Sébastien Caron

Ce gars-là, c’est Goldorak

Impressionnant en championnat, Sébastien Caron est devenu carrément épatant depuis le début de la série face à Berne. A tel point qu’on ne résiste pas à l’envie de comparer le gardien de Fribourg-Gottéron au superhéros Goldorak. Dans son armure, il est imbattable.

 

Sébastien Caron: «J’ai entendu pas mal de choses cette saison. Mais me comparer à Goldorak, on ne me l’avait jamais fait» (photomontage La Gruyère)

 

A l’entraînement hier matin, il n’a pas arrêté de rigoler. Assis sur le banc de touche comme un élève puni tandis que ses coéquipiers s’entraînent sur la glace, le gardien de Fribourg-Gottéron passe le temps. Un coup il chambre Snell qu’il surnomme beaver (castor), un coup il se chamaille le puck avec Selivanov. Mais qu’on ne s’y trompe pas: quand Sébastien Caron enfile son armure, c’est Goldorak. Un superhéros débarqué en terres fribourgeoises pour sauver le peuple de Saint-Léonard, héritier des Augustins. Et c’est ce qu’il fait très bien depuis le début de la série face à Berne. Sébastien Caron semble tellement décontracté qu’on a presque envie de lui rappeler le match plutôt important de mardi soir: l’acte VI d’une série face à Berne que Fribourg-Gottéron mène désormais 3-2. «Aujourd’hui, on peut s’amuser un peu, sourit le gardien canadien. Demain, on reprend tout à zéro pour réaliser un autre grand match. On joue toute la saison pour s’offrir de tels moments en play-off.» Impressionnant en championnat, Sébastien Caron est devenu carrément épatant depuis le début de la série. Est-il coutumier du fait en play-off? «J’ai déjà vécu des séries intenses comme celle-ci en ligue américaine. La quatrième partie, c’est toujours la plus dure à gagner. On a l’impression de pouvoir l’emporter, Berne aussi. Je ne peux pas promettre une victoire. Par contre, je promets du grand spectacle.»

«La Ligue m’a dit d’arrêter»

Cette série a provoqué bien des remous hors patinoire. Le gardien a-t-il attaché de l’importance au contexte? «Non, ce n’est pas notre business. Nous, les joueurs, on s’occupe de ce qu’on peut contrôler. C’est-à-dire ce qui se passe sur la glace.» Reste que Caron n’a pas manqué de provoquer une fois ou l’autre les supporters bernois, qui le lui rendent bien. «Oh! ça, c’est juste pour les amuser un peu! La Ligue de hockey m’a d’ailleurs demandé de ne plus le faire, pour éviter de les exciter. Je peux comprendre, il ne faudrait pas que cela s’amplifie trop.»
Un peu comme Marco Bührer, de Berne, Sébastien Caron adopte un style hybride entre le papillon et le gardien qui tient sa position. Est-ce le style du futur? «Chacun a le sien. Le mieux, c’est d’arrêter les rondelles, non? Le style papillon a toujours la cote. Mais en Suisse, il y a beaucoup de retour, c’est plus ouvert. Alors j’essaie de m’adapter et de ne pas répéter toujours les mêmes arrêts.»

Papillon hybride

A 27 ans, le Canadien vit sa première expérience de ce côté de l’Atlantique. A-t-il l’impression d’avoir progressé depuis son arrivée en Suisse? «C’est vrai que les dernières années en Amérique du Nord devenaient difficiles pour moi. Je n’avais plus grand-chose à attendre, là-bas. Cette occasion est arrivée au bon moment, car je voulais pouvoir jouer à haut niveau. Ici, j’ai trouvé ma place dans l’équipe.»
Ce qui impressionne le plus, à voir évoluer les Dragons, c’est la solidarité qui règne entre eux. Quand ce n’est pas Caron qui réalise des miracles, un joueur de champ se jettera devant le puck pour l’empêcher de franchir la ligne. «C’est ce qui nous permet de gagner des matches! Je ne peux pas y arriver tout seul. Et les gars ne peuvent pas faire leur boulot sans moi.»

Dépressifs, les Bernois

A tel point que Sébastien Caron est en passe de rendre dépressifs la plupart des meilleurs joueurs de hockey que l’on trouve en Suisse. D’ailleurs, si on peut voir sur youtube un de ses arrêts spectaculaires avec le maillot de Pittsburgh, l’ensemble de la série pourrait bien se retrouver bientôt sur internet. Non? «Je fais mon job, c’est ce qui arrive quand on arrête les pucks. L’important, c’est qu’ils ne rentrent pas. Quant à rendre dépressifs les Bernois… C’est leur problème! Je m’occupe de mon équipe, pas de ce qui se passe de l’autre côté.»
Tout de même. Le Canadien doit bien avoir un secret? «Non, y’a pas de secret. Il faut juste avoir du plaisir et ne pas paniquer. Au fil des années, j’ai appris à ne pas avoir trop d’émotions. Toutefois, s’il n’y en a pas du tout, cela ne va pas non plus. Je dois trouver un bon équilibre entre les deux. Un jour tu gagnes en prolongation, un jour tu perds: il faut pouvoir rester calme dans toutes les situations.»

«Goldorak, moi?»

Quand on dit à Sébastien Caron qu’on le compare à Goldorak, il rigole au souvenir de ce dessin animé des années huitante. «J’ai entendu pas mal de choses, cette saison. Mais celle-là, on ne me l’avait jamais faite… Mes performances sont bonnes parce que je prends du plaisir. C’est la seule recette qui fonctionne.»
Rien à faire, le gardien fribourgeois ne chopera pas la grosse tête. Les Bernois ont remarqué à quel point il était difficile de lui marquer un but. Il semble bien qu’il soit plus difficile encore de lui faire dire du bien de ses performances.
   

«Ce garçon a quelques aptitudes…»

Sans doute que depuis Thomas Ostlund, à la fin des années nonante, Fribourg-Gottéron n’a plus aligné de gardien aussi fort que Sébastien Caron. De quoi faire le bonheur des fans, mais aussi des joueurs fribourgeois. Lui-même terreur des slots depuis plus de vingt ans, Gil Montandon évoque volontiers son coéquipier canadien: «Je ne sais pas si Sébastien a toujours évolué comme gardien. Mais il semble bien que ce garçon a quelques aptitudes à retenir les rondelles. Il a fait le bon choix.» Qu’est-ce que ça change, pour une équipe, d’avoir un dernier rempart aussi performant? «C’est sûr que le gardien peut rendre la vie plus facile aux autres. Surtout quand il est dans une période, comme Sébastien actuellement, où il semble que rien ne peut lui arriver. C’est une muraille.» On dit parfois les gardiens à part, presque autistes. «Evidemment que les gardiens sont à part, certifie “Gilou”. Ils sont déjà tout seuls dans leur cage. Mais Caron, on peut le ranger parmi les gardiens plutôt normaux. Et puis, il est assez drôle.» Que pense Montandon de la comparaison avec Goldorak? «En tant que joueur, je ne le vois pas vraiment comme ça. Mais pour le commun des mortels, croiser un gardien affublé de tout son attirail, ça peut être assez impressionnant. Et avec le masque, il y a un côté assez fétichiste.» Reste que si Sébastien Caron s’est montré époustouflant depuis le début des play-off, c’est un but plutôt malheureux qu’il a encaissé samedi (victoire 2-1 en prolongation). «C’est vrai ça, remarque Gil Montandon. Sans ce rouleau, on aurait gagné 1-0 et éviter les prolongations. Mince… Avec un bon gardien, on aurait été de retour plus vite à la maison…» L’humeur était décidément à la rigolade, lundi matin, du côté de Saint-Léonard. Sûr que la tension va monter de quelques crans, ce soir sur le coup de  20 h 15.

 

 

Karine Allemann

11 mars 2008