Conseillers d’Etat retraités
Trio actif pour la collectivité
Les conseillers d’Etat Claude Grandjean, Ruth Lüthi et Michel Pittet ont quitté la scène politique il y a plus de huit mois. Leur retraite est plutôt active. Certains ont une activité professionnelle qui représente un mi-temps. Les anciens magistrats ont des mandats publics dans les domaines économique, social et culturel.
Claude Grandjean, Ruth Lüthi et Michel Pittet: retraités depuis le début de l’année, ils ne demeurent pas moins au service de la collectivité publique (photos C. Haymoz et C. Dutoit)
Pas de farniente pour les trois conseillers d’Etat qui ont quitté le Gouvernement en décembre dernier! Depuis que le Gouvernement a nommé le 30 mai Claude Grandjean à la présidence de la Commission cantonale pour les jeunes en difficulté d’insertion dans la vie professionnelle, le trio a des mandats. «Au service de la collectivité publique», précisent les ex-magistrats. La stakhanoviste est sans nul doute la benjamine des retraités: Ruth Lüthi a de nombreux mandats. Elle est depuis avril la nouvelle présidente de la Commission fédérale de l’AVS/AI. Le Conseil fédéral a nommé la magistrate socialiste à la tête de cet organe certes consultatif, mais qui aura sans doute un poids non négligeable ces prochains temps pour tenter de trouver des solutions en vue d’assainir l’assurance invalidité. L’ancienne patronne de la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS), âgée de 60 ans, dit «avoir pris du recul par rapport au canton de Fribourg», car d’autres gèrent désormais ces questions. Mais le social et la santé ont encore sa préférence, même si la culture est l’autre grande passion de sa vie. En plus d’être présidente du Festival international de films de Fribourg (FIFF), Ruth Lüthi conduit les destinées de l’Académie d’orgues depuis l’an 2000. Normal pour cette musicologue férue de cet instrument, son préféré, mais aussi de clavecin et de flûte. Sa retraite lui a d’ailleurs permis de reprendre une activité musicale au service de sa paroisse. Ce printemps, elle a tenu les orgues des églises du Christ-Roi et de Saint-Paul lors des messes du week-end.
Travail en semaine
L’ancienne patronne de la DSAS est encore membre du comité directeur de Pro Infirmis et de la Commission suisse pour la promotion de l’allaitement maternel de l’UNICEF. «Après avoir eu une vie si active, avec des semaines de six jours, il est difficile de ne rien faire. J’ai aussi la satisfaction intellectuelle de m’engager pour des questions qui me tiennent à cœur», souligne la socialiste qui estime qu’elle travaille désormais à mi-temps. «Mais pas le soir et le week-end! Et, quand la météo le permet, je m’accorde avec mon mari une journée en semaine pour aller marcher à la montagne ou encore faire de la voile. Oui, il y a une belle vie, après la politique!»
A 66 ans, Michel Pittet est également très actif. Alors qu’il était encore aux commandes de l’Eco-nomie, le Gouvernement l’a nommé au conseil d’administration du Groupe E. Depuis 2005, il préside ainsi le comité d’administration du «groupe le plus important de Suisse romande quant à la distribution de l’électricité». Un mandat qu’il assumera jusqu’à la fin 2008.
Comme les électriciens devront gérer l’an prochain la libéralisation du marché, Michel Pittet ne fait pas que de la figuration: «Je fais du benchmark, une évaluation des performances du Groupe E avec ses concurrents. Cela consiste à comparer les comptes d’exploitation et les bilans. Je m’intéresse aussi aux tarifs. J’exerce très concrètement mes connaissances d’économiste.»
Pas de transition brutale
Le secteur privé a fait de nombreux appels du pied à Michel Pittet pour qu’il accepte une place au sein de conseils d’administration: «J’ai reçu beaucoup d’offres de collaboration, mais je n’ai pas le droit de me disperser.» Raison pour laquelle l’ancien magistrat démocrate-chrétien travaille en priorité pour l’électricien romand. Il est aussi administrateur de la société Frigaz SA.
En juin, entre la préparation du comité de stratégie et celle de l’assemblée générale du Groupe E, Michel Pittet a travaillé à mi-temps. A côté de cela, l’ex-conseiller d’Etat siège dans le conseil de fondation du Papilorama de Chiètres et celui de DSR, la chaîne spécialisée dans la restauration de collectivités.
«C’est une bonne chose d’avoir une activité professionnelle pour ne pas avoir une transition brutale vers la retraite», estime le sexagénaire, qui est dans une excellente forme physique. «Ma crainte est de me laisser aller, sans objectif. Aujourd’hui, j’ai encore tout un tas de projets.» Continuer à faire de la plongée, notamment dans le club qu’il a fondé en 1975. Début juin, il est parti quelques jours dans le golfe de Naples. But: faire de la plongée archéologique dans la riche baie.
Michel Pittet apprécie beaucoup de disposer de temps libre. «C’est un luxe», relève-t-il. Il enfourche aussi régulièrement son vélo pour engloutir des kilomètres de bitume en compagnie d’une de ses filles ou de son ancien collègue Claude Grandjean.
Quant à l’ancien responsable de la Direction de la sécurité et de la justice (DSJ), il a repris du service en mai, en tant que président de la Commission cantonale pour les jeunes en difficulté. «L’insertion des jeunes en rupture avec la société m’interpelle. Je veux m’engager pour étudier cette question à fond, aux côtés de gens qui suivent de près cette question», dit Claude Grandjean, qui ne souhaite toutefois pas accepter «des mandats sur le long terme».
Enseigner le français
Des gens continuent à s’adresser à lui au sujet de dossiers de renvoi de demandeurs d’asile. «Ce sont souvent des anciens cas que je connais. J’étudie le dossier en vue de trouver des faits nouveaux. Dans un cas, je suis arrivé à trouver un élément nouveau. J’espère que ça marchera», relève Claude Grandjean. A 64 ans, le Veveysan est prêt à enseigner bénévolement le français à des migrants ou des étrangers. Ce dernier semestre, il a lu une demi-douzaine de livres, recommandés par son épouse, qui gère la bibliothèque régionale. «Alors que j’étais content de me remettre à la lecture de bouquins, j’en ai lu en somme assez peu. Il faut dire que je potasse beaucoup les articles de fond de la presse écrite et des magazines.» Sinon l’ex-responsable de la DSJ passe beaucoup de temps à cultiver son jardin, couper du bois et colmater les fuites de son étang. «Depuis que je l’ai refait, ce biotope est extraordinaire: les nénuphars sont en fleur, les salamandres et les grenouilles y viennent nombreuses.»
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| Christophe Schaller |


