Opéra de Fribourg
Dans un jardin enchanté
Entre déguisements, confusions, farce, tromperie et jalousie, «La finta giardiniera», opéra de Mozart joué cette année à Fribourg, a de quoi troubler et charmer les esprits mélomanes. Critique de la première représentation.
Pour cette œuvre jardinière composée à 19 ans, Mozart ne maîtrise pas encore la cadence. Mais elle préfigure les grands opéras qui suivront (photo Claude Haymoz)
CRITIQUE
Mozart ne laisse aucun répit à l’auditeur, tout de suite entraîné dans cette «farce» jardinière, cette intrigue dans laquelle chaque protagoniste est à la fois bourreau et victime. A l’image de la jardinière Sandrina, qui n’est autre que la marquise Violante, que son fiancé, le comte Belfiore, a jadis poignardée et laissée pour morte.
Elle utilise désormais les traits d’une domestique en tentant de mettre la main sur l’ancien amant, aidée pour cela de son cousin Nardo, lui-même jardinier. La jeune Diana Petrova, qui interprète le rôle de Sandrina, fait merveille. Voix mélodieuse, très belle interprétation du rôle et de la partition, elle transmet avec délicatesse et vérité les sentiments confus d’amour et de haine que doit ressentir la marquise.
Alors que les deux paysagistes vaquent à leurs occupations, paraissent Don Anchise, podestat de Lagonero, avec le cavalier Ramiro et la soubrette Serpetta. Tout le monde prépare le mariage d’Arminda, nièce de Don Anchise. Mais sous ces apparences, chacun s’occupe de ses affaires de cœur! Le podestat soupire pour Sandrina; la jolie jardinière, Serpetta, amoureuse de Don Anchise, voit en Sandrina une rivale; Ricardo pleure Arminda, qui lui a préféré un autre; Nardo n’a d’yeux que pour Serpetta. Chacun chante son amour avec des sentiments tantôt de violence, tantôt de tendresse.
Arrive alors la fiancée, Arminda, qui montre tout de suite son caractère tyrannique et capricieux. La chanteuse française Bénédicte Tauran campe une Arminda parfaite et nous fait découvrir les multiples facettes de sa voix dans ce rôle de la nièce à l’humeur versatile. Elle fait aussi preuve d’un excellent jeu de scène, interprétant finement le personnage complexe qu’est Arminda.
Des voix en concurrence
Le fiancé rejoint ensuite sa promise. Il s’agit du comte Belfiore, celui-là même qui avait agressé jadis la marquise Violante. Il se met à vanter son succès auprès de la gent féminine et à se décrire comme issu d’une longue lignée d’empereurs et de rois, ce qui amuse le podestat au plus haut point. Avi Klemberg, dans le rôle du comte, interprète avec brio ce personnage imbu de lui-même, qui énumère les princesses, reines et comtesses au sein de sa famille. Le chanteur est parfois un peu imprécis et sa voix peine à éclater pleinement face à celles de Bénédicte Tauran ou de Jean-Francis Monvoisin (le podestat).
Lorsque la marquise, toujours déguisée, reconnaît le comte, elle est prise d’un malaise. Belfiore est pour sa part troublé par cette rencontre, lui qui croyait la marquise morte. Du secours accourt et Arminda se retrouve face à Ramiro, le fiancé qu’elle avait évincé. Dans la stupéfaction générale, Don Anchise s’étonne de la situation.
Jean-Francis Monvoisin est un podestat excellent. Il entre totalement dans le rôle du personnage, parfois frivole, parfois imbu de sa personne, lorsqu’il doit reprendre son rôle de représentant de l’autorité. On relèvera l’exactitude du jeu dans le procès qu’il doit mener contre le comte. Alors qu’Arminda reproche à Belfiore son caractère infidèle, même s’ils ne sont pas encore mariés, Sandrina-Violante s’interroge sur le fait d’avoir retrouvé Belfiore le jour de ses noces. Ramiro quant à lui essaie de reconquérir Arminda, qui le repousse une fois de plus.
Brigitte Balleys, dans le personnage du cavalier Ramiro, fait merveille. Sa voix chaude de mezzo accompagne à la perfection les sentiments du cavalier, qui est de plus en plus persuadé qu’il finira sa vie seul et sans amour. Ramiro produit alors une lettre qui accuse Belfiore de l’assassinat de la marquise. Le podestat doit juger et reprend son rôle d’homme d’Etat. Mais Violante se dévoile et disculpe ainsi le comte. Cependant, sitôt qu’ils sont restés seuls, Violante dément auprès de Belfiore. Elle le repousse et s’enfuit dans la forêt, où tous essayeront de la retrouver, avant de sombrer dans un délire collectif.
Alors que chacun est revenu à lui, Belfiore et Violante, après avoir évité une vaine dispute, se réconcilient. Dans un esprit pragmatique d’homme de pouvoir, le podestat accorde la main de sa nièce Arminda au cavalier Ramiro et celle de Serpetta au jardinier Nardo. Il faut relever l’excellente prestation du chanteur fribourgeois René Perler, au jeu de scène excellent, à la voix chaleureuse et libérée. Il campe avec grande justesse son personnage, tantôt espiègle, tantôt confident. Une bouffée de fraîcheur!
De multiples airs
Loin des opéras de génie comme Don Giovanni, Die Zauberflöte ou encore Les noces de Figaro, La finta giardiniera, composé par un Mozart âgé de 19 ans, préfigure déjà des grandes œuvres qui suivront. Avec ces multiples airs, elle peine parfois à avancer. Le jeune compositeur ne maîtrise peut-être pas encore la «cadence» de l’opéra. Mais l’esprit de Mozart plane sans conteste sur cette œuvre prometteuse que l’Opéra de Fribourg a si bien su mettre en valeur dans une édition à l’esprit classique, mais ô combien délicieux!
Fribourg, aula de l’Uni, 4, 9, 11, 16 et 18 janvier. Guin, Podium: 22 et 25 janvier. La Tour, salle CO2, 30 janvier. Réservations au 026 350 11 00 et 026 913 15 46
|
|
| 3 janvier 2009 |


