Catéchisme à l’école

En manque de bénévoles

L’initiation à la foi est en crise. Il est toujours plus difficile de recruter des catéchistes bénévoles pour assurer les 50 minutes hebdomadaires auxquelles ont droit les élèves fribourgeois. Dans l’unité pastorale de Notre-Dame de Compassion, il en manque encore sept pour la rentrée.


Marianne Monney, catéchiste (ici en 5e primaire à Sâles): «Je trouverais déplorable que le catéchisme sorte de l’école»

Quel type de catéchèse voulons-nous? C’est la question que se pose l’abbé Jean-Claude Dunand, confronté en cette fin d’année scolaire à la difficulté toujours plus grande de recruter des bénévoles prêts à enseigner le catéchisme dans l’unité pastorale de Notre-Dame de Compassion. La plus grande du canton, avec ses 23000 paroissiens et sa centaine de classes. Sept d’entre elles n’ont toujours pas de catéchistes pour la rentrée prochaine. Un phéno-mène auquel les autres curés modérateurs du canton sont aussi confrontés.

L’enjeu est le suivant: «Veut-on juste transmettre une culture ou permettre à des jeunes de vivre une expérience relationnelle avec Jésus-Christ?» s’enquiert l’abbé Dunand. Qui estime pour sa part que le contexte scolaire ne permet pas de vivre quelque chose de l’intériorisation de la foi et qu’il vaudrait donc mieux sortir l’enseignement religieux de la grille horaire. «Je suis pour la politique de l’expérience du manque! Les parents seraient ainsi contraints de s’interroger: “Ai-je besoin que mon enfant soit catéchisé ou pas? Ai-je la foi ou pas?”»

Une solution qui ne convainc pas la coordinatrice des catéchistes pour l’unité. «En tant que maman et en tant que catéchiste, je trouverais déplorable que l’enseignement religieux sorte de l’école», assure Marianne Monney. Pour qui le point fort de la catéchèse scolaire est qu’elle permet à la Parole de Dieu de toucher le cœur de presque tous les enfants. Car les demandes de dispense de la part des parents sont relativement rares.

 

Le paradoxe des parents

C’est bien là le paradoxe! La plupart des parents tiennent à ce que leurs enfants soient catéchisés, alors qu’ils n’ont pas toujours la foi. «J’ai même une maman qui a inscrit son enfant au catéchisme, l’an passé en première année, et qui m’a demandé à la Toussaint de ne plus lui parler de Jésus», s’étonne Marianne Monney. «Comme si on inscrivait son enfant au football et qu’on lui interdisait de toucher le ballon», image l’abbé Dunand.

Le problème, dans notre société toujours plus sécularisée, c’est qu’on ne sait plus toujours très bien de quoi on parle lorsqu’il s’agit de religion. «On confond souvent le catéchisme et l’enseignement biblique romand (enbiro), relève encore l’abbé. Le catéchisme n’est pas seulement une transmission de culture, mais une expérience spirituelle!»

 

«Ce n’est pas un dû!»

La baisse de la pratique religieuse explique aussi pourquoi certaines prérogatives accordées jusqu’ici à l’Eglise sont remises en question. Ainsi la commission scolaire d’Avry-devant-Pont a-t-elle demandé à la Direction de l’instruction publique de la culture et du sport (DICS) qu’il n’y ait plus deux, mais un seul jour de préparation à la première communion en 2e primaire. Un vœu aussi formulé à Sorens et à Riaz. «Aucun article de la Loi scolaire ne fait mention de ces heures, explique l’abbé Dunand. C’est maintenant au vicariat de proposer ce qu’il veut et de s’arranger avec l’Etat.» Si l’abbé Dunand lance un cri d’alarme, c’est non seulement pour sensibiliser les gens à ce qu’est le catéchisme, mais aussi pour les rendre attentifs au fait qu’il ne s’agit pas d’un dû. «L’Eglise a évolué. Ce n’est plus seulement l’affaire des curés et des engagés, mais de tous les baptisés!» Un message qu’a très bien saisi Adriana Rotunno. Cette mère de famille bulloise s’est engagée comme catéchiste l’automne dernier, lorsqu’elle a appris que son fils – en 1re année à La Léchère – allait être privé d’enseignement religieux, faute de bénévoles. Son sang n’a fait qu’un tour: «J’ai décidé de m’engager, car je trouve important que les enfants reçoivent des bases chrétiennes pour qu’ils puissent choisir plus tard», témoigne cette Portugaise d’origine, très attachée à sa culture catholique. Agente de sécurité, elle s’est tellement plu avec ses trois classes, qu’elle les suivra l’an prochain, même si cela lui demande de jongler avec un emploi du temps très chargé. «Parce que je me suis attachée à ces élèves et qu’il y a vraiment un manque de bénévoles. Ce serait vraiment bien que d’autres mamans s’investissent…»

 

«J’ai tant reçu en vingt-deux ans»

Hélène Moret, 56 ans, a donné son ultime leçon de catéchisme jeudi dernier à Sâles, après 22 ans d’engagement. Elle a quitté sa classe de 3e primaire avec un pincement au cœur. «J’ai bien réfléchi avant de démissionner, explique l’ancienne maîtresse d’école enfantine. En partant, j’aimerais donner la possibilité à d’autres de s’engager et de profiter comme moi de cet enrichissement.» En acceptant la charge de catéchiste en 1985, cette maman de quatre enfants – elle en a eu un cinquième depuis – pensait simplement rendre service. «Je ne me suis pas imaginé tout ce que j’allais recevoir. Faire du catéchisme m’a beaucoup apporté dans mon parcours de foi. Toutes les questions que l’on nous pose et qui se posent à nous-mêmes, les temps de réflexion personnelle et surtout le contact avec les enfants.» Ce qui a changé en vingt-deux ans? Le suivi des catéchistes, uniformisé à travers le canton. «Avant on était formé par paroisse.» La pratique religieuse qui a beaucoup diminué dans les familles: «Cette année, une maman m’a même demandé une copie écrite du Notre Père.» Et le fait que les bénévoles reçoivent désormais un petit pécule de la part des paroisses en signe de reconnaissance: «Entre 500 et 800 francs par an pour une heure par semaine.» Ce qui n’a pas changé? «La soif d’apprendre des enfants», répond sans hésiter Hélène Moret, qui a enseigné le catéchisme à tous les niveaux primaires.

 

Trente ans de catéchisme dans le canton

Jusque dans les années 1980. La catéchèse est l’affaire des prêtres et des religieuses.

A partir des années 1980. L’Eglise fait progressivement appel à des laïcs bénévoles.

Dans les années 1990. Premiers laïcs appelés à suivre une formation auprès de l’Ecole des catéchistes, qui deviendra l’Institut romand de formation au ministère (IFM).

A partir de 1998. Face au manque de bénévoles, les paroisses engagent des catéchistes «professionnels» rétribués. Formés pour une part à l’IFM (3 ans à 50%), issus pour l’autre du Parcours Galilée (2,5 ans, deux soirs par mois et un week-end tous les trois mois).

2004. La nouvelle Constitution fribourgeoise maintient l’enseignement catéchétique dans le cadre scolaire. Contrairement aux autres cantons du diocèse.

2007. L’unité pastorale de Notre-Dame de Compassion (Bulle-La Tour, Avry-devant-Pont, Echarlens, Morlon, Riaz, Sâles, Sorens, Vaulruz, Vuadens et Vuippens) compte près de 5 catéchistes bénévoles qui enseignent chacune entre une et trois heures par semaine, cinq catéchistes engagées à 30% ou à 40%, ainsi qu’une sœur de l’Institut Sainte-Croix qui dispense gracieusement 11 heures hebdomadaires. Dans certaines paroisses, comme Enney ou Estavannens, le catéchisme est toujours l’affaire du curé.

 

Claire-Lyse Pasquier
10 juillet 2007