Par ordre alphabéthique
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Hubert Mingarelli
L’année du soulèvement
Seuil / 144 pages
Des hommes dans la montagne, dans un pays indéfini, à une époque qui ne l’est pas moins. Il y a eu une rébellion. Deux insurgés emmènent un prisonnier vers le sommet. Ils marchent, se parlent, attendent.
Livre après livre, Hubert Mingarelli creuse un sillon très personnel. Un style tout en douceur, une fine observation de la nature, un ton à part, qui oscille entre le réalisme et un univers hors du temps, comme suspendu. Proche de Quatre soldats (Prix Médicis 2003), L’année du soulèvement parvient, l’air de rien, à installer une tension entre ces personnages dont on ignore tout. Avec, au passage, quelques fulgurances, surgies de la simplicité: «Le bois était si vieux et si sec qu’il brûlait sans siffler, et ne faisait presque pas de fumée.» EB
Olivier Michel
A Dieu la france
Nil
Et si la France devenait une théocratie? Et si les curés prenaient le pouvoir? Journaliste au Figaro Magazine, Olivier Michel est parti de cette question saugrenue pour son premier roman. Paul revient en France après dix ans d’absence. Et tout a bien changé: le nouveau parti au pouvoir, le Saint Croc, a rendu la messe obligatoire, imposé ses interdits et ses lois, jusqu’aux flagellations publiques. Paul rejoint alors un réseau de résistants.
Sous ses airs de farce, A Dieu la France met en garde contre les dérives fondamentalistes. On y croise quelques personnages connus, comme le Père Guy Gilbert et ce célèbre philosophe marié à une Arielle mexicaine. Mais, vu l’état actuel de l’Eglise, on ne sait laquelle de ces grosses ficelles paraît la moins crédible: la prise de pouvoir des prêtres en France ou la démocratisation de l’Iran. A prendre comme une fable, légère et amusante, sans plus. EB
Pierre Mérot
Kennedy Junior
Robert Laffont / 190 pages
Il habite «Boboland», à Paris, il a 13 ans et tient un blog où il se fait appeler Kennedy Junior, par admiration pour les Etats-Unis. Et par opposition à ses parents: «Ils sont contre le réchauffement climatique, ils nous gavent de produits biologiques, ils achètent régulièrement des saloperies issues du commerce équitable.»
A travers la voix de cet «adolescent légèrement amélioré», Pierre Mérot s’en donne à cœur joie. Celui que Beigbeder a qualifié un jour de «plus grand romancier alcoolique vivant», auteur de l’excellent Mammifères (2003), se régale dans cette satire hilarante. On s’amuse à suivre ce Kennedy Junior, aux obsessions sexuelles de son âge, autoproclamé «homme de droite», qui découvre l’insurrection gauchiste… et la lecture. Pas n’importe laquelle: des «putains de vrais livres», des «bouquins qui sentent la rue et la sueur» et non pas les «tièdes conneries patrimoniales & goncourables». Et tout est de ce réjouissant tonneau. EB
L’horizon
Patrick Modiano
Gallimard / 176 pages
Les mauvaises langues continueront à dire qu’il écrit le même livre depuis quarante ans. Patrick Modiano creuse son sillon, imperméable aux modes. Dès les premières lignes de L’horizon, le terrain est connu: «Depuis quelque temps Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives.» Nous revoici dans cette atmosphère si singulière, entre rêve, réalité et mélancolie, dans un flou où baignent des personnages du Paris d’après-guerre. Ce Jean Bosmans se souvient surtout de sa relation avec Margaret, il y a quarante ans. Peu à peu, il se met en tête de la retrouver. Oscillant entre passé et présent, L’horizon se présente comme un extraordinaire roman sur le temps, sur les fantômes de jadis. Et sur ces chemins que l’on a choisi de suivre ou de négliger. Le tout avec une langue qui coule en douceur et vous envoûte. A bientôt 65 ans, Modiano est au sommet. EB
Michel Moret
DANSER DANS L'AIR ET LA LUMIÈRE
L’Aire / 168 pages
En 2006, dans Beau comme un vol de canards, Michel Moret levait un voile sur son activité d’éditeur, lui qui dirige L’Aire, à Vevey, depuis plus de trente ans. L’«étonnant accueil de la presse et du public», écrit-il en avant-propos de Danser dans l’air et la lumière, l’a incité à poursuivre son journal.
De mai à novembre 2008, on le suit jour après jour, sur un ton plus rasséréné, puisque les doutes sur l’avenir de L’Aire sont levés. Au fil des pages se mêlent lectures, questionnements mystiques, fascination de l’Orient, enthousiasmes (à la découverte d’un manuscrit inattendu, comme celui de l’avocate aveugle Brigitte Kuthy Salvi), déceptions… Et tous ces moments partagés, entre crise bancaire et Eurofoot, Voltaire et Alfred de Vigny. Des petits riens et de grandes émotions qui célèbrent les livres et la vie. EB
Didier Müller
9 COURONNES
Société jurassienne d'Emulation
Didier Müller enseigne les mathématiques à Porrentruy. Les spécialistes connaissent de lui son livre Les codes secrets décryptés. Car c’est là son dada: la cryptographie, jusqu’à en devenir un expert reconnu. Avec 9 couronnes, il offre un cours sous la forme d’un roman policier: un tueur en série rôde dans le Jura. Toujours le même modus operandi: deux balles dans le cœur et la présence d’un message codé...
Le narrateur est demandé à l’aide. Simple. Mais en expliquant à sa compagne comment il parvient à percer les codes du tueur, Didier Müller parcourt l’histoire de la cryptographie. Plus que par ses qualités d’écriture – ce n’est pas son but – c’est son côté ludique et didactique qui fait de 9 couronnes un livre intriguant. Le neuvième chapitre ne se trouve que sur internet, pour ceux qui auront réussi à déchiffrer le code contenu dans le livre. Un exercice pratique. Pour les autres, un e-mail à l’auteur suffit à obtenir le précieux sésame... RM
Haruki Murakami
AUTOPORTRAIT DE L'AUTEUR EN COUREUR DE FOND
Belfond
Effort de solitude
Courir, c’est se retrouver seul face à soi-même, dans un sentiment douloureux et – pour certains – jouissif d’une transcendance par l’effort. Il n’y a là aucun mystère, mais le point de départ du dernier ouvrage d’Haruki Murakami. L’écrivain nippon, délaissant ses personnages ambigus et louvoyants, maltraite ses habitudes pour parler de lui et de sa passion de la course. Et en tirer quelques considérations, notamment sur son métier d’écrivain.
L’auteur fait courir le lecteur à côté de lui, partageant l’effort, les douleurs et les joies des marathons. Mais son style vif, qui fait tant merveille dans ses romans, ne donne pas toujours de prise à cet essai autobiographique. On sent que Murakami s’est fait plaisir, mais on a parfois du mal à le suivre, à s’intéresser à ses problèmes musculaires, à sa volonté inflexible, à sa pensée vagabonde. L’ouvrage intéressera plutôt les inconditionnels de ce très grand écrivain. RM
Mo Hayder
SKIN
Presse de la cité
L’année dernière, dans Rituel, Flea Marley et Jack Caffery avaient résolu une cauchemardesque affaire de sorcellerie. Avec Skin, la Britannique Mo Hayder reprend ses héros là où elle les a laissés. Soit quelques jours après ce pénible dénouement. Cette fois-ci, plusieurs affaires s’entremêlent. Une jeune fille s’est apparemment suicidée, même si Caffery soupçonne un meurtre. Toutes les forces de la police sont occupées par la disparition de Misty Kinston, femme de footballeur. Et Flea ne se doute pas qu’elle va se retrouver mêlée à ce mystère. Moins glauque que son prédécesseur, Skin possède cette atmosphère sombre et froide qui devient la marque de fabrique de Mo Hayder. Un bon polar, impeccablement construit, glaçant, idéal pour l’été. EB
Hubert Mingarelli
LA PROMESSE
Seuil, 142 pages
Livre après livre, Hubert Mingarelli creuse son sillon. Patiemment. Avec des personnages en recherche, comme hors du monde, une nature omniprésente et de la pudeur à chaque phrase. La promesse poursuit la lignée de Quatre soldats (Prix Médicis 2003), de La beauté des loutres, du Voyage d’Eladio…
Fedia et Vassili se sont rencontrés à une école de matelots, au bord de la Baltique. Le roman commence des années plus tard. Fedia navigue sur un lac, seul. Avec lui, une boîte de cendres. A son trajet se mêlent l’histoire de ces deux amis, leurs rêveries au coin du feu. Et Mingarelli confirme son art de parler d’amitié, de fidélité, de vie et de mort à travers des petits riens, ces «odeurs fraîches et légères, comme s’il venait de pleuvoir» ou ce mégot de cigarette jeté dans l’eau. EB
Michael Moorcock
La légende de Hawkmoon
Omnibus, 981 pages
Après le «Tragique millénaire», l’Europe est retournée à un Moyen Age recomposé, où sorcellerie et science cohabitent. Mais une force maléfique menace: la Granbretanne. Devant les desseins fascisants du Ténébreux empire se dresse un homme avide de vengeance, Dorian Hawkmoon von Köln. Avec ce héros, avatar le moins torturé de son Guerrier éternel, Michael Moorcock fait un pied de nez à la tradition anglo-saxonne qui place l’amoral ailleurs.
La saga s’inscrit dans l’aventure pure. En digne héritier d’Edgar Rice Burroughs (Tarzan), le père d’Elric et de la fantasy moderne fait montre d’efficacité. Mais l’action sacrifie au pulp: les raccourcis sont faciles, les coïncidences opportunes, voire miraculeuses. Cela produit un léger agacement, malgré tout congédié par un style limpide et une imagination fourmillante, qui ont fait de Hawkmoon un classique du genre. RM
Michel Manière
PARFOIS, DANS LES FAMILLES
Seuil
Paul observe sa famille, ses parents, son frère fugueur et sa sœur qui écrit secrètement un roman. Il est venu au monde bien plus tard et c’est avec ses yeux d’enfant qu’il voit les troubles adolescents de ses aînés. Lui-même dessine, s’occupe de son lapin et tente de comprendre ce qui se passe autour de lui.
Dans Parfois, dans les familles, Michel Manière alterne les points de vue pour conduire le lecteur vers le drame qui va frapper cette famille. Dans une langue limpide, il fait preuve d’un art raffiné de l’implicite. Ce qui explique sans doute que le livre, une fois refermé, laisse une trace étrange. Entre l’émotion d’avoir vécu au cœur de cette famille, de son malheur, et les interrogations restées en suspens en raison de tous ces non-dits. EB
Andreï Makine
LA VIE D'UN HOMME INCONNU
Seuil
Né en Sibérie en 1957, arrivé en France à 30 ans, Andreï Makine s’est fait connaître du grand public par l’excellent Testament français, Prix Goncourt et Médicis en 1995. Depuis, il poursuit une œuvre à la fois puissante et délicate, qui atteint un nouveau sommet dans La vie d’un homme inconnu. Ecrivain, Choutov ne goûte guère les lettres actuelles, préférant Tchekhov aux «petites dissertations de psychologie que les Français appellent “romans”.» Quand son amie Léa le quitte, cet ancien dissident décide de retourner à St-Pétersbourg. Dans cette Russie qu’il ne reconnaît plus, il rencontre un vieil homme, qui lui raconte son parcours: le siège de sa ville par les nazis, puis les purges, la vie des camps. Et, dans ce chaos, un amour insubmersible. Superbe de maîtrise, Andreï Makine, jamais larmoyant, ne craint pas d’aller très loin dans le drame et l’émotion. Comme pour rappeler, avec force, que tant qu’il reste l’amour, le théâtre et la littérature, tout n’est pas perdu dans ce monde en dérive. EB
Janine Massard
L'HÉRITAGE ALLEMAND
Bernard Campiche
C’est une histoire de famille peu ordinaire. Celle de Heide, une Allemande mariée en Suisse en 1935. Son frère a fait la guerre sous l’uniforme SS. Elle sait peu de chose de cette période, veut croire qu’il était boulanger ou brancardier. Toujours est-il qu’une malédiction semble frapper leur descendance. Les maladies graves se multiplient, y compris chez les jeunes enfants. Heide en vient à s’interroger: et s’ils payaient les crimes de leurs aînés? Après Le jardin face à la France (2005), Janine Massard continue de se pencher sur la période trouble de la Seconde Guerre mondiale. Par le biais de cette famille, elle s’interroge sur la culpabilité et le prix à payer pour les fautes de nos aïeux. Sur les non-dits, aussi, que Léa, belle-fille de Heide, cherchera à percer en fouillant le passé. D’une plume alerte, Janine Massard tisse les fils de ces existences blessées. C’est à la fois habile, prenant et mystérieux. EB
Michel Le Bris
LA BEAUTÉ DU MONDE
Grasset
Ils étaient des pionniers. Des stars aussi: dans les années 1920, Martin et Osa Johnson ont été parmi les premiers à réaliser des films animaliers. En Afrique, en particulier. Les premiers aussi à prendre conscience de la fragilité de cette faune, à une époque où ces animaux étaient surtout des trophées de chasse. Fondateur du Festival Etonnants voyageurs, à Saint-Malo, Michel Le Bris retrace le destin de ces «amants de l’aventure». En s’intéressant surtout au premier voyage en Afrique (1921-1922), fondateur, où le couple découvre, dans la souffrance, un eden miraculeux.
Michel Le Bris excelle à décrire aussi bien les terres sauvages, avec force détails, que le New York de la prohibition, qui découvre le jazz. La beauté du monde a de quoi ravir les amateurs de roman d’aventures, de destins fabuleux. Même si, malgré leur souffle épique, ces 680 pages bien tassées n’évitent pas toujours un aspect un peu répétitif. EB
Pierre Mérot
ARKANSAS
Robert Laffont
Il y a des loosers magnifiques, de l’alcool, du sexe, du sang. De l’horreur et du rire. Il y a un écrivain, caricature réjouissante de Houellebecq, qui s’est retiré dans un lieu fermé, baptisé Arkansas, en Espagne, avec la secte de ses adorateurs. Où l’utopie devient cauchemar. Un autre écrivain, vieillissant, se confie au narrateur. Il y a tout ça et bien plus dans ce drôle de roman de ce drôle de Pierre Mérot.
Arkansas se présente tour à tour comme une fable (avec pour morale: «Il est toujours difficile, ridicule et irréaliste d’espérer en l’humanité») ou comme une farce. D’une liberté totale, Pierre Mérot part un peu dans tous les sens. Une fois le livre refermé, on se demande toujours où il veut en venir. Reste que «le plus grand romancier alcoolique vivant» (selon Beigbeder) confirme qu’il occupe une place à part dans la littérature actuelle. Au passage, il livre cette définition splendide de l’artiste: «Une saloperie qui tuerait père et mère pour une phrase réussie. Un dé à coudre d’humanité. Et pourtant! Pourtant! Quelqu’un qui vous apporte Dieu sur un plateau!» EB
Michael Moorcock
LE CYCLE DU GUERRIER DE MARS
Omnibus
Le cycle du Guerrier de Mars représente une des premières contributions de Michael Moorcock à l’heroic fantasy. Ce dernier a écrit les trois romans qui le composent en moins d’une semaine (eh oui!), à l’âge de 19 ans, à la fin des années 1950. Très influencées par Edgar Rice Burroughs (le père de Tarzan), ces œuvres de jeunesse doivent énormément à George Orwell, notamment à sa Machine à explorer le temps. Sauf que, cette fois, le héros se déplace aussi dans l’espace. Michael Kane possède toutes les caractéristiques du héros traditionnel: beau, fort, intelligent, moral... même s’il trucide à tour de bras. Téléporté sur Mars et dans le passé alors qu’il testait un appareil de transmission de matière, il y trouvera l’amour et l’aventure dans un monde peuplé de créatures extraordinaires. Une variation amusante sur l’histoire du prince charmant sauvant la belle princesse captive du dragon.
Mais les récits de ces aller-retour entre Mars et la Terre sont prenants, rythmés, frais, légers. Ils permettent de découvrir les prémices d’un auteur devenu classique, qui, à l’inverse de ce cycle, va souvent s’opposer aux clichés du genre, avec notamment son célèbre antihéros Elric de Melniboné. RM
Jérôme Meizoz
PÈRE ET PASSE
Editions d’en bas & Le temps qu’il fait
Il est l’un des meilleurs connaisseurs de la littérature romande, auteur d’essais sur Ramuz, Chappaz, Lovay… Jérôme Meizoz signe aussi régulièrement des recueils de proses brèves, une forme qui sied à son ton délicat, à sa justesse de voix. Sous une belle épigraphe de Bouvier («J’avais eu cette chance d’aimer beaucoup mon père»), il rassemble ici 40 courts textes emplis de pudeur, autour de son père vieillissant. De cet homme «qui pourrait vous écraser d’un coup» et qui a «toujours été viscéralement socialiste […] Révolte de voir “les gros bouffer tout le gâteau”». Dans ses éclats brillent des bribes de souvenirs, des mots que l’on n’a pas su dire, une incompréhension entre cet homme enraciné dans son Valais et le fils amoureux des lettres. Au-delà des anecdotes émouvantes, Jérôme Meizoz tisse un très beau «drap de mots», comme il l’écrit en préambule: «Moi qui ai tant reçu de lui, que puis-je faire maintenant qu’il s’éloigne? Préparer une chambre de papier pour accompagner sa sortie.» EB
Henning Mankell
PROFONDEURS
Seuil
On connaît Henning Mankell comme l’une des stars mondiales du polar. Mais, au côté des aventures de l’inspecteur Wallander, l’auteur suédois poursuit une œuvre dans la littérature dite sérieuse. Très sérieuse, même, à en croire Profondeurs, roman puissant, voire étouffant.
L’atmosphère est froide, pesante. Nous sommes en Suède, en 1914. Début de la guerre, que, dans ce pays neutre, on perçoit au loin. Le capitaine Lars Tobiasson-Svartman reçoit la mission de chercher une nouvelle route maritime, dans la mer baltique. Au cours de son travail, il découvre une femme seule, sur un îlot perdu. Elle le fascine, au point de l’entraîner dans les mensonges puis dans la folie.
Le lecteur aussi se retrouve peu à peu happé par cette étrange histoire de démence croissante. Mais il faudra bien quelques pages pour s’installer dans ce roman sombre, pour apprivoiser cette écriture âpre et, parfois, alourdie, qui semble vous coller aux semelles comme une neige de fin d’hiver. EB
Kate Mosse
LABYRINTHE
Livre de poche
Carcassonne la superbe livre ses secrets cathares
Huit cents ans que la légende des Cathares et leur massacre par les barons du nord de la France continue de passionner. Dans Labyrinthe – sorti en poche en mai, à grand renfort de matraquage publicitaire – l’Anglaise Kate Mosse nous entraîne au cœur de Carcassonne, cité magnifique qu’elle fait vivre à deux époques différentes. En 1209, Alaïs reçoit de son père l’Intendant un document qu’elle doit protéger. En 2005, lors de fouilles archéologiques, Alice découvre dans le sud de la France une grotte où reposent deux corps depuis plusieurs siècles. Mystères, Eglise et secrets du Graal, des thèmes qui évoquent forcément le Da Vinci Code. Mais le roman de Kate Mosse, d’un tout autre registre, se base avant tout sur les personnages, leurs destins et leurs fatalités. Passé et présent se croisent, puis se mêlent pour mieux se regrouper. Un roman hyper documenté et passionnant.
Karine Allemann
Patrick Modiano
DANS LE CAFÉ DE LA JEUNESSE PERDUE
Gallimard
Depuis La place de l’Etoile en 1968, Patrick Modiano poursuit son œuvre dans le sillon si personnel qu’il a tracé. Une œuvre en sourdine, pleine de mélancolie, de souvenirs brumeux, de personnages perdus de vue dans ce Paris d’après-guerre, à l’époque où l’on téléphonait à AUTEUIL 15-28. Avec Dans le café de la jeunesse perdue, au titre si «modianesque», il confirme qu’à 62 ans il fait plus que jamais partie des plus grands écrivains français contemporains.
Récit à quatre voix, le roman se concentre autour de la mystérieuse figure de Louki. Une jeune femme, toujours en fuite ou en quête, qui fréquentait volontiers le café Condé, point de départ d’où irradie le roman. On peut penser que Modiano se répète, que tous ses romans se ressemblent. Peut-être. N’empêche qu’à chaque fois, la magie opère et on se laisse prendre, on se laisse séduire par ses personnages fuyants. Par cette langue, surtout, cette fameuse petite musique, reconnaissable dès les premières lignes. EB


