Par ordre alphabéthique
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Mark Sarvas
HARRY REVU ET CORRIGÉ
Nil / 352 pages
Aux Etats-Unis, Mark Sarvas s’est fait connaître par son blog littéraire. Avant de publier ce premier roman devenu best-seller. Preuve qu’on a beau être une star du net, l’attrait du livre (en papier) demeure…
Harry revu et corrigé suit la transformation de Harry Rent. Après la mort inattendue de son épouse, il s’amourache de Molly, jeune serveuse dans un café, où il s’est arrêté en se rendant au funérarium. Il va tout faire pour conquérir la jeune fille… en multipliant gaffes et maladresses. Plein d’humour, esquissant une réflexion sur l’absence et les manières de la compenser, ce premier roman ne manque pas d’atouts, malgré un style assez plat. Le problème, c’est que l’on peine à croire en cet antihéros pathétique. Que ce radiologue du quartier huppé de Bel Air ait de tels comportements de postadolescent mal dégrossi, franchement, ça paraît fort de café. EB
Jean-Jacques Schuhl
ENTRÉE DES FANTÔMES
Gallimard / 152 pages
Il faut se lancer sans crainte dans ces divagations, comme en rêve. Goûter avec délectation cette étrange élégance. Il y a du David Lynch dans Entrée des fantômes, quatrième roman (en quarante ans) de Jean-Jacques Schuhl. L’impression que même si quelque chose nous échappe, l’auteur nous atteint au plus profond. Avec une classe de «Frankenstein-le-Dandy» qui, le sourire en coin, compose une œuvre par collages, citations, renvois. ’histoire? Disons qu’il s’agit d’un écrivain qui peine à avancer dans son nouveau roman, une œuvre noire fantastique. Remontent alors souvenirs et fantômes, références au cinéma, à la littérature, au théâtre, au surréalisme. Le tout dans un flot d’images et de phrases superbes. Après Ingrid Caven (Prix Goncourt 2000), Jean-Jacques Schuhl se montre à la hauteur de sa réputation d’écrivain aussi mystérieux que précieux. Jubilatoire pour qui accepte de se perdre dans son sillage. EB
Jean-Guy Soumy
LE CONGRÈS
Robert Laffont / 276 pages
«L’histoire fait froid dans le dos: ce Congrès n’est autre qu’un procès en impuissance. En clair, devant un aréopage de religieux, d’hommes de loi, de médecins et de matrones, le mari doit prouver qu’il peut honorer son épouse. En plus clair encore, comme on disait en ce curieux XVIIe siècle: «Dresser, pénétrer, mouiller.»
Cette épreuve, Guillaume Vallade va devoir la subir. Sa famille, catholique, entend ainsi le discréditer, briser son mariage avec une jeune protestante, et mettre la main sur son héritage: les marchés de la construction de Versailles. Jean-Guy Soumy raconte avec précision cette épreuve. Dans un style simple, sans grands effets, il trouve le ton idéal, jamais scabreux ni rigolard pour montrer ce jeune couple, émouvant dans l’épreuve, écrasé par une société et une Eglise trop puissantes pour lui. Effrayant. EB
Donald Spoto
GRACE KELLY
Presses de la Cité / 288 pages
Amateurs de scandales s’abstenir! Après des biographies d’Ingrid Bergman, Marylin Monroe, Audrey Hepburn ou encore Alfred Hitchcok, Donald Spoto s’attache au destin de Grace Kelly. L’actrice devenue princesse, disparue en 1982, lui avait demandé d’attendre 25 ans après sa mort pour dévoiler certains volets (bien sages) de leurs conversations. Délai tenu.
Plus proche de l’hommage que de l’enquête biographique, Grace Kelly se concentre avant tout sur les années les plus riches artistiquement. Entre 1950 et 1956 (année de son mariage avec le prince Rainier), cette Américaine de bonne famille enchaîne les productions à la télévision et au cinéma. Elle qui déteste Hollywood tourne notamment trois films avec Hitchcock en 1953 et 1954. Le succès ne l’empêche pas de rêver surtout de théâtre… et de mariage! Avant de trouver à Monaco, selon Hitchcock, «le meilleur rôle de sa vie». EB
Lydie Salvayre
BW
Seuil
Ce livre, elle l’a écrit poussée par une «nécessité impérieuse», à la suite du drame qui a touché son compagnon, l’éditeur Bernard Wallet: en mai 2008, il perd subitement la vue. Décollement de rétine, opération, complications… «Pendant une quinzaine de jours, BW se demande s’il ne va pas devenir définitivement aveugle. C’est dans ce laps que naît ce livre.»
Lydie Salvayre l’écoute raconter ses voyages «pour trouver un pays où vivre valait la peine de braver la mort», ses trekkings dans l’Himalaya, ses séjours dans un Liban en guerre… Cette vie d’aventurier l’a amené à l’édition, lui l’amoureux de la vraie littérature, loin des «livres bios, des livres inoffensifs et propres». Au final, un portrait en gros plan, sur le mode brut et libre, d’un homme plein de panache et de fougue, flamboyant de vie. EB
Anne-Marie Simond
LE SÉDUCTEUR
Editions du Héron / 320 pages
L’envers de Don Juan
Dessinatrice de La petite Alice, Anne-Marie Simond faisait son entrée en littérature, en 1990, avec Le séducteur. Publié à Paris chez Olivier Orban, le voici réédité aux Editions du Héron, qu’elle a fondées à Lausanne avec Philippe Dubuc. Ce Séducteur n’est autre que Don Juan. Dans la Venise du XVIIIe siècle, ce tombeur qui se croit irrésistible trouve à qui parler: des femmes lui résistent, l’humilient, le manipulent… Jusqu’à ce qu’il se découvre très différent de l’image qu’il avait de lui-même.
Anne-Marie Simond se concentre sur son personnage principal (et narrateur) et ne s’attarde guère à faire sentir la fascinante Venise. Elle fouille en profondeur ses obsessions qui deviennent tourments, avec un mélange de crudité et de sensualité. Il en résulte un roman de caractère, parfois drôle, parfois lourd, finalement moins surprenant qu’on pouvait s’y attendre. EB
C.J. Sansom
PROPHÉTIE
Belfont / 504 pages
Un «Seven» du XVIe siècle
En 2003, dans Dissolution, les amateurs de polar historique faisaient connaissance avec Matthew Shardlake. Un avocat bossu vivant dans l’Angleterre du XVIe siècle. Avec Prophétie, C.J. Sansom donne le cinquième roman de la série. Tout en menant des intrigues avec talent, il parsème son récit de détails sur la vie quotidienne à Londres, la médecine, la justice, qui donnent toute leur épaisseur à ces 500 pages. Le narrateur, Matthew Shardlake, aimerait se tenir à l’écart des conflits religieux, en cette année 1543 où Henry VIII revient au catholicisme. Mais, quand un ami avocat est retrouvé égorgé, il se met à la recherche de l’assassin. Le voici sur les traces d’un tueur en série inspiré par l’Apocalypse. Et Prophétie prend la forme d’un Seven du XVIe siècle… EB
Philippe Sollers
LES VOYAGEURS DU TEMPS
Gallimard
La couverture indique «roman». Mais, juste au-dessous du nom de Philippe Sollers, le terme prend un sens particulier. Ici, pas d’intrigue, des divagations sans fin, captivantes ou barbantes, sur un air de «j’ai lu beaucoup de livres, moi Monsieur». Avec un narrateur qui ressemble étrangement à Philippe Sollers. Les voyageurs du temps se présentent comme une balade. A travers Paris, d’abord: Sollers se promène autour des Editions Gallimard (rue Sébastien-Bottin), en profite pour raconter qui est ce Raspail qui a donné son nom à un boulevard, croise des figures d’écrivains au coin des bars. Le narrateur tisse aussi des liens avec une certaine Viva. Lire Sollers, c’est d’abord le suivre dans les traces de Rimbaud, de Lautréamont, Hölderlin, Céline, Sade, Nietzsche, Bach, Goya, Hegel, Orwell et tant d’autres. C’est souvent éclairant, même si l’homme n’a pas l’érudition modeste, lui qui se considère volontiers au-dessus du pauvre peuple d’incultes. Ou qui se voit dans la Bête, autour de qui gravitent et s’accrochent les parasites… N’empêche que c’est souvent jubilatoire de le voir jongler avec les références, tisser des liens entre philosophes, écrivains et peintres. Ou de le suivre en Chine pour visiter un temple taoïste du VIIIe siècle et s’interroger sur la notion de temps, dans l’Empire du Milieu. Au final, Les voyageurs du temps semblent à l’image de leur médiatique auteur: flamboyant, bavard, agaçant, érudit, pontifiant, prétentieux, intelligent, insupportable et passionnant. EB
Lee Server
AVA GARDNER, BIOGRAPHIE
Presse de la Cité
La presse people des années 1940-1950 fit ses choux gras de la vie mouvementée d’Ava Gardner, car la star hollywoodienne n’était pas seulement d’une beauté et d’un charisme rares. Son goût prononcé pour l’alcool, son sens de l’humour, ses sautes d’humeur et ses nombreux amoureux lui ont aussi fait mener une existence digne d’un scénario de film qui oscillerait entre la comédie sentimentale et le drame. Contrairement à l’Américaine moyenne cantonnée dans sa cuisine, Ava Gardner pouvait vivre comme elle voulait, voyager, se soûler dans les palaces, y faire scandale et séduire les hommes. Elle fut montrée du doigt pour avoir «brisé le foyer» de Frank Sinatra, qui était fou d’elle et devint son troisième mari en 1951. Leur relation tumultueuse laissa la panthère Ava blessée à jamais, comme en témoigne cette trépidante biographie très documentée. FM
Dominique Sigaud
LA CORPULENCE DU MONDE
Seuil
Une seule journée, trois personnages: un soldat d’élite britannique en mission à Bagdad, un père de famille, à Marseille, qui craint la mafia et tue ses enfants, une romancière, dans le sud de la France, qui écrit sur sa vie et celle de ces deux hommes. La corpulence du monde passe de l’un à l’autre avec, peu à peu, cet effet étonnant: le roman lie l’intime et l’universel, le drame ultime et les menues douleurs du quotidien. Pour éclairer notre société, notre relation au monde. ominique Sigaud (Blue Moon, De chape et de plomb…) fait preuve d’une réelle habileté dans la construction de son roman, dans sa façon de tirer les fils entre ces histoires si éloignées en apparence, mais finalement unies dans un même élan d’humanité. Elle pose aussi d’intéressantes questions sur l’écriture et la création. Le tout sur un tonsobre, puissant, même s’il semble parfois un rien monocorde. EB
Lydie Salvayre
PORTRAIT DE L'ÉCRIVAIN EN ANIMAL DOMESTIQUE
Seuil
D’un côté, le roi du fast-food, de l’autre, une femme écrivain avec une haute idée de la littérature… et quelques difficultés financières. Elle accepte donc, avec curiosité, la proposition de Tobold, numéro un mondial du hamburger: le suivre pour devenir sa biographe, «écrire son évangile», comme il dit. Entre eux commence alors un drôle de jeu d’influences, de complicité, de compromissions…
Après La méthode Mila, Lydie Salvayre poursuit dans la veine de l’humour intelligent. L’auteure de La puissance des mouches mise en effet sur le burlesque, avec un plaisir évident, pour égratigner le monde des affaires – et sa vulgarité – comme celui de la littérature, à travers cette narratrice qui met de côté son idéal et prend peu à peu goût au luxe. Il y a un côté farce dans ce Portrait de l’écrivain en animal domestique, avec ce que le genre comprend d’exagération. Certains diront de caricature, mais peu importe. Ce double portrait, caustique à souhait, se révèle assez irrésistible. Eric Bulliard


