Scrutin du 7 mars

Malgré tout, la deuxième année enfantine
a pesé

 

Harmos. Plus de la moitié des communes gruériennes ont refusé, dimanche, d’adhérer à Harmos. Pourtant hors sujet, la 2e enfantine a influencé les résultats.

 

 

 A Riaz, la 2e enfantine est en place depuis septembre passé. La commune a pourtant refusé Harmos. Un désaveu, pour Nicole Carrel, maman. C. Haymoz

 

Harmos a reçu une bonne note au niveau cantonal, mais sur les 27 communes que compte le district de la Gruyère, 16 l’ont refusé, faisant ainsi de lui le district le moins enthousiaste à adhérer au concordat (51,5%). Et si les Bullois n’avaient pas dit oui à 57,4%, il serait passé du côté du non (voir analyse en page 11). Bien que l’entrée à l’école dès 4 ans ne soit pas directement liée à Harmos, cette frilosité gruérienne semble malgré tout s’expliquer par les deux années d’école enfantine obligatoires. L’argument fer de lance du camp des contres. Pour eux, un refus aurait permis de faire machine arrière sur cette 2e enfantine, en lançant une initiative visant sa suppression de la loi scolaire, adoptée en septembre 2008.

Savoir tenir un crayon

A ce jour, la Gruyère est le district comptant le moins de cercles scolaires ayant introduit la 2e enfantine. Seuls Riaz et Bellegarde fonctionnent déjà avec ce modèle. Deux communes qui ont d’ailleurs affiché leur refus à Harmos, avec respectivement 51% et 66,8% de non (Bellegarde remportant la palme fribourgeoise du rejet le plus net). A Riaz, de l’avis de Nicole Carrel, une maman montée au front contre Harmos, c’est ce point qui a fait pencher la balance vers le non. «Car nous, nous nous rendons compte des contraintes que représentent pour l’enfant l’entrée à l’école à 4 ans et les horaires blocs, indique-t-elle. Les réveils, la fatigue, le stress de tenir les horaires…» Pourtant, à l’échelle cantonale, la majorité des commu-nes ayant déjà introduit la 2e enfantine a accepté Harmos. Preuve de ses bienfaits? «Pour certains enfants, peut-être, rétorque Nicole Carrel. Pour ceux qui, à 5 ans, ne savent pas encore “tenir un crayon”, comme me le disait une amie maîtresse d’école enfantine. Ceux-ci auront deux ans pour se préparer à l’école primaire, tant mieux. Mais c’est punir tous les enfants pour une proportion finalement faible.» Quoi qu’il en soit, comme tous les anti-Harmos, Nicole Carrel ne peut que prendre acte de la décision de dimanche. «Le peuple a décidé pour les enfants. J’espère qu’ils ne nous le reprocheront pas plus tard…» Du côté de Bellegarde, «c’est aussi clairement cette 2e enfantine qui posait le plus de problèmes à nos citoyens, rapporte Jean-Claude Schuwey, syndic des lieux. Ils ont cru qu’en refusant Harmos on pouvait revenir en arrière.» Pourtant, à Bellegarde, l’entrée à l’école dès 4 ans a permis de sauver la classe enfantine qui, faute d’effectifs suffisants, risquait la fermeture. C’est également le cas à Sorens et à Haut-Intyamon, deux cercles scolaires où la 2e enfantine sera introduite cet automne pour sauver la classe. Et qui ont voté non à Harmos (à 52,8% pour Haut-Intyamon et 55,6% pour Sorens).

Passer la quatrième

«Il était pourtant clair que même si le concordat ne passait pas, nous allions introduire la 2e enfantine», explique Béatrix Jordan, conseillère communale en charge des écoles à Haut-Intyamon. «L’effectif au 15 juin de l’an passé a été déterminant.» Selon elle, les craintes des parents devant une scolarisation dès 4 ans se sont exprimées malgré tout dans les urnes. «Il faut dire que le canton a mis la quatrième vitesse, en passant d’une année enfantine facultative à deux années obligatoires.» A part Sorens et Haut-Intyamon, quatre autres cercles scolaires vont introduire le deuxième échelon cet automne: Broc-Botterens et Pont-en-Ogoz, qui ont refusé le concordat, ainsi que Vuadens et Le Pâquier, qui l’ont accepté. «Ces résultats sont étonnants», confie Anne-Françoise Magnin, conseillère pédagogique pour l’école enfantine à la Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport. Elle s’est rendue dans chacun des cercles gruériens qui vont introduire la 2e enfantine afin de présenter le projet. «A Haut-Intyamon, elle permettra de sauver la classe et on dit non à Harmos, tandis qu’au Pâquier, où les parents ont exprimé le plus vertement leurs craintes, on a accepté…» Et la conseillère pédagogique de soulever, comme explication à l’opposition marquée des Gruériens, «le fait que Zurich et le Forum des parents – à qui l’on doit le référendum – aient pris pied dans le district à travers José Lorente. Le débat y a été animé. Dès qu’un projet est nouveau, il est normal que les craintes s’expriment.» Néanmoins, Anne-Françoise Magnin affiche sa satisfaction pour l’école fribourgeoise et les enfants, convaincue des apports pédagogiques et sociaux de deux ans d’école enfantine. Quant aux différences ville-campagne, l’explication semble résider dans l’encadrement familial. «Dans les campagnes, il semble plus facile de disposer d’un oncle ou de grands-parents pour prendre les enfants en charge», avance Nicole Carrel. Du coup, le porte-monnaie des familles de la ville accueille avec soulagement les deux années enfantines et les horaires blocs.

 


 

 

Priska Rauber

9 mars 2010