Route de contournement

Le budget explose de 45 mio

La facture de la H189 s’alourdit de 45 millions de francs. Une somme qui représente une augmentation de 20% par rapport au budget de 215 millions accepté par le peuple en 2001. Des négociations sont en cours entre le canton et la Confédération pour savoir dans quelle mesure cette dernière entrera en matière pour ce dépassement de budget.

 

Pour expliquer les coûts supplémentaires, Georges Godel évoque des normes de sécurité plus exigeantes dans les tunnels et un abaissement de la nappe phréatique (photo C. Dutoit)

 

Les coûts de la H189 explosent. La facture, déjà salée, devrait s’alourdir encore de 45 millions de francs. Soit près de 21% de hausse par rapport au projet doté de 215 mio que le peuple fribourgeois avait accepté en votation en 2001. Un montant subventionné à 69% par la Confédération. Cette répartition des charges n’est pour l’heure pas confirmée en ce qui concerne le dépassement, nuance Frédéric Revaz, porte-parole de l’Office fédéral des routes (OFROU). Tout dépend des raisons et de leur pertinence.

Directeur de l’Aménagement, de l’environnement et des constructions, Georges Godel a rendu public ce montant samedi sur la TSR, réfutant ainsi le chiffre de 70 mio avancé par le journal Le Temps. Pour expliquer les coûts supplémentaires, le conseiller d’Etat évoque des normes de sécurité plus exigeantes dans les tunnels et un abaissement de la nappe phréatique.

En mai, un dépassement des coûts avait déjà été évoqué à la demande des médias (La Gruyère du 10 mai). Responsable du chantier, l’ingénieur Jean-Bernard Tissot assurait alors: «Il n’y aura pas de dépassement massif du budget.» Les coûts supplémentaires n’avaient pas encore été chiffrés, se défend Georges Godel. «Je savais qu’il y avait des problèmes. Mais je n’en connaissais pas encore l’ampleur. Et les informations dont nous disposions à ce moment-là nous laissaient penser que nous parlions de quelques millions.» Le rapport définitif est parvenu au conseiller d’Etat durant l’été. «Les commissions ont été informées qu’un crédit additionnel allait devoir être demandé», précise Georges Godel. «Le détail des chiffres sera communiqué aux médias une fois que le message de demande de crédit additionnel aura été présenté au Gouvernement.»

Les exigences supplémentaires au niveau des tunnels et de l’abaissement de la nappe phréatique représentent 50 à 60% du dépassement de budget. Quant au reste, «il est à imputer à l’évolution des prix du marché, à l’exploitation des matériaux et à d’autres éléments», indique Georges Godel.

Le Gouvernement devrait adopter le 25 septembre un projet de message demandant ce montant supplémentaire. Qui sera ensuite soumis au Grand Conseil. Si la Confédération entre en matière dans la même proportion, elle prendra à sa charge 27 mio. Restera encore

14 mio à financer par le canton. La première enveloppe, acceptée en 2000, était dotée de 63 mio, sans compter les 3 mio accordés pour les études. Et si elle n’entre pas en matière? «Le canton devrait alors assumer, répond le directeur de l’Aménagement. C’est un souci.»

D’abord estimé à 160 mio de francs, le budget de la route de contournement de Bulle n’a cessé d’augmenter. En 1999, à la suite des accidents de Tauern et du tunnel du Mont-Blanc, une première augmentation de 11 mio avait été prévue, au nom de la sécurité. Puis, dans la perspective de l’édiction de nouvelles normes concernant les tunnels, mais aussi pour prendre en compte le renchérissement, le budget présenté lors de la votation se chiffrait à 215 mio.

 

 

Des structures pas adaptées?

C’est la troisième fois que l’argument sécuritaire est évoqué pour expliquer une augmentation des coûts de la H189…

Georges Godel: C’est exact, ces mêmes raisons ont déjà été évoquées. Il faut savoir que les études de sécurité menées pour le projet soumis au peuple en 2001 étaient basées sur des coûts statistiques et sur des exigences nouvelles, qui sont entrées en vigueur en 2004.

Parmi ces exigences, quelles sont celles qui entraînent un surcoût si important?

Un des éléments particulièrement coûteux a été la nécessité d’élargir le tunnel de 20 centimètres. Une dalle entre le tunnel et le système de ventilation a également dû être ajoutée. Autre élément à peser sur la facture: la nappe phréatique a finalement dû être abaissée.

Les nouvelles normes sont entrées en vigueur en 2004, les études pour la H189 les ont précédées. Trois ans pour se rendre compte que le budget du chantier ne pourrait être tenu, c’est long, non?

Je suis obligé de vous donner raison. Mes services se sont rendu compte qu’il y avait un problème l’automne dernier, lors de la mise en soumission des étapes suivantes. Ensuite, ça a pris beaucoup de temps parce que le chantier est très compliqué et qu’il faut justifier ces dépassements, notamment en vue de la demande de subventionnement fédéral.

Le journal Le Temps évoque d’éventuelles lacunes au niveau du contrôle de l’exécution des travaux…

Une explication viendra là aussi. Pour l’heure, nous en sommes à contrôler si les montants sont exacts. Je n’ai pas de preuves d’une lacune. Mais nos structures cantonales ne sont peut-être pas adaptées pour gérer des projets d’une telle importance.

Les problèmes sont connus depuis un moment déjà. Pourquoi n’avoir pas joué la transparence?

Le Conseil d’Etat est au courant du dépassement de crédit et des montants. Mais des chiffres devaient encore être vérifiés avant d’être rendus publics.

 

 

 

Sophie Roulin
18 septembre 2007