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Philippe Djian
INCIDENCES
Gallimard / 240 pages
Professeur de littérature à l’université, Marc a pris l’habitude de coucher avec ses étudiantes. Jusqu’au jour où, au petit matin, il retrouve l’une d’elles morte dans son lit. Il ne s’en émeut pas plus que ça, se débarrasse du corps. Avant de nouer une relation qu’il n’imaginait pas avec la belle-mère de la disparue.
Dès les premières pages, quelque chose ne tourne pas rond. Marc n’a pas l’air tout net et les liens qui l’attachent à sa sœur cachent un passé terrible. Incidences avance sur le fil de ces ambiguïtés, que Philippe Djian manipule avec tact et brio, dans une langue acérée. Il crée un trouble qui va crescendo, jusqu’au final, dévastateur. Et en profite pour livrer sa vision de la littérature: «N’importe quel crétin est capable de raconter une histoire. La seule affaire est une affaire de rythme, de couleur, de sonorité.» EB
Daniel Depp
LES LOSERS D'HOLLYWOOD
Presses de la Cité / 288 pages
Demi-frère d’un certain Johnny, Daniel Depp a choisi un milieu familier pour Les losers d’Hollywood, un polar bien ficelé. Pour son premier roman, ce scénariste et producteur met en scène le monde du cinéma, ses dérives, ses hypocrisies, ses violences. Comme le dit un acteur has been du livre: «On interdit les combats de coqs, mais c’est du Monopoly comparé à ça.» Ancien cascadeur, David Spandau est devenu détective privé. Sa nouvelle mission: protéger une jeune star d’Hollywood, menacée de mort. Spandau va vite comprendre que cette situation banale cache un chantage, qui dévoile les liens entre crime organisé et univers du cinéma. Avec ses personnages solides et très crédibles, ses apartés pertinents sur Beverly Hills ou l’usine à rêve, sa manière de jouer avec les codes du genre, Daniel Depp signe une entrée convaincante dans le roman noir américain. EB
Guillermo Del Toro / Chuck Hogan
La Lignée
Presses de la Cité
Les suceurs de sang sont dans l’air du temps. Avec La lignée, premier tome de sa trilogie vampirique, le réalisateur Guillermo Del Toro, associé à Chuck Hogan, ajoute sa brique au mythe. Un avion se pose à New York. A son bord, plus de 150 cadavres. Un plan d’urgence est mis en place. Mais la pandémie n’aura rien de naturel: les morts vont rentrer chez eux, disséminer leurs «vers» et se reproduire. Le duo livre un texte nerveux, prenant parfois, proche du récit de zombies, et s’approprie différentes traditions: du Moyen Age, il tire un vampire bestial; de Bram Stocker (Dracula), l’asservissement à un Maître; d’Anne Rice (Entretien avec un vampire) la société parallèle. Mais l’abus de personnages stéréotypés, les rallongements ou la multiplication des exemples de contamination nuisent à la lecture. La lignée ressemble encore trop à un long script. RM
Nicolas Dousse
DOUBLE VIE
Thélès
Médecin à Belfaux, Nicolas Dousse signe, avec Double vie, son troisième livre. Une bien étrange histoire, qui a pour décor un cimetière, des tombes, des morts, un fossoyeur, une pelle… Il y a un peu de l’inspiration d’Edgar Allan Poe dans ce récit morbide. Le héros, Stanislas, vient d’enterrer sa grand-mère, qu’il adorait. Très troublé par sa ressemblance avec son grand-père, mort il y a très longtemps, il se rend tous les jours au cimetière. Il demande au fossoyeur de rouvrir la tombe où sont désormais réunis ses grands-parents. Et, ô surprise, il n’y a plus de cercueil, mais une pelle au fond du trou! C’est le début d’une plongée dans un passé peu reluisant… De par sa profession, Nicolas Dousse reçoit des confidences de ses patients. On peut imaginer que c’est dans ce cadre-là que cette histoire lui a été relatée… L’idée d’en faire un conte, à la manière d’une nouvelle, était bonne. Reste que l’art de la nouvelle est certainement le genre littéraire le plus difficile. Brièveté, concision, art de la suggestion et de l’ellipse: c’est ce qui manque à ce récit qui, retravaillé, élagué, aurait gagné en nerfs, en muscles, bref en tension dramatique… MPA
Abdelkader Djemaï
UN MOMENT D'OUBLI
Seuil, 96 pages
C’est devenu sa spécialité: des romans brefs, tout de pudeur, qui lui permettent d’aborder des sujets poignants. Abdelkader Djemaï a notamment démontré sa maîtrise du genre avec Nez sur la vitre et Gare du Nord. Un moment d’oubli poursuit dans la même veine. L’histoire est celle d’un ancien policier devenu SDF. Pourquoi? Comment? On l’apprend au fil de ces quelques pages poignantes, où l’on suit cet homme que personne ne voit, dont personne ne s’inquiète. «Tu n’es qu’un fantôme, une silhouette morte, une ombre creuse qui se traîne sur les trottoirs de S…» Sans un mot plus haut que l’autre, le lecteur pénètre peu à peu ce mystère, cette douleur. Et comprend comment la vie de cet homme a basculé. La ficelle paraît un peu grosse, artificielle, mais efficace. EB
Philippe Dubath
CHEZ MARCEL IMSAND:
L’atelier du photographe
Le Cadratin
«Ses cheveux blancs vont bien avec la lumière pâle de la mansarde. Ses yeux bleus vont bien avec sa barbe grise. Il fait nord, il fait Hugo, il fait poète.» Il est comme ça, Marcel Imsand, sous la plume de Philippe Dubath. Journaliste à 24 heures, il vient de publier L’atelier du photographe, un petit régal d’écriture et de photographies espiègles. A Lausanne, l’atelier du photographe aux origines gruériennes est un poème en soi. «Aux murs, les regards de Brel, Dali, Brassens, Béjart, Paul et Clémence, Germaine et Georges, Reggiani, Marceau…» On y trouve de tout, comme dans un inventaire à la Prévert. «Des boîtes de film, des boîtes de rien, des boîtes de deux fois rien.» Quelques natures mortes photographiques, un texte profondément émouvant parviennent à décrire le délicieux capharnaüm, à faire humer les odeurs de la lumière rouge. «Laissez-moi vous parler avec mon petit Leica silencieux, laissez-moi attraper de vous ce qui peut rester de vous quand avec les jours et les ans nous ne serons plus vous et moi que des vents légers qui souffleront sur nos descendants.» En septembre prochain, Marcel Imsand fêtera son huitantième anniversaire. A cette occasion, le Musée gruérien, à Bulle, lui consacrera une exposition, où se retrouveront Milet et L’Est et l’Ouest, les deux frères de Vaulruz, ainsi que Paul et Clémence, sans doute ses images les plus sensibles. A noter encore que les Editions La Sarine préparent un livre pour célébrer cet anniversaire. Et que Katia Delay Groulx mettra en scène à L’Arsenic (en avril/mai) et à CO2 (en octobre) une adaptation des Confidences de Marcel Imsand à sa fille… CD
Philippe Djian
IMPARDONNABLES
Gallimard
Ecrivain à succès, sexagénaire installé au Pays basque, Francis a vu sa femme et sa fille mourir devant ses yeux. Et voilà que sa deuxième fille, devenue actrice, disparaît sans laisser de traces. Son mari, un banquier ex-junkie, débarque avec ses jumelles. Comme si Francis avait besoin de ça, lui qui ne s’intéresse plus à ses petites-filles et qui soupçonne sa deuxième femme de le tromper. Trop, c’est trop: «Un jour, pardonner n’est plus possible», comme l’annonce la quatrième de couverture.
Quand tout va mal, tout peut toujours aller plus mal. En tout cas chez Philippe Djian, qui n’est pas du genre à dorloter ses personnages. Après la série à succès des Doggy bag, Impardonnables marque son retour au roman âpre et nerveux. Chez d’autres, une telle noirceur pourrait tourner au procédé facile. Pas ici. Parce que tout est dans la langue, dans le rythme, dans la puissance sèche derrière une apparente simplicité. Comme chez tous les vrais écrivains, l’essentiel reste le style, «ce gouffre, cette prison, cette tanière…» EB
Jean-Baptiste Del Amo
UNE ÉDUCATION LIBERTINE
Gallimard
C’est l’une des révélations de l’automne: ce premier roman de Jean-Baptiste Del Amo (26 ans) a frôlé le Goncourt, puisqu’il figurait parmi les quatre de la dernière sélection. Sûr, Une éducation libertine ne manque pas de qualités. Le livre suit l’itinéraire de Gaspard qui, en 1760, a quitté Quimper pour rejoindre Paris. Il découvre la ville, son fleuve immonde, les bordels, puis les salons de la bonne société. Il rencontre aussi le cynisme et les amours homosexuelles. ean-Baptiste Del Amo excelle à dire la puanteur, la saleté. La première partie de ce roman d’apprentissage suinte la crasse et l’urine. Impressionnant, malgré l’utilisation pas toujours heureuse de mots rares, «foule torpide», «filets algoïdes», «pupe éclose»… Mais la suite convainc moins. Jean-Baptiste Del Amo a tendance à en faire trop, dans ses descriptions crues comme dans les épreuves qu’il fait subir à son héros. Reste ces prégnantes images de «Paris, nombril crasseux et puant de France». EB
Benoît Duteurtre
LES PIEDS DANS L'EAU
Gallimard
On le connaissait comme chroniqueur et satiriste social, le voici qui se penche sur son enfance, sur sa famille. Qui n’est pas n’importe laquelle: Benoît Duteurtre avait pour arrière-grand-père René Coty. Dans Les pieds dans l’eau, l’ancien président de la République (de 1954 à 1959) demeure omniprésent, mais souvent en filigrane, comme une ombre planant sur ses descendants. Etretat, ses falaises, la côte normande forment les personnages centraux de ce roman familial. Benoît Duteurtre trouve les mots pour dire ce monde à la fois immuable et changeant, cette société de vacanciers, avec leur hiérarchie et leurs habitudes. Il évoque le bonheur de nager dans la fraîcheur de l’océan, se lance dans des réflexions sur le galet, qui «provoque cet irrépressible besoin d’être saisi, soupesé, puis jeté au loin devant soi». Le tout avec son sens de l’observation habituel et un rythme un rien nonchalant (en musique on parlerait de mid-tempo) qui ajoute un charme à part. EB
La Distinction
LES CINQUANTE ŒUVRES QUI COMPTENT EN SUISSE ROMANDE
Faim de siècle
Le principe est à la mode, genre «Les 100 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie». Voici qui comble un manque: Les 50 œuvres qui comptent en Suisse romande. On y découvre les ouvrages méconnus de figures médiatiques comme Jacques Pilet (poète à ses heures) ou Darius Rochebin, d’écrivains comme Etienne Barilier (qui a fini «de digérer le parapluie qu’il semblait avoir avalé» pour écrire un polar), Duras et Tournier. Et même d’hommes politiques, comme ce mystérieux Z, auteur de Moi, Joseph, stalinien.
Evidemment, tout est inventé (ou presque…): Les 50 œuvres qui comptent en Suisse romande reprennent des recensions de livres imaginaires parues depuis 1993 dans la revue La Distinction. Le résultat est forcément inégal, parfois jubilatoire, d’autres fois juste potache. Dans ses moments les plus réussis (le coup de griffe contre Nicolas Pages, par exemple), c’est un humour bienvenu dans une littérature romande souvent si sérieuse. EB
Patrice Duret
LES RAVISSEUSES
Zoé
On est d’abord frappé par la forme, très libre. Un style haché, des souvenirs, des lettres et des cartes postales. Des rencontres et des ruptures, des amours brisées. Après deux romans, Décisif et Le chevreuil, le Genevois Patrice Duret mélange les genres dans ces surprenantes Ravisseuses. Des bribes de narration à la poésie, il soigne le rythme et joue sur les ruptures, les différences de registre. De page en page, il manie le lyrisme et épure le langage jusqu’à n’en garder que l’essentiel, un souffle poétique, ample ou haletant: «Démarche fauve, c’est toi. Sûre et souple. / Entre nous, les paroles fusent. / Enfilage de mots. / Paroles délivrées. / Interlocuteurs actifs.»
Mais Les ravisseuses ne se résument pas à un exercice de style. Dans son étrangeté, dans sa manière de jongler avec allusions et non-dits, ce bref livre explore l’intime, ses joies éphémères, ses blessures plus ou moins cicatrisées. EB
Don DeLillo
L'HOMME QUI TOMBE
Actes Sud
Lui qui a souvent évoqué le terrorisme dans ses romans a fini par céder: le New-Yorkais Don DeLillo affronte à son tour, par l’écriture, le 11 septembre 2001. En s’intéressant surtout aux conséquences sur ses habitants déboussolés, sur cette société en miettes. Keith était dans une des tours, ce mardi matin. Sorti des cendres et des décombres, il s’est dirigé, sans savoir pourquoi, vers l’appartement de son ex-femme, Lianne. Dans sa main, une mallette dont il ne connaît pas le propriétaire. Dans la structure éclatée de L’homme qui tombe, on suit également Lianne, qui s’occupe de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, et les terroristes dans leurs préparatifs. Alors qu’un artiste multiplie les performances en ville, mimant une chute, suspendu à un fil. Tout cela peut déstabiliser, mais Don DeLillo impressionne par sa manière de retranscrire l’absurdité, la désolation, la perte de repères qui a suivi l’apparition, ce jour-là, des avions «d’argent traversant le bleu». EB
Patrice Delbourg, Jean-Luc Maxence, Florence Trocmé
L’ANNÉE POÉTIQUE 2008
Seghers
Année après année, les Editions Seghers poursuivent ce travail à la fois dérisoire et indispensable. Dérisoire, parce que, franchement, la poésie, aujourd’hui, ça intéresse qui? Et indispensable pour dire, justement, à quel point elle vibre, encore et toujours. L’année poétique réunit 120 auteurs qui ont publié en 2007. Avec ses notices biographiques, son annuaire des revues et des éditeurs, l’ensemble forme un panorama passionnant de la poésie actuelle. Qu’elle vienne de France, de Suisse, de Belgique, d’Afrique, du Québec, du Liban, des Antilles… Du côté des voix confirmées, on retrouve avec bonheur des poètes reconnus comme Lionel Ray, Georges-Emmanuel Clancier (né en 1914), Ludovic Janvier, Lorand Gaspar, Bernard Noël, le Libanais Salah Stétié, les Belges Guy Goffette, William Cliff et Jacques Izoard, l’Haïtien Jean Metellus… Sans oublier les disparus de l’année comme Pierrette Micheloud, Isidore Isou (inventeur du lettrisme) et l’ancien résistant André Migdal. Les Romands aussi sont largement représentés, avec des poètes aussi marquants que Pierre-Alain Tâche, Alexandre Voisard, Vahé Godel et José-Flore Tappy. On se réjouit en outre de découvrir la voix si claire d’un Paul-Eric Letellier, la douceur d’une Ophélie Jaësan («La bouteille débouchée – l’odeur/ d’une vieille lettre dont le papier / s’est auréolé d’espérance.») Ou encore le lyrisme de l’Haïtien James Noël («Je suis celui qui se lave les mains avant d’écrire.») Signe des temps, L’année poétique 2008 fait une place au slam, en particulier à Abd Al Malik. Drôle ou grave, puissante ou en sourdine, la poésie apparaît ainsi dans toute sa diversité et sa richesse. A l’heure où les éditeurs de ce secteur souffrent, comme le rappelle Bruno Doucey dans la préface, ce livre militant cherche à «fédérer les forces vives, mais dangereusement divisées de la poésie contemporaine». Et de donner envie de lire, de se plonger dans les textes: «Ce livre a été conçu pour ceux qui ont les yeux de la curiosité plus grands que le ventre du savoir.» Indispensable, vraiment. EB
Marie Darrieussecq
TOM EST MORT
P.O.L.
Au moment de Truismes, il y a déjà onze ans, on pouvait craindre que Marie Darrieussecq peine à rebondir après ce premier succès. Erreur: depuis, elle poursuit une œuvre plus discrète, mais intransigeante. Avec Tom est mort, elle s’est lancée dans un roman au sujet douloureux et signe une poignante réussite, toute de sobriété. L’histoire tient en une phrase: dix ans après la mort de son fils, quatre ans et demi, une mère raconte. Elle dit la douleur, l’incompréhension face à ce drame, dont l’explication n’arrive qu’au dernier paragraphe. Elle raconte aussi le travail de deuil, si difficile, malgré son mari et ses deux autres enfants, ce manque impossible à combler, toute la place prise par l’absent: «Avant, il s’appelait Tom Winter, maintenant, il s’appelle Tom est mort.» Toute la force de Marie Darrieussecq tient dans cette façon d’éviter le pathos. Dans l’évidence de cette écriture, sèche parfois, elle affronte son sujet sans faux-fuyant, mais sans appuyer ses effets. En équilibre parfait. EB
Vincent Delecroix
LA CHAUSSURE SUR LE TOIT
Gallimard
Le titre contient le principe de départ: imaginons une chaussure sur un toit. Imaginons ensuite son histoire et celle de son propriétaire. Bien sûr, il y a là un côté exercice de style, mais Vincent Delecroix parvient à surprendre et à éviter la lassitude. D’une part, parce que l’on découvre des échos entre ces histoires qui se croisent, entre ces personnages d’un même immeuble. D’autre part, l’écrivain-philosophe varie les genres et les styles: ses dix histoires se font drôles, réflexives, ironiques ou tendres. Dans cet étonnant roman, il y a une petite fille qui a vu un ange perdre cette chaussure, une jeune femme qui se souvient de son ami expulsé de France, une dame qui appelle les pompiers pour qu’ils aillent chercher ce maudit soulier… Sans oublier des renvois à Cendrillon, au pied pourri de Philoctète ou cet hilarant pastiche des discours d’un artiste contemporain. Et toujours cette chaussure énigmatique, qui finit par se transformer en une sorte de symbole des solitudes actuelles.
Eric Bulliard
Clara Dupond-Monod
LA PASSION SELON JUETTE
Grasset
Juette a treize ans. Elle est rêveuse, comme les filles de son âge. Mais, en cette fin de XIIe siècle, elle a l’âge de se marier. Une souffrance terrible, jusqu’à la mort de son mari, cinq ans plus tard. Juette refuse alors de se remarier, préférant consacrer sa vie aux lépreux, tout en cherchant à convaincre les jeunes femmes de fuir le mariage.
Avec La passion selon Juette, Clara Dupont-Monod s’est focalisée sur un personnage réel, né en 1158 à Huy. Son roman alterne les récits de la jeune femme et ceux de son seul ami, le religieux Hugues de Floreffe. Dans ce Moyen Age trouble, les courants mystiques comme le début des luttes cathares n’apparaissent qu’en filigrane. L’intérêt n’est pas ici dans la reconstitution historique, ni dans les détails pittoresques. Mais bien plutôt dans cette manière de chercher au plus profond de l’intimité. Du coup, le roman fonctionne sur les non-dits, sur les violences extérieures que l’on devine. Ce parti pris rend d’autant plus forte la voix de cette jeune femme et prégnante le poids de l’Eglise et des traditions.
Eric Bulliard
Thomas Dutronc
COMME UN MANOUCHE SANS GUITARE
Universal
Il a commencé à se faire un prénom par la guitare manouche, dont il a exploré les possibilités avec obstination. Prouvant au passage qu’on a beau être fils de, il n’y a que le travail et la persévérance qui comptent. Pour son premier album de chansons, Thomas Dutronc garde une base de jazz au parfum tsigane, une façon de jouer de la guitare héritée du maître Django Reinhardt. Là-dessus, il pose un regard amusé sur des tranches de vie aigres-douces.
La voix, elle, frappe d’emblée. Avec ses airs désinvoltes, on croirait entendre Dutronc père. A l’évidence, le fils a aussi hérité de son esprit de dérision. Comme dans ce bijou nostalgico-comique, Les frites, bordel, où il plaide pour le «bon gros morceau de viande» et la «révolution du saucisson». Ailleurs, Thomas Dutronc confirme qu’il est aussi à l’aise dans la simple et belle chanson (J’aime plus Paris, Comme un manouche sans guitare) que dans les morceaux intrumentaux. Bref, un premier album et déjà un univers original, séduisant. EB


