Krav maga
Violent, mais proportionné
Issu de l’armée israélienne, le krav maga s’est démocratisé. Deux écoles enseignent ce sport de combat radical dans le canton: à Châtel-Saint-Denis et à Vuadens. Si ceux qui le pratiquent reconnaissent son côté violent, ils le relativisent et l’expliquent.
Parade et contre simultanés: un classique du krav maga démontré par Pascal Gaist (à gauche) et José Orellana (photo Jessica Genoud)
Le krav maga. Un art martial à la réputation sulfureuse. Pourtant, celles et ceux qui le pratiquent assurent que cette mauvaise image n’est pas fidèle à la réalité. Et qu’elle est principalement due au comportement de quelques moutons noirs à la mentalité paramilitaire. C’est du moins le discours du Châtelois José Orellana et de Pascal Gaist, de Bex, tous deux ceintures noires premier dan. En fondant en 2005 l’Ecole de krav maga de Châtel-Saint-Denis, ils ont importé ce sport dans le canton. Avec succès, puisque leurs cours rassemblent chaque semaine une quarantaine d’élèves, dont un tiers de femmes. Et qu’une seconde école – environ 20 élèves – a vu le jour l’automne dernier, à Vuadens. Où habite un autre membre du staff, Didier Barras. «Notre but est de former des gens à se défendre dans le quotidien, pas à provoquer des bagarres», souligne José Orellana. Le gendarme de 34 ans, par ailleurs secrétaire de la Fédération suisse de krav maga, tient à améliorer la réputation de son art martial. «Le krav est un sport de combat qui vient de l’armée (lire encadré). C’est clair qu’à la base c’est radical. Mais il a été adapté au civil et il ne doit être utilisé qu’en cas de légitime défense.» Le Châtelois énumère alors les trois principes qui régissent le krav, ce «système de pensée cohérent pour la défense à mains nues»: simplicité, efficacité, maîtrise de soi. «Contrairement à d’autres arts martiaux qui nécessitent des années de pratique pour être maîtrisés, le krav est accessible à M. Tout-le-monde. Et rapidement: après quelques mois, les bases sont généralement assimilées.» Mais attention: n’apprend pas le krav qui veut! «Nous sélectionnons les gens. Nous leur demandons de nous exposer leurs motivations. Nous enseignons à des personnes posées, réfléchies.» Si les candidats sont connus des services de police, il ne leur reste plus qu’à prendre la porte. Idem s’ils viennent en bande et qu’ils veulent juste améliorer leur talent de «fracasseurs».
La règle? Tout est permis
Parce que le krav maga, c’est du sérieux. «Il n’y a pas de règles, tout est permis: c’est du combat de rue», explique José Orellana. En clair: doigts dans les yeux, coups dans les parties génitales, la gorge, les genoux… «On peut facilement infliger des blessures graves: il ne faut donc jamais perdre de vue la proportionnalité. Si un agresseur m’attaque avec un tesson de bouteille ou un couteau, je ne vais pas réagir de la même façon que s’il le faisait à mains nues.» Et tant que la menace n’est pas écartée, le combat continue… «Mais on ne se bat qu’en dernier recours. Il faut toujours essayer de désamorcer les situations conflictuelles par le dialogue.»
La violence des coups portés et leurs cibles interdisent toute compétition. Uniquement des entraînements. «Parce que même avec les protections, ça peut faire mal, sourit Pascal Gaist, également ceinture noire de ju-jitsu. Il y aurait des blessés graves après dix minutes.» José Orellana relativise: «Proportionnellement, nous avons beaucoup moins de blessures à déplorer qu’au foot!» Pour le Châtelois, le krav maga est un mode de vie, qui peut être résumé par: un esprit sain dans un corps sain. «La violence n’est pas un but du krav, mais un moyen de protection utilisé pour répondre à tout type d’agression.»
Pour plus d’infos: 078 794 07 67.
Sur internet: www.krav-maga.ch
Secret défense jusqu’en 1964
En hébreu, krav maga signifie combat rapproché. Ce système d’autodéfense a été mis au point dans les années 1940 par Imrich Lichtenfeld, un Juif tchécoslovaque. Utilisé par l’armée israélienne, il a été classé secret défense jusqu’en 1964.
A partir de là, il s’est répandu dans toutes les couches de la population de l’Etat hébreu, avant de s’étendre à travers le monde. Dans les années 1980, il a commencé à être enseigné en Europe par l’entremise du Français Richard Douieb, qui l’a introduit en Suisse. Le réalisme des techniques du krav maga – parade et contre simultanés – en fait une discipline redoutable qui a séduit nombre de forces de police et d’armées, dont celle de la Suisse. La Fédération suisse de krav maga compte près de 330 membres. En Europe, 5000 personnes pratiquent ce sport de combat.
| 29 janvier 2008 |


