénaire bougon, sans savoir que ce cadre moyen a publié un roman, il y a longtemps. Avant de sombrer dans l’oubli. Auteur prolifique et attachant (six romans depuis 2002), Jean-Philippe Blondel s’interroge sur la place de la littérature, du côté du lecteur comme de l’auteur. A travers cette amitié naissante entre un jeune passionné et un écrivain raté, A contretemps rend un bel hommage aux livres. Avec quelques savoureux coups de griffe contre le monde de l’édition et les dérives médiatiques des écrivains. Alors que, comme le rappelle cette libraire enflammée: «Le plus important, dans un livre, c’est le livre lui-même. Je n’en ai rien à cirer, moi, de ce qui est autobiographique ou pas.» EB

 

 

 

 

 

 

 

Michel Bühler

ON FAIT DES CHANSONS

Bernard Campiche

C’est une somme, un écrin aussi imposant que magnifique. Publié chez Bernard Campiche, le livre On fait des chansons réunit près de 200 titres de Michel Bühler. Les textes, bien sûr, mais pas seulement: le musicien Michel Devy (qui a été arrangeur de Bühler) a transcrit toutes ses chansons, note après note, avant de les calligraphier sur des partitions reproduites ici. Sur près de 500 pages, agrémentées d’une bio-bibliographie et de quelques photos, voici donc l’intégrale, version papier, des chansons de Bühler. De 1969 à 2008, d’Helvétiquement vôtre à Passant. Près de quarante ans de coups de gueule, de tendresse et d’amitié. De fidélité à ses idées, à ses révoltes, à une certaine idée de la chanson, aussi. Artisanale et soignée, sans esbroufe ni facilité. Comme l’écrit Roger Jaunin dans la préface: «Bühler est un laboureur. Il connaît la terre et trace son sillon, pareil à “ces dos courbés” dont on nous dit qu’ils sont d’un autre temps et qui, pourtant, savent tout des saisons, du bruit du vent dans les feuillus, des autres.» Redécouvrir ainsi les chansons de Michel Bühler, c’est aussi croiser tous ces visages, ces regards. Parce que cet auteur-compositeur-interprète hors mode sait observer et trouver les mots pour dire l’«ouvrier qui part au matin blanc», la «fille aux yeux verts», l’institutrice dans «la classe grise de chagrin», les amis à la table du bistrot… Et ces enfants d’Haïti, ces Indiennes dans un «pauvre pueblo», ce vieil homme, en Palestine, qui «marche pieds nus dans ses sandales», ce Faubourg de Buenos Aires. En bon Vaudois, Michel Bühler n’a pas son pareil pour dire les «gens d’ici», pour parler du «niolu» et du «boffio». Mais ce voyageur infatigable n’en reste pas moins ouvert sur le monde, toujours aussi touché par ses beautés et révolté par ses injustices. La sincérité à fleur de peau, il a bâti une œuvre unique en Suisse romande. Roger Jaunin a raison: «On ne parcourt pas l’œuvre de Michel Bühler, on la visite. Nuance.» EB

 

 

 

 

 

 

 

Christophe Bataille

LE RÊVE DE MACHIAVEL

Grasset

Ce Machiavel n’est plus le triomphant secrétaire de chancellerie, ni l’écrivain du Prince. Vieillissant (nous sommes en 1527, année de sa mort), en fuite, il a quitté Florence et la peste pour rejoindre une ville encore épargnée par l’épidémie. Il trouve refuge dans une étrange auberge, auprès d’une étrange femme. Avec Le rêve de Machiavel, Christophe Bataille ne se contente pas de faire revivre l’écrivain, philosophe et homme politique. Il cherche à remplir certaines inconnues: «Ensuite, c’est un vide dans le destin de Machiavel. Quatre jours d’absence dans une vie légendaire.» Beau projet de romancier: s’appuyer sur un personnage aussi historique que mythique, imaginer ses rêves, ses peurs, dans une époque troublée. Christophe Bataille semble d’ailleurs s’intéresser davantage à l’intériorité de son héros plutôt qu’aux anecdotes et à la description de l’époque. Et on ne peut s’empêcher de se dire qu’il a visé un peu trop haut, que son style n’est pas tout à fait à la hauteur de son ambition. EB

 

 

 

 

 

Jacques A. Bertrand

LES SALES BÊTES

Julliard

 

En toute discrétion, Jacques A. Bertrand construit depuis 25 ans une œuvre à part, qui manie l’humour avec finesse. Après un savoureux J’aime pas les autres, teinté d’autobiographie (2007), il évoque une vingtaine d’animaux mal aimés. Les sales bêtes, ce sont l’araignée, la fourmi, le moustique, le pou, le serpent, la blatte, la chauve-souris… L’auteur dresse leur portrait en mêlant rigueur scientifique, érudition, jeux de langage et décalage ironique: «Pendant longtemps, le crocodile s’est appelé cocodrille. (Corcodillus, kokodrillos, cocodrillo…) Ce n’est pas lui qui est dyslexique, c’est l’homme.»

Les anecdotes défilent et l’homme (le dernier chapitre lui est consacré) reste omniprésent. C’est que la plupart de ces bestioles ont des traits d’humanité. Alors que «l’homme (homo sapiens charognards) n’est pas toujours un animal très humain.» EB

 

 

 

Laurent Bénégui

LE TOURNEVIS INFINIMENT PETIT

Julliard

 

 

C’est la poisse: Laurent apprend que, finalement, il n’a pas de cancer… Pas de bol: quand il a su qu’il n’en avait plus pour longtemps, il a quitté sa femme, dit ses quatre vérités à ses enfants et soustrait sa découverte révolutionnaire en nanotechnologie à ses employeurs véreux. Maintenant qu’il n’est plus malade, que faire? Sur cette excellente idée de base, le réalisateur, producteur, acteur et écrivain Laurent Bénégui tisse un roman étonnant et très drôle. Sans doute en fait-il un peu trop dans les rebondissements comme dans sa volonté de trouver une formule amusante à chaque phrase. N’empêche que l’on se délecte de ses bons mots et de ses personnages, à l’image de la fille du narrateur, qui «appartenait à une espèce mutante qui devait autant à la fougère pour la coiffure, qu’à la bactérie pour le langage». Tout le livre est du même tonneau. Tant pis pour les invraisemblances et les exagérations: cocasse, Le tournevis infiniment petit surprend et amuse. Parfois, on ne demande rien de plus à un livre. EB

 

 

 

 

 

 

Claude-Inga Barbey

LES PETITS ARRANGEMENTS

D’autre part

 

On la connaît comme comédienne (avec Bergamote, notamment) et chroniqueuse. Après les nouvelles du Portrait de Madame Mélo, Claude-Inga Barbey s’est lancée dans un roman, où elle confirme son don d’observation des gens et des situations. Où son art de toucher juste fait merveille en dépassant l’apparente banalité des situations que vivent ses personnages.

En traçant le parallèle avec la mythologie grecque, Claude Inga-Barbey semble d’ailleurs démontrer qu’elle n’est pas dupe: son histoire est vieille comme le monde. L’Ulysse des Petits arrangements est parti en voyage, laissant Gilda-Pénélope avec leur fils Simon, et Charlie, enfant d’un premier mariage. Et voici que, au cours de son voyage, Ulysse noue une liaison avec une jeune collègue de travail. Séparation, douleur, incompréhension… Du banal, donc, et un fil narratif parfois distendu, mais avec un regard tour à tour acide, tendre, touchant et une galerie de personnages fort bien brossés. EB

 

Philippe Besson

UN HOMME ACCIDENTEL

Julliard

 

Ils n’auraient jamais dû se rencontrer: l’un, marié, bientôt papa, est inspecteur de police à Los Angeles, quartier de Beverly Hills. L’autre, Jack Bell, est une jeune star de Hollywood. Quand un jeune prostitué est retrouvé assassiné dans son quartier, le flic interroge l’acteur. Et ce qui n’aurait jamais dû arriver va finir par arriver: une attraction irrépressible va se transformer en histoire d’amour impossible, désespérée, violente. Dernier roman de Philippe Besson, Un homme accidentel croise les genres, jouant avec la tradition du roman et du film noirs, tant l’écriture, toujours aussi limpide, y est cinématographique. Plus que l’histoire d’un amour homosexuel, le livre présente surtout celle d’un homme rangé qui choisit une autre voie, sachant qu’il court à sa perte, mais refusant de revenir en arrière. Un roman fort, dérangeant, parfaitement à sa place dans ce L.A. des années 1990, où les lumières ne sont qu’artificielles. EB

 

Jean-Philippe Blondel

THIS IS NOT A LOVE SONG

Robert Laffont

 

La quarantaine flamboyante, Vincent revient dans sa ville natale, dix ans après l’avoir quittée. La ville où il glandait, loser en devenir. Jusqu’à ce départ pour Londres, où il a réussi dans les affaires. Etienne, l’ami inséparable de sa jeunesse, est resté sur place. Vincent va découvrir ce destin opposé au sien.

Il y a un côté dérangeant dans This is not a love song. Peut-être parce que le narrateur ressemble à un parvenu assez détestable, même au moment de son repentir. Mais aussi parce que Jean-Philippe Blondel (auteur entre autres de Juke Box) maîtrise admirablement le doux-amer, l’humour à froid. Dans son style âpre, avec ses phrases qui claquent, il navigue entre arrogance, ironie et émotion contenue. C’est peut-être aussi sa manière de gratter derrière les apparences qui dérange: dans leur cruauté, les rapports humains, le mélange d’amitié et d’égoïsme sont dessinés avec un don d’observation qui sonne tragiquement juste. Eric Bulliard

 

 

Hugo Boris

LA DÉLÉGATION NORVÉGIENNE

Belfond

 

Il y a deux ans, son premier roman, Le baiser dans la nuque, laissait déjà éclater un talent évident. Avec La délégation norvégienne, Hugo Boris confirme: alors qu’il n’a pas trente ans, il fait preuve d’une assurance assez bluffante. Dans un genre totalement différent, à mi-chemin entre le thriller et la réflexion littéraire.

La délégation norvégienne se présente comme un livre à suspense: Hugo Boris use des codes de la littérature fantastique ou d’horreur pour installer un climat angoissant. Le héros, René Derain, rejoint une cabane perdue dans une immense forêt nordique. Il y a là cinq hommes et deux femmes, venus des quatre coins de l’Europe pour une partie de chasse. La neige commence à tomber. Les touristes-chasseurs sont bientôt prisonniers, dans le froid. Les vivres manquent, la peur grandit. René Derain, en particulier, devient parano. Il croit capter des signes: et s’il était victime d’un piège? Et s’il y avait là une force qui le dépasse?

Parler de La délégation norvégienne, c’est prendre le risque de trop en dire. Simplement, il faut préciser que l’histoire permet peu à peu de s’interroger sur la création littéraire et sur l’acte de lecture. Hugo Boris s’est lancé là dans un exercice «oulipien» qui donne au livre un tour encore plus passionnant, impliquant le lecteur de manière inattendue.

C’est d’autant plus réussi qu’il parvient à éviter le côté exercice de style, grâce à sa finesse d’écriture, à sa manière de décrire cette forêt, l’ambiance de cette cabane désolée et cette peur qui monte. Et pour arriver là où il le voulait, l’auteur a même convaincu son éditeur de publier son livre avec les dernières pages non massicotées, c’est-à-dire non coupées. Très efficace. Eric Bulliard

 

Jacques A. Bertrand

J'AIME PAS LES AUTRES

Julliard

Avant même de commencer la lecture, on se dit qu’avec un si bon titre, le livre ne peut pas être totalement mauvais… L’impression se confirme très vite: ce bref roman d’apprentissage (aux couleurs autobiographiques) se révèle jubilatoire. A l’heure où tant d’auteurs la jouent trop sérieux, Jacques A. Bertrand mise sur la légèreté et une forme de nonchalance qui laisse toutefois pointer une dose de mélancolie. Il en résulte un ton singulier, un humour tout de bonhomie.

On suit donc avec délice le narrateur, Anatole Berthaud, de sa petite enfance («plutôt heureuse, s’il n’y avait eu les autres») à ses soixante ans, en passant, notamment, par l’armée («le service militaire, c’est que des autres»). L’école, les filles, les premiers baisers, les études de celui qui se définit comme un «apprenti clown-poète à croissance lente»… le tout sans se prendre au sérieux, avec des digressions savoureuses, que ce soit sur les relations entre Sartre et Simone de Beauvoir ou sur l’autobiographie, qui est «vraisemblablement la forme de littérature la plus romanesque». Eric Bulliard

 

David Baldacci

LE CAMEL CLUB

Belfond

 

Des complots partout…

Il se fait appeler Oliver Stone. Personne ne sait rien de son passé. Avec quelques amis, il a fondé le Camel Club: partisans de la théorie du complot, ils se sont donné pour mission de surveiller leurs autorités. Un soir, ils assistent au meurtre d’un agent du service de contre-espionnage. C’est le début d’un sacré imbroglio, qui mêle les services secrets, des terroristes qui complotent contre le président des Etats-Unis… et le passé d’Oliver Stone, qui va bien finir par remonter à la surface.

A sa manière carrée et sans surprise, David Baldacci tisse un roman d’espionnage touffu. Sur fond de terrorisme international et de parano post-11 septembre, il met lentement en place décors et personnages. Avant d’accélérer le rythme et de réussir quelques scènes assez haletantes. S’ajoute un effet de réel troublant, fondé sur un travail de documentation impressionnant.

Eric Bulliard